Chababi Project : la série télé qui libère la parole

C’est l’histoire d’une bande de jeunes, que rien ne destinait à se rencontrer. Ensemble, ils vont vivre de nombreuses péripéties, des histoires d’ amour, comme des histoires tragiques. La série télé mahoraise Chababi Project arrivera sur nos écrans en 2018. L’équipe est en ce moment en plein tournage.

C’est à Kani-Kéli, à la villa Ravoy que nous retrouvons l’équipe de Chababi Project. Eux, ce sont de jeunes comédiens, des danseurs, mais également une équipe technique très structurée. Il faut dire qu’il en faut de l’organisation pour superviser autant de monde pendant un mois. Ils sont une vingtaine d’acteurs et une quinzaine de professionnels qui travaillent à la réalisation de cette série télévisée d’un nouveau genre, « un mélange de Fame, mais également de Glee. Les chorégraphies seront très présentes », confie Valérie Thomas, à l’origine de ce projet.

L’idée a germé il y a deux ans : l’urgentiste, médecin de santé publique au CHM travaille alors en collaboration avec deux internes, sur une enquête. « On a interrogé plus de 1000 femmes dans tous les centres de soins de l’île puis on a fait des entretiens complémentaires chez les dames. Les résultats ont montré qu’ il y avait plus de violences à Mayotte qu’en Métropole. En faisant les entretiens, je me suis rendu compte que la vie se passait devant la télé, en particulier devant les telenovelas brésiliennes, d’où l’idée d’utiliser ce format ». Une série à vocation éducative qui ne cache rien, mais qui parle aussi des choses qui se passent bien ? L’idée est née.

Un casting est alors lancé. 300 jeunes seront auditionnés dans tous les lieux proposant une activité théâtrale : des troupes amateurs en passant par les collèges. Fatima est étudiante au CUFR. C’est là-bas qu’elle a passé le casting. « Je voulais tenter cette expérience, parce que je veux continuer à faire du théâtre. C’est dur, mais on en apprend énormément ». Samna, elle, n’avait pas trouvé d’école après son bac. C’est son cousin qui lui a proposé de venir faire du théâtre au sein de son association. Elle ne regrette pas : « Ça permet de s’exprimer correctement. Le théâtre aide beaucoup pour la réflexion. Quand on cherche ses mots, qu’on ne sait pas comment dire les choses… »

Voir d’autres métiers

Les danseurs ont été sectionnés grâce à l’association Hip Hop Évolution*, partenaire privilégié de cette aventure. « J’avais envie de mettre l’accent sur la jeunesse, sur les relations intergénérationnelles aussi. Je voulais que ce soit beau. Qu’on puisse offre à ces jeunes la possibilité de voir d’autres métiers : comment tenir une caméra, qu’est-ce que le son, susciter des vocations, pourquoi pas ! »

L’équipe technique a mis un peu plus longtemps à se mettre en place. Certains viennent de Métropole, beaucoup sont des professionnels de Mayotte. La réalisatrice est originaire de La Réunion et ce n’est pas une inconnue. Delixia Perrine a 20 ans de métier derrière elle : actrice dans la série CUT, elle est une référence du spectacle vivant ultramarin. Elle est également considérée comme l’une des grandes comédiennes domiennes de sa génération.

Les mentalités qui bloquent

Le territoire ? Elle l’a connu alors qu’elle avait 15 ans : « c’était la première fois que je quittais La Réunion. Je faisais partie d’un groupe de flûtes à bec et c’était un échange entre classes. Je me souviendrai toujours de cet aéroport : il n’y avait qu’une route abîmée et de gros 4×4. C’était il y a plus de 35 ans. Depuis, j’ai fait plusieurs voyages. Mayotte a évolué. On voit bien qu’il y a eu un bouleversement au niveau des infrastructures. Mais au niveau des mentalités, je ne sais pas si ça a beaucoup changé, et c’est ça qui frotte ! Dans le corps, dans la tête, dans la façon de vivre… On va traiter de sujets délicats : de grossesses, d’avortements, de viols… On ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. Une fois qu’on a fait les soins corporels, qu’est-ce qu’on fait pour la tête ?
Il faut des mots pour guérir des maux ».

L’équipe va passer au total 17 jours en résidence et le rythme est intense. « Le potentiel est là. Maintenant, il manque l’aspect professionnel. C’est un métier. Ce n’est pas : ‘aujourd’hui, j’ai envie mais demain, non ! Ça se pratique tous les jours. Les jeunes ont du talent mais il faut un cadrage. C’est pour ça que je suis là », poursuit la réalisatrice.

Et de cela, les jeunes en ont bien conscience. Ils se lèvent tous les jours à 5 heures pour des journées de tournage qui durent en moyenne 8 heures. Six épisodes de 13 minutes sont en préparation. Le tournage s’achèvera le dimanche 30 juillet.

ASA.
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*Les autres partenaires : la Cssm, le CHM, l’ARS, la politique de la ville de la préfecture, la délégation aux droits des femmes, le ministère des Outre-mer, le Ministère de la jeunesse et des sports, le STM, Mayotte 1ere, la direction des affaires culturelles, Bouge-Toi Mayotte, Women Act Now.

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