Deux sénateurs Guyanais et Mahorais dénoncent la sous-estimation de la pression migratoire

Rappelant les défis migratoires des départements de Mayotte et de son département la Guyane, Antoine Karam appuyait son collègue Thani Mohamed Soilihi, et défendait la mise en place de mesures structurelles, en livrant quelques chiffres.

C’est la période de l’année où tout le monde monte à Paris pour défendre ses dossiers : la loi de Finances pour l’année prochaine révèle ses arbitrages, et chacun veut sa part du gâteau. Certains sujets nous parlent plus que d’autres à Mayotte, c’est notamment le cas de la mission « Immigration, asile et intégration ».

Ce mardi, les crédits étaient passés à la loupe devant le Sénat, avec une prise de parole de deux sénateurs de Mayotte et de Guyane. Le second a appuyé le premier sur la prise en charge de l’immigration clandestine dans le 101ème département : « Thani Mohamed a souligné que l’immigration clandestine était mesurable à l’Aide Médicale d’Etat*, or celle-ci n’est pas applicable à Mayotte », rappelait Antoine Karam, sénateur LREM de Guyane.

Rappelant le nombre moyen de 18.000 reconduites à la frontière depuis 2010 à Mayotte, et 22.600 en 2016, comparé à celui « donné par le ministre de l’Intérieur » de 13.000 depuis l’Hexagone sur la même année, le parlementaire estime que la « gravité de la situation » de pression migratoire à laquelle doivent faire face la Guyane et Mayotte « est sous-estimée ».

Changer de méthode

Il part de deux situations typiques, les « 70% de femmes qui accouchent en situation irrégulière » à Mayotte, et les « 11.000 demandeurs d’asile en Guyane sur les 3 dernières années qui représentent plus de 20.000 personnes en comptant les familles », pour aboutir à une comparaison : « C’est comme si la France comptabilisait chaque année prés d’un million de demandeurs d’asile sur son seul territoire hexagonal. »

Si le sénateur rappelle que l’asile est un droit, il souligne qu’ « en 2016, seuls 2,6% des dossiers ont été acceptés par l’OFPRA », l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Un écart qui doit interroger sur la méthode appliquée.

« Les reconduites à la frontière sont coûteuses et insuffisantes. Il nous faut engager des mesures structurelles qui permettent de réduire l’attractivité de nos territoires », revendique le parlementaire LREM, en soulignant les mesures annoncées en octobre par le président de la République, « réduction à 2 mois du versement de l’Allocation pour Demandeurs d’Asile (qui n’existe pas à Mayotte, ndlr), réduction des délais de traitement, conditionnement du versement du RSA à 15 ans de résidence, et non 5 ans », comme c’est déjà le cas à Mayotte.

« 25.000 mineurs non accompagnés en France »

Concernant la situation des mineurs non accompagnés, « ils étaient 4.000 en 2010, ils sont 25.000 en 2017** », pour lesquels l’Etat a alloué un rattrapage de prise en charge à Mayotte, le sénateur guyanais demande un soutien de l’Etat, « le financement exceptionnel de 132 millions d’euros annoncés pour 2018 semble en deçà d’une estimation de l’Assemblée des Départements de France qui le chiffre à un milliard d’euros ».

La conjoncture ne semble pas propice à l’écoute de la demande mahoraise de mise en place de l’AME*, puisque, et Antoine Karam le déplorait, la majorité sénatoriale vient d’en diminuer les crédits de 300 millions d’euros…

Si son groupe parlementaire issu de la majorité sénatoriale, vote naturellement ce projet de budget « en hausse », il rappelait que « les défis migratoires ont profondément changé », et qu’il fallait y apporter des « réponses structurelles ». Qu’il espère voir se concrétiser dans le projet de loi relatif à l’asile et à l’immigration en préparation.

A.P-L.
Lejournaldemayotte.com

* L’AME, Aide Médicale d’Etat, est destinée à permettre l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière au regard de la réglementation française sur le séjour en France

** Chiffre issu d’un rapport du Sénat de juin 2017

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