Éclairage de Nassuf Djailani sur les tensions de l’archipel : « On a échoué à réfléchir »

Dans le cadre de l’organisation du Salon du Livre, nous mettrons régulièrement en avant un écrivain de la région. Le premier à nous offrir une bouffée d’oxygène littéraire, est Nassuf Djailani. Il ne sera pas présent au Salon du Livre, ses ouvrages l’y représenteront, notamment la revue Project’Iles qu’il codirige avec Mlaïli Condro et Soidiki Assibatu.

Nassuf Djailani évoque pour le JDM son premier roman, à paraître ces jours-ci aux éditions Komedit. « Comorian Vertigo », une somme de plusieurs récits de membres d’une même famille, séparés, « je voulais un roman éclaté, à l’image de l’archipel ». C’est une enfant qui commence le récit, Marie est https://www.youtube.com/watch?v=hRqo0Xm1zI4une voix qui s’affermit en grandissant. « Marie, c’est un prénom universel, pas seulement occidental, ici on dira Mariame ».

A travers son récit qui évolue de Grande Comore, à l’époque du coup d’état de Bob Denard, vers Mayotte, c’est la « déliquescence des familles », qui est révélée. Le décès d’un homme sur un chantier implique son mari, il va s’enfuir en l’embarquant avec lui.

S’il navigue entre roman et documentaire, c’est que Nassuf Djailani veut alerter le lecteur, et le répète, « dans cet archipel, tout concourt non pas à une émancipation de l’homme ou de la femme, mais à une déliquescence. Je ne préoccupe pas de l’appartenance politique de l’une ou l’autre île, mais je dresse le constat qu’au final, c’est la défaite de l’homme. »

« Qu’est ce qu’on fait de la République ? »

Mine de rien, tout le monde y passe, et notamment la justice, « les fuyards vers les autres îles ne sont jamais jugés, on ne juge pas les faits, mais par défaut », lance sa petite musique de rimes. Qui nous amène vers son recueil de poésie, « Hadith pour une République à naître ».

« ‘Hadith’, ce sont les paroles rapportées du prophète qui expliquent comment il se comportait dans la vie. Nous l’utilisons dans le sens de l’utilité d’un débat sur les sujets de société. Il signifie ‘parlons’ ! » Et le sujet, c’est la République. « Qu’est ce qu’on fait de ce rêve porté par nos aïeux ? Des deux bords des îles, nous avons échoué à réfléchir. On vocifère, on crie, c’est la force qui l’emporte. On assiste à une espèce d’’ensauvagement’ des esprits. »

Nassuf appelle à s’asseoir, « et à apprendre à s’écouter. Entre la naissance et la mort, quelle vie ? Au delà de l’archipel, c’est aussi valable pour ce Monde qui se déglingue ».

L’immaturité de la classe politique

La pression démographique n’aide pas souligne-t-il, « poussés par cette contrainte, les gens sont dans la réaction, et non dans la réflexion. Ils sont dans une attente déraisonnable par rapport à la France, il faut nous-même nous donner les moyens, mais il faut du courage. Et la France de son côté, doit apprendre à écouter. Les gens sont pris à la gorge, la fiscalité, la pression foncière, et les taxes d’habitation qui prouvent l’immaturité de la classe politique ».

Le dernier numéro de la revue Project’Iles est consacré à la littérature Mahoraise, « avec des articles d’analyse, des portraits ». On la trouve à la Maison des Livres, et à la Bouquinerie de Passamainty.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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