Fermeture du dispensaire Jacaranda ce vendredi « pour raison de sécurité »

Ce vendredi matin, sur le portail métallique du plus gros dispensaire de l’île, on pouvait lire « A titre exceptionnel, fermeture du bâtiment de Jacaranda ce vendredi 6 octobre 2017 ». Pendant la semaine, un groupe de bwénis avait fait fermer à plusieurs reprises l’établissement.

En l’absence de la directrice du CHM Catherine Barbezieux qui nous faisait savoir qu’elle était en congé ce vendredi, nous n’avons pu avoir qu’une réponse laconique de son adjoint, Mr Zakari, « Jacaranda est fermé ce vendredi pour des raisons de sécurité et sera ouvert très prochainement », nous faisait-il savoir par le service communication de l’hôpital. A la question de la réouverture, on nous informait qu’elle n’était « pas communiquée ».

Les « raisons de sécurité » sont à mettre en relation avec les actions menées durant la semaine par un groupe de bwenis contre l’établissement. Le dispensaire qui soigne une patientèle essentiellement en situation irrégulière, avait déjà été l’objet de la vindicte de certaines membres du Collectif Mayotte lors du défilé contre la feuille de route Franc-comorienne.

Jacaranda avait du fermer ses portes sous les coups de poing de bwenis en colère qui voulaient dessouder les bancs, à peine calmées par des manifestants qui leur avaient rappelé que le mot d’ordre des 25 et 28 septembre n’étaient pas orienté contre une communauté, mais « pour Mayotte française ».

Le trio Préfecture, impôts et dispensaire, visés

Mais les bwénis avaient remis ça mardi dernier en tentant de bloquer le bureau des étrangers de la préfecture, en vain car protégé par les forces de l’ordre. Elles avaient donc annoncé d’autres actions. Elles ont donc manifesté devant Jacaranda, impliquant là encore une action policière : « Nous sommes intervenus trois fois cette semaine à Jacaranda. Qui a dû fermer ses portes à plusieurs reprises par précaution, sous la pression des manifestantes, les personnes à l’intérieur continuant à être soignées », nous rapport le Commissaire Philippe Jos. La manifestation comptait selon lui entre 15 à 80 femmes en fonction des jours.

Ses hommes sont également intervenus au centre des impôts Boboka, 3ème point visé par les bwénis, puisque, là encore, les étrangers en situation irrégulière viennent y chercher une preuve administrative de leur présence à Mayotte.

Une fermeture par intermittence qui a donc incité la direction du CHM à prendre une décision draconienne pour éviter les débordements. Difficile de comprendre néanmoins comment le service des étrangers de la préfecture a pu continuer à fonctionner sous protection policière, quand cela a été impossible pour le dispensaire.

Se donner les moyens d’une AME

Selon nos informations, il s’agit d’une « fermeture administrative », le personnel est mis en repos Il faut dire que depuis lundi dernier, la pharmacie de l’établissement ne distribuerait pas de médicaments, et que très peu de patients avaient osé s’aventurer ce vendredi matin devant le dispensaire. La plupart avait sorti un Coran, et priait pour sa réouverture.

Ironie du sort, cette fermeture était ordonnée le jour même où, à quelques pas, on célébrait le combat pour l’accès aux soins qu’avait mené en 1945 un groupe d’ouvrier métallurgistes qui avait donné naissance à la Sécurité Sociale. L’accès aux soins des étrangers est un des droits fondamentaux en France et pour l’Organisation mondiale de la Santé. On ne peut adhérer à demi aux valeurs de notre République, et prendre ou laisser comme bon nos semble.

Un droit toutefois pas totalement mis en place à Mayotte, puisque l’Aide médicale d’Etat qui devrait prendre en charge les soins des non affiliés et ainsi sécuriser leur accès, ainsi que la CMU-C, pour la partie mutuelle, ne sont pas mis en place. C’est pourquoi les attentes de la visite de la ministre Buzyn étaient fortes. Cette absence de volonté politique doublée d’un engorgement des centres hospitaliers, alimentent la colère des plus vindicatifs. Des motifs qui doivent se traiter avec le gouvernement à Paris, pendant que, sur place, la loi doit s’appliquer, en laissant un accès libre à ceux qui ont besoin de soins.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

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