« La retraite n’était plus l’antichambre de la mort », histoire d’un combat collectif pour la Sécu

« J’ai connu un éleveur qui avait du vendre 2 vaches sur les 3 qu’il possédait pour que son fils soit opéré de l’appendicite. Vivre sans protection sociale, ça veut dire que quand on est malade, on perd tout ! ». Il était question de combat des classes populaires pour une vie meilleure pour tous, ce vendredi matin au cinéma Alpa Joe avec la diffusion du film « La Sociale », dans le cadre des 40 ans de la CSSM.

« La Sociale » est un film très engagé, une ode à la CGT, mais dont le courage des représentants a été unanimement reconnu, dans une ambiance de Résistance avec un grand « R », celle qui aura permis à plusieurs de s’illustrer. Le « héros » de l’histoire de la Sécurité sociale, c’est Ambroise Croisat. La mobilisation de son père lors de la 1ère Guerre Mondiale fait de lui un jeune chef de famille, puisqu’à 13 ans, il cherche son premier emploi et adhère à la CGT.

Ses combats seront menés dans la droite ligne paternelle qui avait lancé une grève en 1906 déjà, pour créer une Caisse de secours pour les ouvriers. Il faut glisser que certaines catégories professionnelles ont déjà leur propre couverture, comme le régime spécial des gens de mer, l’ENIM, créée par Colbert qui fonde en 1673 le fonds des invalides de la marine.

En 1936, le Front Populaire permet d’ouvrir l’Assemblée nationale à des députés en casquette. Ambroise Croisat sera l’un d’entre eux. Mais trois ans après, le pacte germano-soviétique provoque l’interdiction du Parti communiste en France, l’arrestation de ces membres, dont Croisat avec 35 autres députés. Ils sont enfermés pendant deux ans pour le bagne d’Alger.

« On a eu le droit de vivre »

Après la guerre, le consensus entre les grandes familles politiques sur le projet d’organiser une société « juste et solidaire », suscite un enthousiasme qu’Ambroise Croisat, le petit métallurgiste devenu ministre du Travail sous de Gaulle, concrétisera en « 7 mois seulement » : 138 caisses et 113 pour les Allocations familiales, verront le jour, à partir de l’ordonnance d’octobre 1945, l’acte fondateur de la Sécurité sociale.

« On a eu le droit de vivre. La retraite n’était plus l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie », glisse le regard malicieux celui qui assure le fil rouge du documentaire, Jolfred Fregonara, « un des dernier poilu de la Sécu », qui montera la Caisse de Haute-Savoie.

Financé par les cotisations sociales, « En cotisant selon ses moyens, en recevant selon ses besoins », la Sécu est alors gérée par les représentants des salariés qui possèdent les trois-quarts de sièges, contre un quart pour le patronat, un déséquilibre que le documentaire explique par le rôle trouble joué par ce dernier dans la collaboration.

Son indemnité de député pour la CGT

Croisat le communiste est par contre l’oublié de l’Histoire, « la Sécu, c’est de Gaulle ! », s’exclame un François Rebsamen mal à l’aise, qui occupe le même fauteuil ministériel que lui des années plus tard.

Et pourtant, son abnégation dépasserait presque l’entendement de nos jours, « il laissait son indemnité de député au parti », se souvient devant la caméra une vieille dame souriante, sa fille.

En 1967, Pompidou instaure une réforme des ordonnances de 45, avec une parité patronat-syndicat, et la division du régime général en trois branches (santé, famille, vieillesse).

Une vraie volonté collective de construire

Le mot qu’on associe le plus à la Sécu maintenant c’est le « trou », qui résulte d’un système où le politique, la vision, prime sur l’économique. « Actuellement c’est l’inverse », un constat unanime, où les assurances privées sont de plus en plus convoitées par les français. Avec un risque, qu’elles acceptent les patients en bonne santé, en prenant en charge les petites pathologies, laissant les plus importantes à une Sécurité sociale qui ne serait plus à même de le faire. Finie la solidarité, « on ne garantie plus la solvabilité du risque des autres », critique une hépatologue à la fin du documentaire.

Pour endiguer le gouffre malgré tout, « il y a des systèmes de régulation à mettre en place », soulignait micro en main, le directeur de la MICOR. Qui dégageait une moralité : « Ce qui s’est construit, c’est une vraie volonté collective. A Mayotte, il y a eu beaucoup d’avancées, mais il y a encore beaucoup à parcourir. Au delà de la difficulté et des divergences politiques, il faut travailler et construire ensemble. »

A.P-L.
Lejournaldemayotte.com

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