Les Outre-mer rêvent de groupes spécifiques au Sénat et à l’Assemblée

Au lendemain de la victoire de La République en Marche aux élections législatives, les parlementaires des Outre-mer réfléchissent à créer des groupes distincts, au Sénat mais peut-être aussi à l’Assemblée nationale. L’idée serait de disposer des moyens de se faire entendre et de peser sur les choix nationaux. Le débat est lancé.

Les parlementaires des Outre-mer vont-ils, à leur tour, participer à la grande recomposition du paysage politique ? Alors que les traditionnels clivages gauche-droite sont à l’agonie, le moment semble idéal. C’est en tout cas ce que pensent les sénateurs de Guyane Georges Patient et Antoine Karam qui travaillent sérieusement sur le sujet.

Comme le révèlent nos confrères de Public Sénat, ils ont envoyé une lettre fin mai à tous leurs collègues sénateurs ultramarins, tous bords politiques confondus, pour tenter de créer un groupe parlementaire spécifique à l’Outre-mer.

Jusqu’à présent, nos sénateurs et députés sont répartis dans les différents groupes politiques nationaux. Leur présence et leur voix sont donc dilués dans un vaste ensemble dans lequel ils essaient de faire émerger les questions spécifiques qu’ils portent… avec plus ou moins de réussite, comme en témoigne la frustration des représentants guyanais qui ont eu toutes les peines du monde à se faire entendre lors de la crise qui a secoué leur département.

Des moyens et un temps de parole

Disposer d’un groupe, c’est d’abord avoir des moyens et une organisation pour travailler des sujets, des amendements et des projets de loi en commission. C’est aussi avoir accès à un temps de parole garanti et à la possibilité d’interpeller le gouvernement lors de toutes les séances de questions hebdomadaires. Autrement dit, un groupe ultramarin offrirait à nos représentants une tribune et un cadre de travail inédit.

« Il est probable qu’apparaissent un ou plusieurs nouveaux groupes au sein de notre assemblée morcelant un peu plus le Sénat et diluant d’autant la voix ultra-marine », écrivent les sénateurs dans leur courrier. « Face à cela, il est de notre responsabilité, nous, sénateurs ultramarins, de nous organiser afin de ne pas perdre le peu d’espace qui nous est laissé dans l’organisation de la Haute Assemblée et du travail parlementaire ».

En nombre suffisant

Et de fait, s’ils parviennent à dépasser les vieux clivages politiques, les parlementaires ultramarins auraient la possibilité de créer un tel groupe transpartisan. Il faut en effet disposer de 10 sénateurs pour pouvoir créer un groupe alors que les sénateurs ultramarins sont 21. Même chose à l’Assemblée où 15 députés peuvent s’organiser en groupe. On compte 27 représentants ultramarins dans l’hémicycle élu ce dimanche.

« La situation des Outre-mer nécessite une nouvelle organisation de leurs représentants, une meilleure représentativité, plus de visibilité et surtout un poids plus important », soulignent les deux sénateurs. « Nous sommes convaincus qu’il faut y aller », a ajouté Georges Patient, à Public-Sénat, qui envisage aussi que son groupe puisse accueillir d’autres personnalités pour ne pas apparaître comme un ensemble « communautariste ».

Pas de groupes pour des intérêts locaux

Pourront-ils y arriver ? Nous pourrions le savoir dès cette semaine, en tout cas pour l’Assemblée nationale. Plusieurs obstacles risquent de se dresser devant eux. D’abord, l’organisation des 2 chambres du parlement. Au Sénat comme à l’Assemblée, le règlement interdit la constitution de groupes sur la base d’intérêts particuliers, locaux ou professionnels. Les parlementaires ultramarins devront donc s’attacher à rédiger une déclaration politique formulant des objectifs et les moyens de la politique préconisée par le groupe plus générale que la simple défense de nos territoires.

Ce sont ensuite les partis traditionnels qui risquent de bloquer. Alors que le Parti socialiste est laminé, créer un tel groupe à l’Assemblée pourrait priver Solferino de près de la moitié de ce qui lui reste de représentants. Autant dire que l’initiative passe mal.

Un autre argument avancé en défaveur du projet serait la « ghettoïsation » des Outre-mer. Leurs intérêts deviendraient un enjeu à part alors qu’ils font pleinement partie de la République et devraient, au contraire, être intégrés comme les autres régions, dans l’ensemble des débats et des groupes.

Peser sur la recomposition

Du côté du Sénat, on ne connait pas encore l’avis du président Gérard Larcher qui s’est montré, avec constance, en grand défenseur des Outre-mer. « Si l’idée a des chances de se concrétiser, j’irai voir le président du Sénat », affirme Georges Patient. Il faudra en effet le convaincre.

Si l’initiative échoue, elle pourrait néanmoins être le moyen de peser face aux partis politiques nationaux pour obtenir davantage de place au sein de leur groupe, avec par exemple des collaborateurs ou des vice-présidences dédiés.

En fin de semaine dernière, en plus des deux guyanais, seuls les sénateurs de Guadeloupe et de Martinique avaient manifesté leur intérêt pour la démarche, de même que les sénateurs de Polynésie, Nuihau Laurey et Lana Tetuanui, ont déjà tous deux répondu favorablement au courrier. Les élus de l’océan Indien restaient pour le moment silencieux.

Ce lundi, un député de Guadeloupe appelle à son tour à la création d’un tel groupe ultramarin à l’Assemblée. Olivier Serva, de La République En Marche, vient appuyer la démarche, dans un communiqué diffusé après son élection.

RR
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