Lynchage autour d’un barrage, les accusés multirécidivistes quasiment indifférents à la barre

Parmi les faits de violence, le tribunal avait à juger une bande de 4 prévenus, sur 15 qui avaient érigé un barrage en Petite Terre il y a deux ans et demi, et littéralement lynché 3 personnes qui s’en étaient approchées.

Seules les affaires sans avocats, ou avec probabilité de délivrance de mandat d’arrêt, étaient jugées ce mercredi matin en raison du mouvement du barreau de Mayotte.

Nous avons contacté Laurent Sabatier afin qu’il réagisse aux dysfonctionnements dénoncés par les avocats, notamment en terme de délais de rédaction des jugements : « Je note qu’après la réception des badges, leurs nouvelles revendications portent sur le fonctionnement du tribunal. En dehors du fait que nous ne jugeons pas le fonctionnement du barreau, je leur ai dit qu’il s’agit d’un ‘travail de Sisyphe’ (une tâche ardue, ndlr) que nous faisons en commun, un objectif permanent qui reste fonction des moyens dont on dispose. » Il indique aussi qu’une salle de consultation neuve est en cours de finition, « avec espace de lecture des dossiers. »

Il s’agissait dans une première affaire de violences, de juger 4 individus, dont 2 sont arrivés menottés. Les faits rappellent ceux des coupeurs de route, mais s’il n’y a pas eu de rançon sur le barrage fait de branchages à ce rond-point de Dzaoudzi il y a deux ans et demi, les coups de bâton et les jets de pierre ont plu avec violence.

Pas des perdreaux de l’année à Majicavo

« Mayotte pourrait être un havre de paix, mais le mythe s’effondre à cause de cette atteinte à la liberté de circuler et de vivre sereinement. Vous avez fait 3 victimes, frappées à coup de bout de bois. A cause de vous, les lignes bougent, et certains se demandent si il ne faut pas interdire la circulation de nuit », le président Sabatier va prolonger d’un ton calme ses reproches pendant prés d’un quart d’heure. Certainement pour éveiller une prise de conscience. Si cela est encore possible.

Car les gabarits qu’il a devant lui ne sont pas des perdreaux de l’année en matière de détention. Farid*, de taille moyenne, avait tellement bu qu’il ne se souvient plus de ce qu’il a fait, explique-t-il à la barre, « mais si les gens m’accusent, c’est que c’est moi ! » Il a déjà été condamné 8 fois, à commencer par le tribunal pour enfants pour vol aggravé, a pu expérimenter les peines alternatives comme les travaux d’intérêt général, pour finir par voir la révocation totale de son sursis, et être condamné à 20 mois d’emprisonnement pour des violences aggravées par 3 circonstances.

« Enlevez vos mains des poches ! », lance le juge pour la 2ème fois. Isam* s’exécute, joint ses mains dans son dos, un doigt d’honneur en sort. Il ne sait pas encore que le parquet l’a vu. Il reconnaît les faits, il a jeté des cailloux, « j’assume mes responsabilité », il essaie de rester superbe, avant que le président n’égrène ses 8 condamnations, notamment pour violences avec menace d’une arme : « C’est pas la peine d’entrer dans le passé », tente-t-il. Si, justement, et cela lui vaudra un chapitre ‘Sabatiesque’ sur la condition humaine, « notre liberté c’est de choisir ce que l’on fait de sa vie. » Cela l’atteint-il ? Difficile à dire.

21 jours d’ITT pour une victime

Car à l’époque, il a réussi à faire craquer son éducateur qui jette l’éponge, « il faut qu’il aille en prison ! ». « Il ne m’aimait pas ! », lâche Isam qui ne se remet jamais en cause. « Je veux aller en métropole, je suis en train de grandir », lance-t-il en touchant son début de barbe ». « Attention à ce qu’elle ne grandisse pas trop justement, tout le monde n’aime pas ça, là-bas ! », raille Laurent Sabatier. Qui essaiera de lui faire comprendre que, non, il ne pourra pas faire l’armée, surtout pas la Légion Etrangère, à laquelle tous les deux prétendent, « ils regardent les casiers et la maitrise de soi ». Il ne sais pas ce qu’il veut faire, « m’écarter de ce quartier en tout cas, Majicavo est peuplé de jeunes qui ont grandi dans les favelas. »

Le 3ème Eliamine*, est un peu à part. Il avoue avoir été sur place, « mais à côté avec ma copine », et avoir jeté une pierre. Il a pourtant été lui aussi condamné de nombreuses fois, 7, dont deux qui le mèneront en prison pour vol aggravé. Le BSMA ne voudra pas de lui en raison de son casier judiciaire, mais il produit une attestation de stage.

Avant ses réquisitions, le vice-procureur Léonardo demandera que soit lue la déposition d’Attoumane*, une des victimes, à qui 21 jours d’Interruption de travail furent octroyés. Elle se déplaçait à pied dans la commune de Dzaoudzi, lorsqu’ils surgissent : « Quinze jeunes sont venus sur moi, m’ont ceinturé, et m’ont frappé. Je suis tombé par terre, j’ai reçu des coups. »

Des faits qui mettent le vice-procureur hors de lui

« C’est un dossier qui fait froid dans le dos », entamera le vice-procureur avant de monter graduellement la voix, « cette personne s’est fait lyncher, et deux autre victimes ont été frappés, après avoir été bloquées au rond-point. Pour rien. C’est le summum de la bêtise humaine, ils ne servent pas de leurs cerveaux. Ils trouvent l’argent pour aller boire, mais pas pour se former ?! »

C’est quasiment en criant qu’il terminera son réquisitoire, « oui, ça m’énerve ! Les mêmes infractions années après années, vous allez réfléchir quand ? Le jour où vous allez vous retrouver en Cour d’Assises ?! Pour dire ‘on a frappé, mais on voulait pas qu’il meure’ ! Rien ne marche avec vous, la seule chose que vous savez faire, c’est un doigt d’honneur à la barre ! » Il demande 10 mois de prison ferme pour Isam et Farid, 8 mois pour Eliamine.

Pendant que le tribunal se retire pour délibérer, les 2 premiers s’esclaffent sur le banc, nullement remués par le sermon des juges et du parquet. Ils seront condamnés à 10 mois de prison ferme, alors qu’Eliamine aura une nouvelle chance, « condamné à 6 mois d’emprisonnement, vous pouvez les transformer en Travaux d’intérêt général. »

En partant, Isam jette un dernier regard, assassin, en direction du vice-procureur.

A.P-L.
Le Journal de Mayotte

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