Pour épauler 3 associations de Kawéni, les Céméa leur offrent un toit

Elles sont en grande partie responsable de la reprise en main du tissu social à Kawéni : les associations œuvrent pratiquement toutes sur l’accompagnement des jeunes du quartier, « il y en a tellement ! », nous avait déclaré Dhoirfia, justifiant cette abondance de l’offre. Oui mais voilà, les association ont le blues, et avaient lancé un SOS. Les Céméa ont répondu.

Leur vague à l’âme était lié à un sentiment d’abandon dont nous avait fait part il y a un an Affaredine Ali Mohamed, dit « Rasta », le président de l’Association Jeunes Espoirs de Kawéni (AJKE), « nous avons besoin des élus, où sont-ils ?! ».

Celui, qui avec ses partenaires de l’époque, avait péniblement récupéré les jeunes en errance du quartier en bâtissant avec eux des bangas en torchis derrière la MJC de Kawéni, et en créant un jardin solidaire, avait besoin d’aide à son tour, « une fois qu’on a fait tout ça, il faut continuer à occuper les jeunes ». Un appel resté sans réponse. Et ce qui devait arriver arriva, difficile de ne pas retomber dans les travers de la rue. Un membre de l’association avait eu un coup de sang, saccageant bangas et cohésion du groupe.

L’épaule paternelle, ce sont les Céméa, les Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active, qui vont lui offrir en offrant le gîte depuis quelques semaines. Un local spécialement dédié, où plusieurs associations peuvent désormais éprouver la maxime « L’union fait la force ».

Signe qu’elles sont toutes tendues vers un seul but, changer l’image du quartier en prenant en charge les jeunes, le nom d’une nouvelle association « Kawéni nouvelle aire », dont le président Kamal n’a pas de mot pour remercier les Céméa pour leur initiative : « Je suis soulagé, car nous avons la responsabilité des élèves en cours de déscolarisation ». « Lorsque les élèves difficiles sont exclus du collège, ils sont dehors purement et simplement, ça ne peut pas les aider à remonter la pente », explique Dany, le directeur des Céméa.

Coloc pour le meilleur plus que pour le pire

Rasta aussi remercie les Céméa pour les jeunes de l’AJKE, « ils nous ont remis dans le droit chemin », et répercute son plus grand souhait, « je souhaite qu’on nous aide à remettre le jardin associatif en place. »

Les limites ont été posées par les Céméa, « pas d’ingérence dans vos activités, nous sommes seulement colocataires. » Le local sis à Kawéni à deux rues de La Poste, possède 5 pièces pour accueillir les jeunes individuellement lors du Point d’accueil écoute jeunes, stocker les jeux qui sont un des vecteurs éducatifs utilisés par les Céméa, et les livres.

Outre « Kawéni nouvelle aire », et l’AJKE, le local va aussi abriter l’association « Amis des îles », qui comme son nom l’indique travaille en collaboration avec les cousines comoriennes « Pour fixer les populations là-bas, nous avons déjà financé l’école Maïcha, l’apport d’eau potable, l’électrification de 11 mosquées, et nous avons le projet d’une autre maison médicale à l’image de celle de Ouani (Anjouan) », explique Oili Abdallah. Rappelons qu’ils ne sont pas financés à Mayotte, et qu’ils aident aux cérémonies funéraires et aux mariages, « en mettant la main à la poche. » Il se félicite de ce regroupement sous un même toit, « nous devons tous relever le défi de la délinquance. »

Des classes « intervillages »

La volubile Dhoirfia de l’association « Action coup de pouce » est aux anges, « cela fait longtemps que je prêche pour cette réunion de plusieurs dans un même local. Car souvent, pour porter un projet, il y a peu de candidat par peur de se retrouver seul. »

François Cuilhe, le principal du futur lycée de Kawéni, appelé Lycée de Mamoudzou nord, est intéressé à plus d’un titre, « j’aurai des élèves de la commune jusqu’à Longoni, et évidemment ceux de Kawéni. J’ai déjà sollicité l’AJKE après un Conseil de discipline sur l’exclusion d’un élève, en leur demandant de travailler avec lui sur le sens de sa présence en cours, de la scolarité, du rapport à l’autre. J’ai commencé à expliquer aux élèves le défi à relever par le lycée : leurs classes seront des symboles « intervillages » de la société multiple que nous devons tous construire. »

Justement, autour de la table, à moitié endormi, Djamaldine, 15 ans, est concerné. Exclu pour 2 jours de sa classe de 3ème du collège K1, il est comme prostré. « Je me suis bagarré pour une tablette », nous explique-t-il, sans que nous parvenions à comprendre s’il se sentait responsable. C’est la deuxième fois que cela lui arrive. Après avoir eu cet échange au sein de l’association, il l’assure, « j’ai compris, je suis décidé à être calme. »

Soumaya anime le Programme de réussite éducative qui s’adresse aux jeunes de 2 à 16 ans en difficulté, « nous mettons en place un accompagnement individualisé. Travailler ensemble ne peut être que positif », encourage-t-elle.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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