Préserver nos rivières et nos plans d’eau : les jeunes du SIEAM veulent convaincre

Une grande opération de sensibilisation. Le SIEAM, la FMAE et l’association Wenka Culture sont allés à la rencontre d’habitants d’Handréma, de Kawéni et de Combani. L’objectif : parler de l’eau de nos rivières qu’il faut absolument préserver.

Une semaine après le début des actions de sensibilisation à la ressource en eau, le SIEAM, la FMAE (Fédération Mahoraise des Associations Environnementales) et plusieurs associations de quartiers ont tapé un grand coup ce jeudi avec une opération d’une grande ampleur. Pour cette période de vacances, le SIEAM a engagé des jeunes pour mettre en place des actions de sensibilisation sur le terrain. Trois groupes ont été répartis à travers l’île : une première équipe était positionnée dans le village d’Handréma et sa plage, la seconde sillonnait Kawéni et sa rivière. Enfin, la dernière équipe s’est attelée à la zone autour de la rivière de Miréréni, sur la commune de Combani.

Pour ces jeunes qui considèrent ces actions « à la fois comme un job d’été et une mission d’intérêt public », la tâche a parfois été rude. Sous le soleil, ils ont été à la rencontre des populations qui vivent parfois près de plans d’eau en zone difficile d’accès, comme dans les hauteurs de Kawéni. Des accompagnateurs, connaisseurs du terrain, les ont guidé à travers les villages et conseillé sur les réponses à donner aux interrogations les plus fréquentes.

Pour le SIEAM et la FMAE, cette campagne estivale n’est qu’un avant-goût d’un grand projet de sensibilisation annuel actuellement en préparation. Cette première expérience a permis aux organismes de distinguer les points à améliorer pour opérer une sensibilisation la plus efficace possible. Différentes méthodes ont ainsi été mis en œuvre afin de déterminer celle qui sera sélectionnée pour les prochaines actions.

La parole pour convaincre

Si chaque jeune approchait les personnes à sensibiliser muni de prospectus ludiques expliquant l’enjeux de la préservation des plans d’eaux, ceux-ci se sont avérés peu utiles. « Les prospectus en bande dessiné nous servaient surtout à nous au début pour avoir des situations concrètes à exposer aux populations. Mais on s’est vite rendu compte que la sensibilisation passait surtout par la parole », explique Assani Idrissa, un accompagnateur du groupe de Kawéni.

Pour les lavandières qui ont pour habitude d’effectuer nombre de leurs tâches ménagères directement aux sources des rivières de certains villages, seule la parole et l’explication concrète des conséquences néfastes de ces pratiques ont pu avoir un impact. « Pour les ménagères nettoyant leurs linges dans la rivière de Kawéni, ces prospectus ne servaient à rien. Il fallait que l’on explique étape par étape le cercle vicieux de ces pratiques. On expliquait que l’eau qu’elles salissent avec de nombreux produits chimiques est ensuite retraitée, déversée dans le réseaux SMAE et que les factures d’eau sont gonflées par l’usage de produits chimiques très puissants nécessaires au nettoyage des premiers produits qu’elles avaient déversé ».

Un verre à moitié vide

Ces actions de sensibilisation ont un écho plus ou moins fort en fonction des stratifications sociales et du type d’habitat des individus. L’INSEE a distingué trois catégories dans le parc de logements de Mayotte. La troisième regroupe les logements qui ne possèdent pas « le confort sanitaire de base » et ont très rarement accès à l’eau. Selon les statistiques de l’INSEE, 38% de la population mahoraise n’a pas accès à l’eau courante.

Pour les populations logées dans ces « habitats de fortune » à proximité des cours d’eau, le discours des jeunes agents du SIEAM résonne, mais se heurte à un problème de fond. « Nous sommes conscients que nous ne devons pas nettoyer nos vêtements dans les rivières, mais nous n’avons pas l’eau courante. Alors que faire ? On aimerait bien avoir des machines, des robinets et des douches. Mais ce n’est pas le cas. Alors nous n’avons pas le choix », déplore une lavandière à proximité de la rivière de Kawéni. « Sensibiliser, c’est bien, ce n’est pas la première fois qu’on nous en parle. Mais tant que nous n’aurons pas de solution, nous serons obligés de continuer. Ces agents envoyés par le SIEAM avouent eux-mêmes qu’ils n’ont pas d’alternative pour nous ».

Au-delà des plans de sensibilisation, la question ne pourra donc être réglée qu’avec une véritable politique publique volontariste.

Ludivine Ali
www.lejournaldemayotte.com

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