Que faire des millions des PMI et de l’ASE ?

Les millions tombent en cascade sur l’action sociale du Département. Après 61 millions d’euros pour l’Aide Sociale à l’Enfance* (ASE), et l’obtention de 120 millions pour les structures de Protection Maternelle et Infantile* (PMI), Issa Issa Abdou, 4ème vice-président chargé de l’action sociale et de la santé, est un homme heureux. Mais c’est surtout censé être le jackpot pour la jeunesse de Mayotte.

Issa Issa Abdou n’a pas obtenu ces sommes par hasard. C’est une stratégie qui a payé que de solliciter l’Inspection Générale des Affaires Sociales, l’IGAS, qui a mis l’Etat devant ses responsabilités en chiffrant en 2013 les compensations dont aurait dû bénéficier le Département depuis le transfert de ces compétences en 2006. Le gouvernement précédent a reconnu les manquements en allouant 61 millions d’euros au titre de l’ASE, et l’actuel a suivi avec 120 millions d’euros pour les PMI, plus 15 millions d’euros par an.

Le protocole a été cosigné par Annick Girardin, le président du Département et le préfet, mais il faut maintenant signer la convention pour le déblocage des fonds. « Pour cela, nos équipes doivent fournir un budget analytique de nos besoins annuels pour les PMI. Par exemple, les 15 millions vont-ils être alloués à l’achat de véhicules pour nos agents du secteur médico-social, ou au recrutement de nouveaux médecins ? ».

Il faut avant tout « toiletter » le Schéma médico-social, « en tenant compte de la compensation ». Pour la première fois, le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) va épauler le conseil départemental dans ses PMI, « avec la bénédiction de l’ARS ». Cette structure qui prend en charge les femmes enceintes est en effet « le premier maillon de la chaîne », avant que ces 9.500** parturientes n’accouchent au CHM. « Concrètement, ce sera une mise à disposition de personnel, infirmier et sages-femmes », sans exclure les médecins.

Noyés sous les millions

Pour éviter toute tentative dépensière et s’assurer que la somme va bien aux populations en souffrance, le conseil départemental et l’Etat s’étaient mis d’accord sur la création d’un budget annexe pour l’ASE. Il est possible qu’il intègre aussi les 120 millions d’euros des PMI. A la nuance prés que la dernière PMI en projet a vu sa première pierre posée avec la ministre à Vahibé, et que le budget de l’ASE a été sollicité pour cela.

« Nous avons concrétisé les projets des 10 PMI et du Centre médico-social prévus au PPI, le Plan pluriannuel d’investissement et au Contrat de Plan Etat-Région, le CPER. » Il reste trois Centres médico-sociaux à faire sortir de terre, en Petite Terre, au nord et au sud, « soit 20 millions d’euros environ ». Il reste donc 100 millions à utiliser. Les élus ont proposé la création d’une commission cogérée par la préfecture et le Département, pour définir les besoins du territoire.

Une Cité administrative avait été évoquée, mais en dehors de booster le secteur du BTP, elle ne sera pas levier de croissance pour le territoire. L’utilisation des sommes comme fonds d’amorçage de projets cofinancés, nationaux ou européens, paraît plus judicieux.

1ère année de médecine à Dembéni ?

Issa Abdou qui est aussi en charge de la santé, ne semble pas fermé à la mise en place d’organismes de formation de professionnels de santé à l’image de l’IFSI, l’école d’infirmiers, toujours en cofinancement. L’étude STATISS de l’ARS a montré les urgences. « Une première année de médecine à Dembéni ne serait pas un luxe. Cela pourrait infléchir le numerus clausus de la région qui ne bénéficie qu’à La Réunion ». « J’ai demandé à mes équipes de réfléchir pour abonder le PPI et le CPER », indique-t-il.

Une question qui ne se pose plus pour l’Aide sociale à l’enfance, qui doit relever le défi des enfants errants voire isolés sur le territoire. « Nous sommes comme les directeurs d’école, nous devons prendre en charge tout le monde, quelque soit la situation de ces enfants. En plus, enlever un gamin de la rue, c’est infléchir une délinquance qui pourrit la vie de tout le monde », assène Issa Abdou, un tantinet agacé par les esprits chagrins. D’autant qu’il faut aussi épauler les parents à Mayotte dans les problèmes liés à la parentalité. D’autre part, ces millions de l’Etat, c’est autant que le conseil départemental va économiser pour réaliser d’autres investissements.

Pour prendre en charge sa jeunesse, le Département a lancé sur le budget ASE un appel à projets d’activités éducatives en milieu ouvert, « pour permettre aux associations outillées de gérer ces enfants ». Une prise en charge qu’il évalue à un millier d’enfants. Le marché public pour accroitre les moyens matériels a également été lancé, et une clarification est en cours avec l’administration générale pour accélérer le recrutement de professionnels formés.

Des millions qui ouvrent donc de nouvelles perspectives pour la nombreuse jeunesse du département le plus déshérité de France.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

*Qu’est ce que l’ASE ? Qu’est ce que la PMI ?
L’Aide sociale à l’Enfance (ASE) mène des actions de prévention et de soutien en direction des enfants et des familles en difficultés psycho-sociales, et des actions de prise en charge d’enfants qui, pour des raisons diverses, ne peuvent demeurer dans leur famille.
Le service de protection maternelle et infantile (PMI) placé sous l’autorité du président du conseil départemental et chargé d’assurer la protection sanitaire de la mère et de l’enfant. Il organise des consultations et des actions de prévention médico-sociale en faveur des femmes enceintes et des enfants de moins de 6 ans. Il joue également un rôle essentiel en matière d’accueil des jeunes enfants : instruction des demandes d’agrément des assistantes maternelles, réalisation d’actions de formation ; surveillance et contrôle des assistantes maternelles ainsi que des établissements et services d’accueil des enfants de moins de 6 ans.
** Chiffre 2016 INSEE

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