Affaire Théo : à Aulnay, deux semaines de mobilisation pour éviter l’embrasement

© LE PARISIEN/AFP - Arnaud Journois

Mères de famille, autorités locales, militants associatifs : la cité des 3.000 d’Aulnay-sous-Bois s’est mobilisée après le viol présumé du jeune Théo lors d’une interpellation, afin d’éviter que le choc ne débouche sur un embrasement du quartier.

Lundi 6 février, "les 3.000" sortent d’un week-end d’incidents. Des abribus ont été cassés, des véhicules incendiés. Ce jour-là, un cortège de plusieurs centaines d’habitants, mères de famille en première ligne, se forme au pied de l’immeuble du jeune homme. Certains chantent la Marseillaise, d’autres crient "justice pour Théo". Beaucoup disent leur ras-le-bol des "policiers cow-boys".

Théo, 22 ans, alors hospitalisé, a déclaré avoir été violé par un policier avec une matraque quatre jours plus tôt, lors d’une interpellation au coeur de la cité. Un fonctionnaire a été mis en examen pour viol, trois autres pour violences.

En tête du cortège, Aïssa Sago, directrice d’une association de médiation sociale "Les femmes relais" et adjointe au maire. Elle a pensé à ce rassemblement dès qu’elle a appris l’interpellation, le samedi soir, dans une fête de quartier.

"Des mamans sont venues vers moi en disant : Qu’est-ce-qu’on va faire ?". Leur crainte : "revivre 2005". Cette année-là, la France avait connu trois semaines de violences urbaines après la mort de deux jeunes, Zyed Benna et Bouna Traoré, alors qu’ils tentaient de fuir la police à Clichy-sous-Bois. Aulnay avait été l’une des premières villes à flamber.

A l’époque, Aïssa Sago avait organisé une réunion pour "comprendre pourquoi les petits participaient" et "comment faire pour qu’ils s’expriment autrement". 2005, "c’était inédit, ça avait surpris tout le monde".

Dès dimanche soir, l’adjointe a pu puiser dans son répertoire de 250 adhérents. "On leur a dit : Attention, ça c’est mal passé hier, essayez de garder les enfants à la maison. Il y a beaucoup de policiers déployés, il va y avoir beaucoup d’arrestations".

Lundi soir, des agents volontaires de la municipalité vont à la rencontre des jeunes dans les rues du quartier.

En journée, les trentenaires de la cité, ceux qui avaient participé à 2005, prennent le relais. "Après l’interpellation, pendant deux-trois jours, tout le monde était choqué", raconte l’un d’eux, qui préfère rester anonyme. "Mais ensuite, on s’est tous mobilisés".

Aux ados il répète qu’avec les violences "ils donnent l’image attendue des jeunes de banlieue, que c’est exploité politiquement". Et ça marche ? "Certains écoutent, d’autres pas".

- "Pas des animaux" -

Dans la nuit du lundi 6 au mardi 7, la tension monte d’un cran aux 3.000. Hussein, le boucher du quartier, voit des "petits", jerricans d’essence dans les mains, grimper les escaliers de son immeuble. "Ils voulaient aller sur le toit, ils m’ont dit C’est pour jeter sur la police". Lui aussi essaie de les raisonner. Cette nuit-là, des policiers "pris à partie" procèdent à des tirs de "sommation" à balles réelles.

Le lendemain, Théo lance un appel au calme : "les gars, stop à la guerre, soyez unis et ayez confiance en la justice", dit-il depuis son lit d’hôpital en présence de François Hollande, qui comme son gouvernement multipliera les messages d’apaisement.

Mardi soir, les incidents sont moins nombreux à Aulnay. Mais d’autres communes de banlieue parisienne sont touchées à leur tour. A Bobigny une manifestation de soutien au jeune homme dégénère en de multiples dégradations le 11 février. Mais le niveau de violence est bien loin de 2005.

Le maire Les Républicains, Bruno Beschizza, ancien policier, a aussi joué un rôle important. Il avait très vite mis en garde contre un "détournement de vérité" dans l’hypothèse où la qualification de viol ne serait pas retenue par la justice dans cette affaire.

"Pourquoi ça s’est calmé ? Parce qu’on a décidé de faire confiance à la justice", assure Rachid, un grand bonhomme de 28 ans.

"Ils attendaient qu’on casse pour camoufler notre message", avance Bilal, 23 ans, artisan. "Mais on n’est pas des animaux", lance le jeune homme, qui regrette de ne jamais pouvoir parler avec les policiers "sans qu’ils soient sur la défensive". Ici, "les gens ont aussi besoin de la police".

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