Gouvernement Philippe : Macron face au défi de la recomposition

© AFP - joel SAGET

Tenu par ses promesses de renouvellement et de recomposition politique, Emmanuel Macron dévoile mardi le premier gouvernement de son quinquennat après avoir, fait inédit sous la Ve République pour un président issu de la gauche, choisi de nommer un Premier ministre de droite, le juppéiste Edouard Philippe (LR).

De retour de son premier voyage à l’étranger depuis son investiture, à Berlin lundi auprès de la chancelière Merkel, le chef de l’Etat reçoit dans la matinée à l’Elysée son chef de gouvernement.

Objectif : peaufiner la composition et l’annonce, prévue "en fin de journée", d’une équipe gouvernementale devant incarner le "renouvellement politique" cher à M. Macron, mais avec aussi des personnalités expérimentées, pour former un "alliage", paritaire hommes-femmes, dans la perspective de la bataille des législatives de juin qui sera conduite par M. Philippe.

Depuis sa nomination, le président trentenaire a certes fait la part belle aux moins de 50 ans : un Premier ministre de 46 ans, plus jeune locataire de Matignon depuis 30 ans, jamais ministre ; un numéro 2 de l’Elysée de 44 ans ; et un conseiller spécial de 30 ans.

Mais les cinq nominations officielles concernent pour l’heure exclusivement des hommes, dont quatre énarques, comme M. Macron.

Pour incarner la société civile, le chef de l’Etat veut convaincre l’écologiste Nicolas Hulot d’accepter un "ministère de la transition écologique". Habitué à refuser ministères et candidatures diverses, l’ex-présentateur de TF1 a décidé "cette fois-ci de franchir le pas", sous certaines conditions, selon un proche.

Dans le sillon ouvert par Edouard Philippe, d’autres prises devraient suivre chez LR, tel l’ancien ministre et candidat à la primaire de la droite Bruno Le Maire, qui se verrait bien au Quai d’Orsay ou à la Défense.

"Il a demandé un poste régalien", selon une source. Autres noms cités à droite : le juppéiste Benoist Apparu ou le lemairiste Franck Riester.

Une trentaine d’élus LR et UDI ont jugé lundi que leurs familles politiques devaient "répondre à la main tendue" par le nouveau président.

L’initiateur de cet appel, Thierry Solère, qui fait partie des candidats LR aux législatives contre lesquels le parti d’Emmanuel Macron n’a pas investi de candidat pour l’instant, a ainsi indiqué qu’il voterait la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe.

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui lorgne aussi sur la Défense, a rejoint les signataires, comme Jean-Louis Borloo. "Je n’ai rien demandé et rien ne m’a été proposé, les choses sont claires", a-t-elle dit mardi.

Le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer, a assuré cependant mardi que "la droite tient" alors que le chef de file des députés LR Christian Jacob a estimé que "c’est à l’Assemblée", après les législatives, que l’orientation politique pourra être déterminée.

- Espoirs féminins -

A gauche, Jean-Yves Le Drian est donné comme seul survivant du gouvernement Cazeneuve, à la Défense comme actuellement ou ailleurs. Piliers de la campagne venus du PS, Richard Ferrand, Christophe Castaner et Gérard Collomb, donné favori pour l’Intérieur, semblent incontournables.

Après la passe d’armes autour des investitures d’En Marche et du MoDem, François Bayrou entrera bien au gouvernement, selon l’entourage du chef de l’Etat, peut-être à la Chancellerie.

Et les femmes ? Emmanuel Macron, dont le premier cercle durant la campagne était très masculin, a promis la parité. Les noms de Marielle de Sarnez, bras droit de Bayrou, de l’ex-ministre chiraquienne Anne-Marie Idrac ou encore de la députée européenne MoDem Sylvie Goulard circulent aussi.

Emmanuel Macron pourrait également choisir de propulser de jeunes espoirs féminins du privé, comme Astrid Panosyan, passée par la direction d’Unibail-Rodamco, la spécialiste de la communication Axelle Tessandier, la productrice de cinéma Frédérique Dumas ou Amélie Castéra-Oudéa, cadre sup d’Axa, intéressée par les Sports.

Dans cet "alliage", il doit montrer une cohérence dépassant les débauchages individuels.

Les mots, lundi, du Premier ministre sortant Bernard Cazeneuve à Edouard Philippe sonnent d’ailleurs comme une mise en garde au credo "et de gauche et de droite" macronien.

"On ne vient pas de nulle part. Et si l’on veut fermement montrer la direction, il faut savoir quels sont ses héritages dont on est comptable", a lancé, sur le départ, M. Cazeneuve, plus éphémère Premier ministre de la Ve.

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