Échanges économiques avec Madagascar : Mission possible pour le Département

La coopération régionale ne produit que si l’on s’en sert. Or, jusqu’à présent, elle servait plus de balade à Madagascar pour les élus du Département, qu’à être vraiment productive. Le développement économique est désormais visé par un nouveau pool d’institutionnels et de chef d’entreprise.

« Mayotte a beaucoup investi à Boeny et Diana, et notamment dans l’Université de Diego, mais il y avait une perte de crédibilité », constate Sidi Mohamed, 6ème VP du conseil départemental en charge des Affaires européennes et de la coopération régionale, qui dressait un constat d’échec. En conséquence, « les Mahorais n’ont aucune visibilité sur la coopération régionale ».

On l’aura compris, l’équipe actuelle veut changer les choses, et a entériné une nouvelle vision « axée sur le développement économique », lors de la Foire économique régionale de Mahajanga-Boeny du 21 au 27 août 2017. Il s’agit de deux régions de Madagascar proche de 300 kms de Mayotte, « nous avons une Histoire et une langue commune », note Ben Issa Ousseni, Président de l’ADIM. Les Comores et l’Afrique de l’Est sont aussi au programme.

Et à constater le degré de préparation, en mission exploratrice, séminaire préparatoire et la motivation de la délégation de chef d’entreprises qui s’y est rendue, quasiment tous présents à la conférence de presse, on a envie d’y croire cette fois. En dehors des partenaires institutionnels du conseil départemental que sont la Chambre de commerce et d’Industrie, l’ADIM (Agence de Développement et de l’Innovation de Mayotte), la Chambre de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Aquaculture, des privés étaient de la partie, Nuru Kombé (perliculture), Mayana Fraîcheur (fruits et légumes), Cap’tain Alandor (pêche), Benara (Transformation de poisson) et ETIC services (informatique).

Le ciel et la mer

Les objectifs ambitieux de faire de Mayotte la tête de pont de l’Union européenne dans le Canal du Mozambique, et d’œuvrer pour son intégration régionale vont se traduire à travers 5 domaines d’intervention : l’économie, le tourisme, la culture, la recherche et le sport.

Les freins ont déjà été identifiés : « Il s’agit du fret aérien et maritime, les rotations de bateaux peuvent prendre un mois, le problème des normes européennes et la non adhésion de Madagascar au fonds INTERREG », résume Ben Issa Ousseni.

Il existe en effet des échanges aériens, « 5 à 6 par semaine », mais qui ne concerne que les passagers, « en raison d’un accord entre compagnie. Il faut espérer que l’entrée d’Air Austral au capital d’Air Madagascar change la donne ». Un sujet sur lequel la délégation a commencé à travailler. Elle a aussi envisagé de créer une compagnie maritime. « En tout cas, tout se fait en concertation permanente avec nos interlocuteurs sur place. Chacun doit participer financièrement dans les projets, sinon ça ne marchera pas », déclare Sidi Mohamed.

La sécurité contre l’accès aux marchés

Les normes européennes sont une conditions sine qua non des échanges communautaires, « impossible d’importer des fruits et légumes sans cela. Aussi, chaque entreprise devra avoir un numéro de traçabilité, après passage devant les services vétérinaires, pour obtenir la norme CE », explique Régis Masséaux (Cap’tain Alandor). IL va donc falloir travailler avec les Malgaches sur une structure vétérinaire aux normes, ce qui n’était pas le cas à l’époque des velléités mahoraises d’importer la viande de zébu.

Pour Michèle Balourd, Directrice des Affaires européennes au Département, c’est un premier pallier formateur : « L’objectif est l’harmonisation vers le haut pour former les entreprises qui sont volontaires pour accéder aux normes. L’intérêt de Mayotte est l’arrivée d’une alimentation sécurisée, celui des Malgaches, est d’accéder à des marchés plus importants, notamment européens. »

Au rythme des marées

Dominique Marot (Benara, ex Aquamay) voit des potentiels aquacoles, « comme l’exportation de concombre de mer, vendus 150€ le kilo en Asie », ou la transformation de gambas, « le paysan pourrait faire de l’élevage d’algues à marée basse, et cultiver son champ à marée haute, c’est du plein temps », quand Régis Masseaux lorgne sur les bonites dont les malgaches de Boeny sont privés car dévorées par les requins.

Les privés ayant participé à cette Foire de Boeny-Mahajanga sont tous unanimes, « le conseil départemental impulse une nouvelle dynamique de coopération », approuve Nassuf Habibi (Etic services), « la mission est réussie parce que tout le monde s’est impliqué financièrement, c’est pas la même chose que d’être payé pour se balader ! », lance Régis Masséaux.

Le calendrier est serré puisque concentré sur les deux mois qui viennent, « le choix des référents et des fiches d’action est en cours, un comité de suivi se tient dès la semaine prochaine, pour pouvoir signer des conventions opérationnelles entre les acteurs dès le mois de décembre et commencer en janvier. »

Pas question de livrer à la presse quelques dossiers en cours, « restons modestes », lance Sidi Mohamed. Révolutionnaire, en effet !

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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