Emmanuel Macron répond aux questions du JDM

Après le retrait de Bacar Ali Boto de son poste de directeur de campagne dans notre département du candidat du mouvement En Marche !, le Journal de Mayotte avait sollicité Emmanuel Macron pour qu’il approfondisse ses prises de position au sujet de l’immigration clandestine. Voici ses réponses.

Les réponses sont arrivées dans les dernières heures de la campagne. Alors que le 1er tour de l’élection présidentielle a lieu ce dimanche, Emmanuel Macron a répondu aux questions que lui a soumises le JDM.

La semaine dernière, la campagne du candidat d’En Marche ! connaissait quelques turbulences chez nous. Bacar Ali Boto, 1er adjoint au maire de Mamoudzou, démissionnait de ses fonctions de directeur de campagne à Mayotte. « J’ai apprécié globalement le discours d’Emmanuel Macron, mais je suis comme beaucoup de Mahorais, très déçu concernant sa réponse relative à l’immigration clandestine », déclarait-il alors.

Logiquement, le JDM a cherché à connaître précisément la façon dont celui qui est donné favori par les sondages, abordait précisément ce sujet.

Le JDM. Une polémique monte actuellement à Mayotte sur vos prises de position sur l’immigration clandestine. Le 1er adjoint au maire de Mamoudzou a d’ailleurs pris ses distances avec le comité En Marche ! Pouvez-vous préciser vos engagements sur le sujet ?

Emmanuel Macron. Je ne crois pas que la position du 1er adjoint au maire de Mamoudzou, M. Bacar Ali Boto soit source de polémique puisque il conserve son adhésion en tant que ‘marcheur’ et « votera bien Macron au premier tour ».
Je veux néanmoins répondre très clairement à votre question qui au-delà de toute polémique renvoie à un problème fondamental pour Mayotte.

Aucune partie du monde n’échappe à l’immigration clandestine, dont les causes sont -hélas- connues, et qui se nomment misère, guerre, persécutions, déplacements de populations… Pour autant, tout Etat démocratique doit se faire respecter et faire respecter ses lois. C’est un enjeu de souveraineté. A Mayotte, territoire de la République pour lequel cette immigration illégale est particulièrement lourde de conséquences, je serai sans faiblesse et sans concession.

Le JDM. Vous avez évoqué le développement des Comores comme solution à cette question. Cette proposition s’est heurtée à la méfiance des Mahorais sur la coopération régionale. Comment comptez-vous convaincre quand d’autres proposent du suspendre le droit du sol ?

Emmanuel Macron. Est-il bien réaliste de nier la longue histoire des quatre îles au sein d’un archipel dont les populations ont partagé durant des siècles -souvent de façon chaotique au demeurant- des échanges fondés sur des cultures communes ? Nier ce voisinage géographique et cette proximité n’aurait aucun sens. Malgré tout, des choix politiques et démocratiques différents ont été faits et il faut les faire respecter.

Bien sûr, le développement des îles de la République Fédérale des Comores relève avant tout de la responsabilité de ses gouvernants. Mais si la France ne peut se désintéresser de ses voisins, elle peut, par des partenariats bien adaptés, réduire les causes, en particulier économiques, des départs vers Mayotte. Nous devons même les promouvoir.

En tout état de cause, le problème de l’immigration illégale à Mayotte ne se réglera pas sans un dialogue avec les Comores. Et je suis résolu à engager des discussions fermes avec les autorités comoriennes sur ce point.
Nul besoin pour cela d’agiter l’épouvantail de l’éternelle polémique entre le droit du sol et le droit du sang.

Le JDM. Face à ce qui s’apparente à un véritable trafic d’êtres humains entre Anjouan et Mayotte, n’y a-t-il pas d’autres moyens d’aborder la question, en particulier en s’attaquant à l’aspect économique de ces filières clandestines ?

Emmanuel Macron. J’exigerai très fermement des gouvernements concernés -dans le respect du droit international, bien évidemment- qu’ils prennent toutes les mesures pour poursuivre leurs ressortissants.
S’il s’avère que des Français, ici ou là, se révèlent complices de ces activités, ils seront poursuivis où qu’ils soient. Nous disposons pour cela de dispositions répressives très précises.

Le JDM. Cette immigration clandestine est souvent associée à Mayotte à de nombreux problèmes : services publics submergés (en particulier de santé et d’éducation), foncier indûment utilisé, délinquance galopante. Comment donner du poids à une parole républicaine lorsque l’Etat est défaillant sur tant de sujets ?

Emmanuel Macron. Il ne vous a pas échappé que la restauration de l’autorité de l’Etat, seule garante de la protection due à nos compatriotes, est une de mes principales priorités, notamment à Mayotte ! Il en est de même de l’éducation, en particulier de l’école primaire, et de la santé.
Il ne s’agit pas, bien sûr, de critiquer les responsables des services publics qui font leur travail actuellement avec conscience et professionnalisme mais il s’agit de leur donner les moyens de faire face à des situations spécifiques.

L’Etat doit exercer pleinement ses responsabilités, aux côtés des collectivités territoriales qui disposent de nombreuses compétences dans le cadre de la décentralisation. Chacun doit donc prendre ses responsabilités à tous les niveaux !

Je propose un partenariat renouvelé entre l’Etat et ces collectivités pour leur permettre d’assumer pleinement leurs compétences. Je mettrai à leur disposition des ressources humaines -ingénieurs, financiers, chefs de projet- à même de leur apporter un appui technique.

Le JDM. Les relations entre la France et Mayotte d’un côté et les Comores de l’autre sont toujours complexes. La question institutionnelle doit-elle être aborder lors du prochain quinquennat et de quelle façon ?

Emmanuel Macron. Nous donnerons à Mayotte, au sein de la République, les moyens de réussir la départementalisation. Il faut regarder les choses en face : nous nous heurtons à de nombreuses difficultés parce que nous ne nous sommes pas collectivement donnés les moyens de la réussir.

L’Etat apportera son plein soutien à la départementalisation : nomination d’un délégué à la départementalisation chargé d’évaluer les difficultés rencontrées et de proposer des solutions opérationnelles ; accompagnement des collectivités en matière d’expertise et de soutien technique ; extension du dispositif « Cadres avenir » mis en place avec succès en Nouvelle-Calédonie.
L’objectif principal reste bien celui d’améliorer la vie et le cadre de vie de nos compatriotes mahorais.

Le JDM. Lors de votre rencontre avec les associations ultramarines la semaine dernière, vous avez considéré que Mayotte était un département qui risquait de basculer dans une crise comme celle que connaît actuellement la Guyane. Est-ce une façon de dire que le Pacte « Mayotte 2025 », mis en place pour donner une perspective à la départementalisation sur 10 ans, n’est pas suffisant ?

Emmanuel Macron. Beaucoup d’engagements ont été pris, et depuis longtemps, à l’égard de Mayotte. Plus récemment, l’Etat s’est engagé dans le projet « Mayotte 2025 ». Il faut faire de cet épais document une réalité concrète et donner vie et consistance à chacun de ses engagements, que ce soit, par exemple, en matière de régularisation foncière ou de développement touristique. Cela signifie surtout qu’il faut soutenir et amplifier l’effort d’investissement.

Le JDM. A (deux) jours du premier tour de la présidentielle, au terme d’une longue campagne, quel message souhaitez-vous adresser enfin aux Mahorais ?

Emmanuel Macron. Comme à tous les ultra-marins, mon message aux mahorais est simple : je ne promets rien mais je m’engage.
Je m’engage à assurer la protection de la population, je m’engage à poursuivre le rattrapage des investissements et des services publics afin de développer l’activité et l’emploi, je m’engage, enfin, à donner à Mayotte et aux Mahorais les moyens de réussir la départementalisation.
Ce territoire doit être un creuset d’innovations et d’initiatives pour que sa population et sa jeunesse puissent y vivre dignement et y construire des avenirs heureux. C’est l’ambition à laquelle je m’attacherai avec le concours et le soutien des Mahoraises et des Mahorais !

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