L’affaire de la prise des 67 kilos d’or pourrait se conclure par une relaxe

La prise avait fait grand bruit : « 67 kilos d’or interceptés par les Douanes de Longoni », avait titré les médias locaux en février 2013. Plus de 4 ans après, rien n’est encore très clair, et pourtant, c’est bien la relaxe de W. L. qui est requis par le parquet.

Lorsqu’il se présente aux douanes de l’aéroport de Pamandzi ce 26 février 2013, le Réunionnais, W.L., né à Madagascar, leur présente sa cargaison d’or, qui doit passer en transit vers sa destination finale, Dubaï. Ce n’est pas la première fois qu’il effectue cette opération : au début du même mois, il s’agissait de 93 kilos d’or, et le mois précédent, de 60 kilos. Mais cette fois ci, apparaît sur son passeport une mention précisant des « faits de banqueroute ».

Il est interrogé, puis mis en examen pour blanchiment d’argent en bande organisée. « Sans que la fraude soit encore prouvée, elle est d’ailleurs levée en mai 2013 ! », s’emporte d’emblée son avocat Me Hesler. Soulevant une exception, il va se livrer en début d’audience à une forte charge contre le juge d’instruction de l’époque, Hakim Karki, connu sur le territoire pour avoir instruit l’affaire Roukia, puis pour avoir été mis en examen pour une histoire d’agression sexuelle. « Il a inventé l’infraction de blanchiment pour motiver une commission rogatoire pour garantir personnellement le rapatriement de l’or à Madagascar », une accusation grave de l’avocat.

Lors de l’enquête, on cherche à savoir qui était ce transporteur, et quels étaient ses donneurs d’ordre. Les factures que fournit W.L. le font apparaître comme le propriétaire de l’or, mais comme il l’avoue de suite aux enquêteurs, c’est faux. Il agit pour le compte de la SARL Ambilobe Mining. Ce sont ces fausses factures qui le feront plonger.

Prés de 500 kilos d’or transitent à Pamandzi en 3 ans

Le nœud du problème se niche dans la question du juge Laurent Sabatier : « Qu’avez-vous voulu cacher aux autorités ? » Ce n’est pas une histoire de taxe, le stock d’or étant en transit. Pourquoi la France, responsable des flux financiers sur son territoire, fermerait les yeux sur 220 kilos d’or qui y transitent ? « Parce qu’elle le fait régulièrement, ce n’est pas un trafic, 25 transporteurs l’avaient fait pendant 3 ans, déposant en gardiennage aux Douanes 495 kilos d’or », relève l’avocat.

Le problème en réalité se situe à Madagascar. Un des pays les plus pauvres du monde qui se vide de ses richesses minières, au détriment de ses habitants. Et vraisemblablement au bénéfice de groupes organisés, on évoque dans la presse malgache de « cartel de jeunes karanes quasiment intouchables », dans lequel certains dirigeants pourraient avoir un intérêt particulier.

A la suite de la commission rogatoire du juge Karki, les autorités malgaches ont effectué une recherche sur les trois sociétés identifiées lors des 3 transports, « elles n’étaient pas référencées au Registre du commerce et des sociétés de Madagascar », et pourtant la justice française, sur demande de la Chambre d’Instruction, et malgré l’opposition du juge d’instruction, a demandé que l’or soit restitué à son propriétaire, la société Ambilobe Mining. Ce qui aura valu aux autorités judiciaires françaises de se faire copieusement injurier par le juge d’instruction, « il les a traitées de corrompues », rapporte Eric Hesler.

Un homme des affaires

Le tribunal se trouvait donc bien dépourvu ce matin, « l’affaire interroge, on ne peut faire qu’avec ce qu’on a », déclarait le président du TGI. Et on a peu. En dehors du passé judiciaire de l’homme qui se tient modestement à la barre.

Après une 1ère condamnation en 2010 pour abus de confiance et faillite personnelle, à 18 mois de prison avec sursis, requalifiés en 3 mois avec sursis, il a été impliqué par la suite à une banqueroute, une tentative de faux et un usage de faux. Mais il n’est pas en état de récidive, ayant été jugé postérieurement aux faits qui lui sont reprochés à la barre. « Des tricheries répétitives ! En plus, lorsqu’on vous interpelle, vous êtes détenteur de 3 passeports », constate le juge. Le prévenu tente de prouver qu’il s’est amandé, et glisse un « on s’améliore ! », qui laisse tout le monde sur sa faim. Il est actuellement chauffeur routier à La Réunion.

67 jours de détention pour rien ?

La substitut du procureur ne peut que constater un dossier qui s’est peu à peu vidé de sa substance, « les investigations n’ont pas été suffisamment poussées, notamment sur ces sociétés qui n’ont pas d’existence légale. En conséquence, le préjudice n’est pas précisé. » Notamment pour la Douane qui s’est constituée partie civile. « Je demande la relaxe, car pour qu’il y ait usage de faux, il doit y avoir préjudice. Or, on ne connaît pas de victime. » Me Hessler avait glissé que la SARL avait perdu 800.000 euros dans l’affaire, qui n’a pas introduit d’action en justice.

Pour l’avocat, on est parti d’une personne émettrice de fausses factures « en lui collant une infraction. C’est un acharnement du juge d’instruction contre lui en le plaçant 67 jours en détention provisoire malgré l’annulation de la charge par la Chambre de l’Instruction. Dont 20 jours parce que le juge était en vacances. » Il plaide évidemment la relaxe.

Tout tourne autour des autorités malgaches dans cette affaire, « on ne sait même pas si l’or est sorti illégalement du territoire », avait conclu le parquet…

Le délibéré sera rendu le 7 juin 2017.

A.P-L.
Le Journal de Mayotte

mots clés de l'article : justice , Mayotte , société , douane , Madagascar , or , orange , La Réunion , Une , Hakim Karki , Ambilobe Mining

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