Deux électeurs sur dix ne s’étaient pas déplacés en 2012

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À l’occasion de l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai, puis des élections législatives des 11 et 18 juin 2017, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) conduit une étude par sondage sur la participation électorale. Cette opération est réalisée depuis 1988. Lors des échéances électorales de 2012, 20 % des électeurs de La Réunion ne se sont déplacés à aucun des tours de la présidentielle et des législatives. Les chiffres des deux élections à venir ne seront connus qu’en fin d’année.

Pour mettre en avant ces tendances, l’Insee se base sur un échantillon tiré dans le fichier général des électeurs, qui est tenu par l’Insee en application de l’article L37 du code électoral. À La Réunion, ce sondage concerne 2 000 électeurs. La participation au vote est relevée sur la liste d’émargement nominative qui est mise à la disposition du public dans les préfectures après le scrutin. Cette enquête permet d’étudier les taux de participation selon l’âge, le sexe, la taille de l’agglomération, et d’autres caractéristiques sociodémographiques obtenues grâce au rapprochement avec l’échantillon démographique permanent de l’Insee. Cette enquête ne permet en aucun cas d’identifier les préférences politiques. Les données recueillies font l’objet d’une exploitation anonyme. L’Institut en présentera les résultats dans ses publications nationales et régionales en fin d’année.

Les résultats détaillés de l’enquête menée en 2012

Lors des échéances électorales de 2012, 20 % des électeurs de La Réunion ne se sont déplacés à aucun des tours de la présidentielle et des législatives. Ceci s’explique en partie par le nombre élevé d’électeurs qui ne résident pas dans le département. Les électeurs les moins mobilisés ont par ailleurs moins de responsabilités professionnelles ou familiales.

12 % des inscrits ne sont pas allés voter en 2012, ni aux élections présidentielles, ni aux législatives. C’est deux points de plus qu’en 2007. Au total, un Français sur cinq en âge de voter et résidant en France n’a pas du tout participé aux scrutins nationaux cette année.

Une abstention supérieure à la moyenne nationale

Huit électeurs sur dix ont cependant voté au moins une fois. Certains ont participé de manière intermittente (45 %). Les autres, d’un civisme irréprochable, se sont exprimés à chaque consultation (35 %). Ils sont plus souvent âgés ou titulaires d’un diplôme universitaire. Les ouvriers et employés se distinguent à La Réunion par une participation systématique plus importante que les cadres. Signe moins encourageant, seulement 87 % des Réunionnais en âge de voter sont inscrits sur les listes électorales. Les non inscrits sont plus souvent jeunes, sans diplôme ou sans activité professionnelle. 

Traditionnellement, les électeurs réunionnais s’abstiennent plus souvent aux élections que la moyenne nationale. L’écart est plus important aux premiers tours. Le taux d’abstention à La Réunion est supérieur de 13 points au premier tour de la présidentielle et de 10 points aux législatives. Au second tour, l’écart n’est plus que de 7 points à la présidentielle et de 4 points aux législatives (tableau 1).



En 2012, 20 % des électeurs ont systématiquement boudé les urnes. C’est moins que le taux d’abstention le plus faible (27 %) observé lors du 2e tour de la présidentielle, certains abstentionnistes d’un jour ayant choisi de voter un autre jour. Mais c’est plus qu’en France métropolitaine où seulement 12 % des électeurs se sont abstenus systématiquement. En Guade- loupe et en Martinique, l’abstention systématique est encore plus forte (respectivement 26 % et 28 %) (tableau 2). 



Un abstentionniste systématique sur six ne réside pas à La Réunion

L’abstention systématique dans les départements d’outre-mer s’explique en partie par un nombre élevé d’électeurs qui ne résident plus dans la région où ils sont inscrits. Un abstentionniste systématique sur six ne réside pas à La Réunion. Dans toutes les régions de France, l’abstention est également plus élevée chez les électeurs inscrits dans une région où ils ne résident plus. Malgré le vote par procuration, il est près de trois fois plus élevé chez les non-résidents que chez les rési- dents d’une région, passant de 33 % à 11 % d’abstentionnistes systématiques. La Réunion n’échappe pas à cette règle : le taux d’abstention systématique est de 46 % chez les non-résidents contre 18 % chez les résidents.

Ce qui distingue les régions insulaires, c’est la plus forte proportion d’électeurs qui sont domiciliés à l’extérieur de leur région d’inscription : 7 % à La Réunion ou aux Antilles, et jusqu’à 11 % en Corse. La moyenne n’est que de 3 % en France métropolitaine. Les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon, avec 4 %, se situent loin derrière la Corse.

L’éloignement de l’emploi favorise l’abstention systématique

Les actifs sont plus impliqués dans les élections et ce, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle du dernier emploi : les cadres, les employés et les agriculteurs ont un comportement plutôt similaire avec moins de 15 % d’abstention systé- matique.

 

La catégorie socioprofessionnelle du dernier emploi influe donc peu sur l’abstention systématique. En re- vanche, les inactifs et les chômeurs n’ayant jamais travaillé s’abstien- nent plus souvent systématique- ment (26 %). Ils sont nombreux (28 % des électeurs) en raison des difficultés rencontrées sur le marché du travail à La Réunion, marqué par un faible taux d’activité conjugué à un chômage persistant.

La situation familiale influe également sur l’abstention. Les personnes vivant seules sont celles qui s’abstiennent le plus souvent à toutes les élections (30 %). L’abstention systématique est plus faible pour les personnes en couple ou celles avec des enfants : seulement 15 % des Réunionnais en couple ne se sont jamais déplacés.

Si l’électorat avait la même structure professionnelle ou familiale qu’en France métropolitaine, l’abstention systématique resterait significativement plus élevée dans l’île.

L’abstention systématique est également forte chez les plus jeunes : 29 % des électeurs de moins de 30 ans ne se sont jamais déplacés.



Ils représentent pourtant un électeur sur cinq à La Réunion. Ils sont souvent hébergés par leurs parents et sont aussi rela- tivement peu nombreux à exercer une profession. Mais à situations professionnelle et familiale égales, ils restent encore plus abstention- nistes que leurs aînés. Les hommes et les femmes ont un comportement proche vis-à-vis de l’abstention.

À La Réunion comme aux Antilles, les hommes s’abstiennent un peu plus systématiquement que les femmes (21 % contre 19 %). C’est cependant l’inverse en France métropolitaine où 11 % des hommes s’abstiennent contre 12 % des femmes.

 

Les Réunionnais se déplacent davantage pour les présidentielles que les légistalives

Sur les quatre scrutins tenus en 2012, 80 % des Réunionnais se sont rendus au moins une fois aux urnes. C’est plus qu’aux Antilles (73 %) mais moins qu’en France métropolitaine (88 %). Près de la moitié (45 %) des électeurs votent par intermittence. Ne répondant pas à chaque rendez- vous électoral, ils se sont néanmoins déplacés au moins pour un scrutin. Cet électorat est plus nombreux qu’en France métropolitaine (41 %) mais moins qu’aux Antilles (50 %).

La plus grande partie ne s’est intéressée qu’à l’élection présidentielle. En particulier, les moins de 30 ans sont surreprésentés parmi ceux qui ne votent qu’à la présidentielle. Finalement, plus de la moitié d’entre eux (53 %) ne votent jamais aux législatives contre 39 % chez leurs aînés.

Par ailleurs, 60 % des électeurs exclusifs de la présidentielle ont fréquenté les urnes aux deux tours. Si quelques-uns n’ont voté qu’au 1er tour, probablement attirés par la multiplicité des choix, plus nombreux sont ceux qui ne se sont exprimés qu’au 2e tour. Parallèlement, 19 % des électeurs se sont mobilisés pour les deux élections, mais sans voter régulièrement. Enfin, les électeurs qui ne se sont exprimés qu’aux législatives sont rares (2,5 %). 

À ces électeurs intermittents s’ajoutent 35 % de votants systématiques. Ils se sont rendus aux urnes lors des quatre suffrages de 2012. Ils sont moins nombreux qu’en France métropolitaine (47 %) mais beaucoup plus qu’aux Antilles (24 % en Guadeloupe et 21 % en Martinique).

Le civisme augmente avec l’âge jusqu’à 75 ans

Dans toutes les régions françaises, c’est avant tout l’âge qui condi- tionne l’assiduité aux élections. Ainsi, la participation systématique à tous les scrutins augmente au cours de la vie : elle atteint un maximum de 46 % pour les personnes âgées de 60 à 74 ans à La Réunion. C’est deux fois plus que pour les jeunes âgés de 18 à 29 ans.

La participation systématique est plus faible quel que soit l’âge à La Réunion. L’écart est minime pour les plus jeunes (24 % contre 26 % en France). Il s’accroît pour les gé- nérations plus âgées : 46 % pour les 60-74 ans contre 62 % en France métropolitaine.

Le niveau de diplôme est habituellement un facteur favorisant la par-ticipation électorale. C’est aussi le cas à La Réunion, mais de façon partielle. Toutes choses égales par ailleurs, les diplômés de l’enseignement supérieur votent systéma- tiquement deux fois plus que les personnes n’ayant aucun diplôme. Bien que la détention d’un BEP, d’un CAP ou d’un CEP augmente le civisme, la possession du seul baccalauréat ne l’accentue pas de façon significative par rapport aux électeurs sans diplôme.

À La Réunion, les ouvriers et les employés se démarquent par leur assiduité : 40 % d’entre eux ont vo- té systématiquement à chaque ren- dez-vous électoral, soit quatre points de plus que les cadres (36 %). En France métropolitaine, les cadres sont les plus impliqués.

Par ailleurs, le vote systématique est plus répandu dans le Sud de l’île, 42 % de l’électorat s’exprimant à chacune des consultations. Les enjeux liés aux résultats des législatives ont ainsi mobilisé plus largement les électeurs dans les communes du Sud que sur le reste de l’île. Les électeurs non-natifs du département ne se désengagent pas notablement des élections tant nationales que locales. Un tiers des non-natifs résidents à La Réunion ont voté systématiquement aux quatre tours, soit seulement deux points de moins que les natifs. Toutefois, les 65 000 électeurs nés en dehors de l’île (13 % de l’électorat) ont des caractéristiques qui favorisent le civisme. Ils sont surrepré- sentés chez les plus de 30 ans, chez les diplômés du supérieur et chez les cadres et professions intermédiaires.

Moins d’inscriptions à La Réunion qu’en Métropole

À La Réunion, seulement 87 % des personnes susceptibles de voter, c’est-à-dire âgées de 18 ans et de nationalité française, sont effecti- vement inscrites sur les listes élec- torales, que ce soit dans le départe- ment ou ailleurs. C’est moins qu’en France métropolitaine (93 %), y compris moins qu’en Île-de-France, région métropolitaine ayant le plus faible taux d’inscription (89 %). Dans les autres départements d’outre-mer, le taux d’inscription sur les listes électorales est également faible : 86 % en Guadeloupe, 89 % en Martinique (graphique 3).



L’âge, le diplôme et la catégorie so- cioprofessionnelle sont les caractéristiques qui influencent le plus l’inscription. Comme ailleurs sur le territoire français, l’inscription aug- mente avec l’âge, passant de 79 % chez les moins de 20 ans à 95 % chez les 65 ans ou plus. Ainsi, 21 % des moins de 20 ans manquent à l’appel à La Réunion. Et ce malgré la mise en place de l’inscription d’office sur les listes électorales en 1997.

Entre 20 et 24 ans, le taux d’inscription est bien plus faible à La Réunion que dans l’Hexagone ; il le reste pour quasi- ment tous les âges, les taux d’inscription ne se rejoignant que chez les seniors de 65 ans ou plus (95 %). Les diplômés de l’enseignement supérieur sont massivement inscrits (93 %), tandis que seulement 85 % des non diplômés figurent sur les listes électorales. Le diplôme et la catégorie professionnelle sont for- tement liés. Toutefois, à âge et di- plôme équivalents, les cadres sont plus largement inscrits que les per- sonnes sans activité profession- nelle, les actifs que les inactifs. À La Réunion, hommes et femmes ont des taux d’inscription très pro- ches mais les hommes sont plus souvent inscrits (88 % contre 86 % pour les femmes). C’est le contraire aux Antilles (85 % contre 90 %) ou en France métropolitaine (92 % contre 93 %).

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