Alain Souchon retombe en enfance, à la tête de la troupe du "Soldat Rose"

© AFP/Archives - FRED TANNEAU

"Les questionnements dans les chansons, je trouve ça bien. On n’a pas fait des comptines juste pour amuser" : Alain Souchon, qui a mis en musique le troisième volet du "Soldat rose" avec ses fils Pierre et Charles, n’en a pas fini, à 73 ans, avec l’enfance.

L’auteur-interprète de "Foule sentimentale" est de ces artistes qui ont gardé leur âme d’enfant. Sa voix douce et sa discographie en témoignent, des singles qui l’ont révélé il y a une quarantaine d’années ("J’ai dix ans", "Jamais content", "Allô maman bobo") à son dernier album solo, "A cause d’elles", dans lequel il reprenait en 2011 des comptines qui ont bercé sa prime jeunesse.

"C’est vrai, mais je ne le fais pas exprès", répond le garnement d’un ton penaud. Et d’ajouter : "je crois que chez tous les gens qui font ce métier, il y a une part d’enfance conservée. Jean-Louis Aubert, il a une voix d’adolescent adorable (il l’imite, da-da, da-da !), Mick Jagger sur scène, il gigote, on dirait un gamin qui écoute de la musique trop fort et qui fait n’importe quoi. Et il a 74 ans !"

"On est lucide, on sait bien qu’on n’a plus 14 ans, mais ce métier conserve une espèce de joie enfantine. Par exemple, on me demande souvent pourquoi je parle des filles dans mes chansons plutôt que des femmes. Et ben, je ne le sais pas, c’est instinctif", poursuit-il.

Après Louis Chedid pour le premier épisode dans le grand magasin (2006) et Francis Cabrel pour le deuxième dans l’orphelinat (2013), c’est en famille qu’Alain Souchon s’est chargé des compositions du "Soldat rose à la fabrique de jouets", à paraître vendredi. Les textes ont une nouvelle fois été écrits par le créateur, Pierre-Dominique Burgaud.

En guise de conclusion de cette trilogie, l’histoire se situe dans la chronologie avant le premier tome. Un "préquel" à la Star Wars en somme, sauf que contrairement à George Lucas qui n’a jamais révélé les origines des "Jedis", Burgaud lui raconte comment son fameux soldat, destiné à être kaki ou bleu, est finalement devenu rose lors de sa fabrication.

- Enfant rêveur -

L’ode à la différence est une nouvelle fois abordée dans des saynètes mettant en scène une bande de jouets éclopés, incarnés par Olivia Ruiz, Jean-Louis Aubert, Zazie, Calogero, Laetitia Casta, Hugh Coltman, Sandrine Kiberlain et Renan Luce, dans le rôle du soldat rose. Le tout narré par le trublion Edouard Baer.

"C’est très compréhensible pour les enfants et en même temps il y a une petite profondeur. C’est bien de parler des choses qui font qu’on ne se sent pas exactement comme tout le monde", souligne Alain Souchon, qui reprend pour l’occasion son rôle de l’homme de ménage.

"Chaque jouet que l’on jette, c’est l’enfance qui part/Une petite musique s’arrête en nous quelque part", chante-t-il dans "A la fabrique", un des titres les plus plaisants de l’album. Exception faite du petit Alain, qui se souvient avoir perdu son petit ours en peluche. "Il s’appelait Moda. J’aurais aimé le garder mon Moda, mais j’ai été trimballé pendant mon enfance de ci, de là. Je n’ai pas pu le conserver", confie-t-il.

Son enfance, Alain Souchon en garde un souvenir heureux : "J’étais assez rêveur, espiègle. J’ai changé de famille. Mais j’ai vécu avec des gens aimants. C’est ça le principal. J’ai un petit-fils et ça m’apprend beaucoup. Je réalise à quel point il aime être rassuré. Quand il sort de l’école, il se jette dans mes bras, il met la tête sur mon épaule, on sent que ça lui fait du bien".

"Alors à moi aussi, enchaîne-t-il. Ca dure une petite minute, mais ça vaut tout l’or du monde. Je n’aime pas qu’on se dise je t’aime+. Mais qu’on se serre dans les bras, j’aime bien. Il ne faut pas dire les mots inutilement. Ce qu’il faut c’est aimer".

à voir également en vidéo