Anly Abdallah : l’activité touristique qui tombe du ciel

Anly, ancien parachutiste dans l’armée, a décidé de retrouver sa terre natale pour y créer son activité touristique. Du parachutisme à Mayotte, vous en rêviez ? C’est presque fait.

« Hé Anly, toujours dans l’armée ?
– Non j’ai arrêté il y a un an. »
Sur la terrasse du 5/5 où nous le rencontrons, Ali Abdallah, 39 ans, vient d’être reconnu par une vieille connaissance. L’enfant du pays, qui a grandi à Passamainty, revient à Mayotte pour une nouvelle page de son histoire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis son départ quand il avait 17 ans, le grand Mahorais costaud au crâne rasé et aux yeux pétillants, a pris de la hauteur.
Il a donc 17 ans quand il quitte Passamainty, et Mayotte, pour la métropole où il tente un bac pro électricité. « Ca ne me branchait pas du tout » balaye l’intéressait d’un jeu de mot involontaire. La suite sera pour lui plus épanouissante. A 19 ans, il s’engage sous les drapeaux et rejoint le corps des parachutistes. « J’y ai pris goût et j’y suis resté 17 ans et demi, dont 11 en tant que Para et 6 dans l’infanterie. »
Avec l’uniforme, le jeune homme découvre alors une facette de l’armée, la cohésion et le rapprochement. « J’ai appris beaucoup durant cette période sur les rapports humains » sourit-il.

Kosovo, Gabon, Tchad, Macédoine, Liban et deux fois l’Afghanistan, ses missions le mènent aux quatre coins du monde. Arrivé à la trentaine, le militaire commence à réfléchir à l’avenir, et son désir de retrouver Mayotte le taraude. En revanche, pas question d’arrêter de sauter en parachute. Plus qu’un métier, sauter était devenu une passion. « Le parachutisme, je l’ai découvert à l’armée, mais très vite, j’en ai aussi fait dans le civil. Tant que physiquement je pourrai le faire, je continuerai à sauter sans hésitation. J’avais toujours eu l’idée de quitter l’armée avant mes 40 ans, ça fait 7 ans que je réfléchissais à la faisabilité d’une activité de parachutisme à Mayotte. Aujourd’hui, tous les voyants sont au vert. »

Retour aux sources

En octobre 2016 donc, à 38 ans, il quitte l’armée avec le grade d’adjudant et « l’envie de passer à autre chose ». Il rentre aussitôt à Mayotte où il est frappé par les changements survenus en 20 ans. Histoire de « garder la main sur mes compétences », il fait quelques contrats d’instructeur de parachutisme dans le civil, en métropole pendant quelques mois, et à la Réunion, tout en peaufinant son projet. Louer un avion, budgéter l’achat d’un appareil, trouver un pilote et, d’ici quelques mois, définir ses tarifs. « Ca dépendra de l’appareil utilisé et du coût de revient » explique-t-il. Mais si tout va bien dès le mois de mai 2018, il sera enfin possible de sauter en parachute au dessus de Mayotte, en tandem avec Anly Abdallah, qui ne s’inquiète pas trop de trouver une clientèle. Il y aura sans doute les croisiéristes et touristes de passage, mais aussi les résidants. « A Mayotte on a vite fait le tour, il y a une forte demande, les gens sont en quête de choses nouvelles, et là, c’est un peu des sensations fortes. »
En multipliant les sauts et les repérages, Anly est de plus en plus convaincu par son propre projet. « Je redécouvre Mayotte complètement, vu d’en haut c’est magnifique. Quand j’ai sauté au dessus de l’ilot Choazil (voir photo), j’avais envie de me mettre sur pause et de ne plus bouger ».

En parallèle de ce projet d’entreprise qui se dessine, le parachutiste a fait venir pendant deux semaines un double champion du monde de saut en parachute : Sébastien Chambet, qui a réalisé l’année dernière un film sur ses sauts en Nouvelle Calédonie. Une manière de mettre en valeur ce territoire. Tous deux ont programmé pour le mois d’août 2018 le tournage d’une réalisation similaire sur le sol (ou plutôt dans les airs) de Mayotte. Une grande marque de matériel de parachutisme a d’ailleurs partagé la vue de l’îlot Choazil prise lors des repérage des deux passionnés. « J’ai envie de participer à l’évolution économique de Mayotte et au niveau des comportements. J’espère avoir ma petite pierre à apporter à l’édifice. »
Preuve s’il en est que parfois pour décoller, il faut accepter de tomber de haut.

Y.D.

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