Avec Amina Coué la couture devient ambassadrice de Mayotte

Amina Coué est née il y a 45 ans à Mayotte, où son cœur balance entre Labattoir, le village de son père, et Poroani, celui de sa mère. Elle quitte son île à 9 ans pour La Réunion, puis Orléans où elle ne fait pas de longue études pour passer un CAP Esthétique… qui n’augure pas de la suite, puisqu’elle travaillera 10 ans dans un cabaret de la ville, tout en donnant naissance à son premier enfant. C’est avec lui qu’elle déménage pour Nice, estimant avoir « fait le tour de la question » à Orléans.

C’est dans le sud qu’elle rencontre l’homme de sa vie, qu’elle suit de mutations en mutations, en commençant par poser ses valises au Cambodge. « Et là, c’est le coup de foudre pour l’univers de la mode. A Phnom Penh, tout était facile, les trouvailles de tissu, les machines accessibles. » Après la Guyane, c’est le Ghana qui va lui faire de l’œil : « Au moment d’emménager, je m’aperçois que dans la même rue, se cache une école de créatrice de mode. »

Elle se renseigne, tous les cours sont en anglais, « et je le parlais peu ». Elle l’intègre malgré tout et franchit la porte tous les jours, un dico Oxford d’anglais sous le bras, « je notais tous les mots, et les apprenais par cœur le soir. C’est comme ça que j’ai appris l’anglais ! » Et le métier par la même occasion, puisqu’elle décroche son diplôme en 2017, et organise aussi sec son 1er défilé de mode, « ce n’était pas facile au Ghana, je me suis donc dit, ‘il faut que tu sois la meilleure !’ »

Le Blue spirit

Amina Coué: « Je me suis dit ‘il faut que tu sois la meilleure!' »

Elle créée l’année dernière sa marque « Amine 2 Mayotte », accolée d’un slogan « Blue lagoon spirit », « c’est l’icône, car Mayotte est méconnue. Partout où je vais, les gens me questionnent pour savoir où est mon île, comment on y vit, etc. Je veux la promouvoir à travers la mode. »

Amina Coué utilise la couture comme ambassadeur culturel de son île, mais s’imprègne aussi de son parcours. Des tenues qui deviennent des carnets de voyage : « Ma collection asiatiques faisait naître des imprimés de bambous et de fleurs de cerisier, et au Ghana, j’ai privilégié les tissus tissés main par les ghanéennes, et beaucoup d’habitants les ont découverts à cette occasion. »

De bulles en blanc

Avec sa complice créatrice de mode Mahoraise Chouhoura, elle prépare le défilé des nouvelles collections ce vendredi soir chez Madora, au centre commercial de Jumbo score à Majicavo. Elle adore les couleurs, « surtout le bleu », mais vénère le blanc « couleur qui se prête autant à une robe de mariée, de baptême, que d’enterrement en Asie et en Afrique, ou que de cocktail en occident ». Leurs modèles sont exposés chez Madora, toute cette journée de vendredi.

Amina Coué et Chouhoura vont présenter leurs dernières créations

Au bout d’un an, elle ne vit pas encore de son métier, « j’ai beaucoup de chance d’être soutenue par mon mari », et arrive à fédérer des sponsors autour de ses évènements. Le plus important est le « African Fashion Fund » de Roberta Annan, « qui recherche des fonds pour aider les jeunes créateurs. Ils ont payé mon billet d’avion. »

A Mayotte, ses sponsors s’appellent Alcoi, Madora, Maya lingerie, Choumi Créations, et l’hôtel Caribou.

Revenir dans son île, ce n’est pas au programme, « j’ai besoin de liberté et d’avoir accès au monde extérieur », mais après tout, ce dont Mayotte a le plus besoin, c’est d’ambassadrices de charme et de talent.

Anne Perzo-Lafond

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