Julien Kerdoncuf, sous-préfet « nettoyeur » de filières d’immigration clandestine

Si Julien Kerdoncuf a pu être audible face aux médias ce mercredi en préfecture, à deux pas du bureau des étrangers, c’est que au-delà de l’assurance mainte fois répétée que « la diplomatie est à la recherche d’une solution durable avec les Comores », un travail de démantèlement des réseaux est en cours, et qu’il est chargé de sa coordination. « En tant que chef d’état major de la lutte contre l’immigration clandestine, Julien Kerdoncuf sera mon bras droit dans ce domaine », explique Dominique Sorain, le décidemment super préfet de Mayotte, puisque doté de deux bras droits, son chef de cabinet l’étant au titre de la sécurité du territoire.

Est-ce pour compenser ce blocage des expulsions et apaiser la population que le bureau des étrangers reste en sommeil ? En tout cas, depuis la grève de plus d’un mois de son personnel pour des raisons d’avancées sociales, il ne s’ouvre que sur rendez-vous et uniquement pour le renouvellement, « aucune première demande n’est reçue aujourd’hui », indique le sous-préfet.

Il explique son objectif de coordonner les acteurs de l’île en matière de lutte contre l’immigration clandestine, « également en lien avec les acteurs parisiens, ainsi que l’ambassade de France aux Comores sans tout révolutionner », et surtout en s’adaptant à ce qu’il appelle des « grains de sable », qui bloquent toujours le rouage diplomatique franco-comorien.

Un GIR-bis

Arrivé quelques heures avant Annick Girardin, sa présence est l’expression même de l’importance que l’Etat accorde à la cause, « c’est le seul poste de chef d’Etat major de LIC de toute la France », souligne-t-il. Ce qui se justifie par le volume annuel de reconduite, « entre 18.000 et 23.000 », complète le préfet Sorain.

C’est un travail en profondeur que Julien Kerdoncuf met en avant, au delà des reconduites, et qui porte sur les filières organisées. Comme l’a commencé le procureur Miansoni sur les reconnaissances frauduleuses de paternité, ou l’Etat sur les marchands de sommeil. Il va coordonner tout cela au sein d’un GIR*-bis, appelé GELIC pour « Groupe d’enquête de Lutte contre l’Immigration Clandestine », « il sera créé d’ici la fin de l’été », qui sera coprésidé par le préfet et le procureur.

Mais dès cette semaine, un Etat major LIC élargi, « une déclinaison de l’Etat major de sécurité », va permettre de réunir la gendarmerie et la police nationale, en y rajoutant des acteurs comme la Direction des finances publiques, la Direction du travail, « pour le travail illégal », l’Agence régionale de santé, etc. C’est la première fois qu’une action concertée est menée sur le domaine de l’immigration clandestine.

Faire du « renseignement »

Le fond du problème demeure néanmoins, et provoque des tensions au sein d’une population qui voit arriver quotidiennement des kwassas sur les plages : « S’il n’y a pas de reconduites, nous délivrons des Obligations de quitter le territoires (OQTF), prés de 6.000 depuis le début de l’année, qui seront appliquées si les personnes sont de nouveau interpellées lors de l’amélioration de la situation avec les Comores ».

Les deux nouveaux bateaux intercepteurs n’arriveront finalement qu’en septembre, « le chantier ne peut faire plus vite », rapporte le préfet Sorain, qui confirme qu’ils viendront bien en appui et non en substitution d’une flotte plus que vieillissante aux boudins rafistolés : « En comptant la Verdon et l’Odet, nous avons bien actuellement 7 navires opérationnels, dont 3 bateaux alloués en permanence à la lutte maritime contre l’immigration clandestine. »

Cela fait seulement 3 semaines qu’il travaille sur le sujet, et Julien Kerdoncuf veut déjà délivrer deux messages, qui se résument en deux mots, empathie et légalité : « J’ai compris l’exaspération des Mahorais et ma présence est la preuve de la mobilisation des services de l’Etat, mais les expulsions doivent être menées dans un cadre juridique ». En conséquence, il appelle la population à faire « du renseignement » : « Plutôt que d’agir vous-mêmes, faites-nous remonter vos attentes. Parlez-en à votre maire, à vos élus, à la gendarmerie ou à la police, je m’engage à suivre. »

Jusqu’à présent cette « remontée » des faits était peu prise en compte, l’arrivée de l’escadron de gendarmes supplémentaires devrait changer la donne, selon lui.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

* Groupe d’Intervention Régional démantelé à Mayotte au lendemain de l’affaire Roukia

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