Mayotte par Le Journal de Mayotte , lundi 30 décembre 2019 à 05:15

L’un des caillasseurs de Koungou condamné à 5 mois de prison ferme

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Violences en réunion, dégradation du bien d’autrui, port d’arme blanche sans motif et rébellion, tels étaient les chefs d’accusation qui pesaient ce vendredi 27 décembre sur Ali*, 28 ans. Jugé en comparution immédiate après avoir été interpelé en flagrant délit le week-end des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre à Koungou, il comparaissait devant la présidente du tribunal Betty Baroukh et ses deux assesseurs Floriane Chambert et Frédérica Sarli.

C’est le dimanche 22 décembre aux alentours de 15h30 qu’Ali a été interpelé. Alcoolisé et possédant sur lui un couteau de cuisine, il a été vu en train de jeter des pierres sur un véhicule des gendarmes. Ceux-ci l’ont poursuivi et finalement maîtrisé. Deux gendarmes étaient présents à la barre pour témoigner des faits de rébellion contre les forces de l’ordre. « J’avais le couteau sur moi pour découper le fruit à pain que j’avais dans mon sac », se défend Ali à la barre. « Cela fait 3 jours que ça caillasse et vous, vous étiez là pour faire un voulé ? Voyons, il faut être un peu sérieux avec le tribunal ! », s’énerve Betty Baroukh. Mais Ali n’en démord pas : il avait bien ce couteau pour faire un voulé. « Quand ça a commencé à caillasser, je n’ai pas eu le choix, j’ai dû suivre le mouvement », raconte encore Ali à la barre. « Donc c’est pour faire « comme les autres » que vous avez commencé à caillasser ? », traduit la présidente du tribunal. « C’est le mode de défense d’un mineur ! C’est ce qu’on entend au tribunal pour enfant et vous avez 28 ans monsieur ! », lui rétorque-t-elle. Quant à la rébellion contre les forces de l’ordre, Ali nie tout simplement les faits, contre la parole des gendarmes en question, également présents au tribunal.

Un traumatisme crânien à l’origine de son comportement immature ?

Pour la procureure Morgane Pajak-Boulet, les faits sont graves. Interpelé dans le contexte des violences à Koungou, Ali s’en est pris aux forces de l’ordre alors même que les gendarmes mettaient leur vie en péril pour faire cesser les violences. « Ali dit qu’il regardait en faisant un voulé, mais on n’est pas au cinéma à Koungou ! », s’emporte la procureure. Pour elle, Ali est bien coupable de violences en réunion, peu importe si c’est la pierre qu’il a lancée ou non qui a touché le véhicule des gendarmes. Il est également coupable de port d’arme sans motif puisqu’il n’avait rien à faire dans ce contexte muni d’un couteau de cuisine. De même, le gendarme ayant fait usage de sa matraque télescopique contre lui, il est évident que c’est bien parce qu’Ali s’est rebellé contre les forces de l’ordre. Elle a donc requis contre lui 10 mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

De nombreuses bombes lacrymogènes ont été utilisées le week-end du 21 décembre à Koungou par les forces de l’ordre.

L’avocate d’Ali, Me Mélanie Trouvé, a quant à elle déclaré qu’il fallait « garder la tête froide ». « Ce n’est pas parce qu’Ali a été interpelé dans le cadre des violences de Koungou qu’il faut lui donner une peine exemplaire », a-t-elle affirmé. A 28 ans, son client vit dans un banga comme un adolescent sur un terrain qu’il squatte et est en situation irrégulière alors que toute sa famille a ses papiers. « Vous avez raison », dit-elle au juge Betty Baroukh, « mon client a bien un comportement de mineur, mais il a subi étant plus jeune 7 mois d’hospitalisation pour être tombé d’un cocotier. Je pense que le traumatisme crânien qui en a résulté est à l’origine de son comportement immature », a-t-elle plaidé. En outre, le gendarme qui a déclaré avoir été blessé lors de la rébellion du jeune homme n’avait pas de certificat médical pour le prouver, ce qui a largement été mis en avant par l’avocate.

Finalement le tribunal n’a retenu que les chefs d’accusation de violences en réunion et de port d’arme, abandonnant ceux de dégradation et de rébellion. Ali a été condamné à 5 mois de prison ferme sans mandat de dépôt. Une peine qu’il pourra aménager avec le juge d’application des peines. Il est également condamné à payer 300 euros de dommages et intérêt à l’un des gendarmes pour préjudice moral. Le préjudice physique du gendarme qui dit avoir été blessé a été rejeté par le tribunal, faute de preuves.

L.D.

* Le prénom du prévenu a été modifié

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