La baisse de la délinquance se confirme

« On constate au premier trimestre les mêmes tendances que l’année 2018, qui avait vu une baisse de la délinquance » entame le préfet Dominique Sorain qui évoque une baisse de 9% de la délinquance générale (tous faits confondus). Une annonce faite sans sourire ou satisfecit particulier. « Il y a trop de délinquance, trop de victimes, je le dis toujours » poursuit-il. Les efforts vont donc se poursuivre, mais les chiffres, désormais publiés chaque trimestre, méritent de s’y arrêter un peu.
Car si la délinquance globale baisse, cette évolution est « contrastée » selon le préfet qui s’exprimait depuis les locaux de la PAF de Pamandzi.
Ainsi, en zone gendarmerie, la baisse est moins forte qu’en zone police. Une donnée qui s’explique en partie par la forte hausse qu’a connue Mamoudzou en 2016.
La baisse la moins marquée reste celle des atteintes volontaires à l’intégrité physique, avec -3,5% par rapport au premier trimestre 2018. Parmi ces violences, les actes crapuleux sont en chute de 24,5%, « une tendance lourde » pour la préfecture, qui déplore en revanche une légère hausse des violences non crapuleuses (+4%). En d’autre termes, les vols avec violence baissent fortement, mais les bagarres et agressions gratuites marquent une hausse.
La plus forte hausse est enregistrée pour les violences intrafamiliales, qui ont plus que doublé en un an. Une statistique inquiétante, mais qui s’explique par une hausse du nombre de plaintes, ainsi que de signalements de services sociaux, éducatifs ou médicaux, de plus en plus enclins à prévenir les autorités en cas de soupçon de violences.
Enfin, les violences contre les forces de l’ordre baissent, avec 8 faits de moins que début 2018, mais marqués par une plus grande violence, en témoignent le gendarme blessé à M’Tsamboro avec notre confrère de Mayotte la Première, ou le policier contraint d’ouvrir le feu à Kawéni.

Baisses de haut vol

Les atteintes à l’intégrité physique baissent globalement

Comme l’année dernière, les atteintes aux biens (vols pour la plupart) baissent « très significativement » en ce début d’année, avec presque 17% de baisse, soit 219 faits de moins. La baisse la plus notable concerne les cambriolages, en chute de 30%, « c’est l’élément le plus important à souligner » estime le préfet.
Bien sur, la délinquance reste trop élevée, et le sentiment d’insécurité cristallisé par l’explosion des agressions en 2016 peine à se résorber. Il faut toutefois comparer les statistiques à celles du reste du pays, avec le taux de plaintes pour mille habitants.
Sur les atteintes volontaires à l’intégrité physique, il faut compter 3,04 faits à Mayotte contre 2,38 au niveau national. Sur les violences non crapuleuses, 1,58 pour mille habitants à Mayotte contre 1,24 au niveau national. Les violences crapuleuses : 0,68 faits pour 1000 habitants ici contre 0,34 au niveau national. A l’instar des autres départements d’outre mer, ces violences sont supérieures à la moyenne nationale. Mais sur les vols, la tendance est inversée. Mayotte compte ainsi 4,5 atteintes aux biens pour 1000 habitants contre 8 au niveau national et 0,7 cambriolages contre 1,42 en métropole.
Enfin les agressions sur les sites touristiques marquent une baisse notable également, puisque seuls 5 faits ont été enregistrés depuis janvier.

Forte chute des cambriolages

Des chiffres qui sont le fait de plusieurs facteurs. D’une part, une plus grande présence policière sur les plages et sentiers de randonnée liée à une série d’arrestations et d’incarcération de bandes de bandits. D’autre part, des habitudes de vie qui s’adaptent, avec des logements toujours mieux protégés des intrusions, des randonneurs mieux organisés aussi.
Le général Philippe Leclercq se veut toutefois prudent. « Il suffirait qu’une bande se reconstitue, mais ce n’est pas le cas pour le moment ».
Quoi qu’il en soit, il rappelle l’intérêt de porter plainte. Même si le préjudice est faible, tout dépôt de plainte entraîne « systématiquement un dispositif de gendarmerie » dans les heures qui suivent, c’est donc un atout précieux pour les enquêteurs, et une opportunité d’attraper des malfaiteurs.

« Des chiffres jamais atteints »

La PAF revendique une forte hausse des reconduites à la frontière

Sur la lutte contre l’immigration clandestine, les reconduites atteignent des niveaux record. De janvier à mars, 7000 étrangers avaient ainsi été reconduits à la frontière, aux Comores pour 98% d’entre eux. A ce jour, on en est à 8500 reconduites, soit une moyenne de 77 par jour contre 50 en 2017.
La lutte contre le travail illégal se poursuit aussi, avec des amendes de 15 000€ à l’encontre des employeurs d’étrangers sans titre, par salarié en situation irrégulière.
Autre record, celui des accidents corporels, qui explosent avec 83% de hausse en 3 mois. Le parquet a décidé d’appliquer la même politique pénale que pour les membres de réseaux de passeurs, en appliquant des confiscations de véhicules. Voitures ou camions sans assurance, sans contrôle techniques ou conduits par des étrangers en situation irrégulière pourront ainsi se voir ôter leur véhicule en vue de sa destruction pure et simple. Les taxis mabawas sont clairement en ligne de mire, même si aucune statistique ne les relie à la hausse de l ‘accidentologie. La délinquance routière est « avec l’environnement le chantier de l’année 2019 pour nous » indique le procureur Camille Miansoni.

“Le combat de la perception”

Enfin, le général Leclercq a tenu a revenir sur les « coupeurs de route », qui seraient « de retour » selon plusieurs publications alarmistes. « En 2016, la population a été victime d’un vrai phénomène de coupeurs de route. Aujourd’hui il suffit qu’un fait de délinquance ait lieu à proximité d’un axe routier pour lire que les coupeurs de route sont de retour. En 2018, 20 faits ont été commis, dont 13 par des barrages et 4 lors d’un arrêt du conducteur. Depuis début 2019, on a 4 faits, dont deux conducteurs de deux-roues le même soir. Je ne suis pas sur qu’on puisse parler d’un retour du phénomène. De grâce, n’effrayez personne par vos articles sur une résurgence supposée du phénomène, ce n’est pas le cas ».

Sur la délinquance en général, les autorités devraient continuer à communiquer chaque trimestre sur le détail des faits commis.
« L’enjeu c’est que la population puisse sentir cette baisse. Le combat à mener est celui de la perception. Il y a encore beaucoup trop de victimes, mais il y a une tendance lourde à souligner », conclut le procureur.

Y.D.

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