Le PUIC sera-t-il suffisant pour relancer la formation professionnelle ?

Pas vraiment accueillante pour les jeunes demandeurs d’emploi la Mission locale de Kawéni. C’est dans des locaux sombres et exigus que pénétrait la ministre des Outre-mer ce mardi, un stylo en main. Si Annick Girardin avait déploré plus tôt dans matinée qu’on ne retienne pas assez les actions mises en place dans l’action sociale, au profit des « plans », conventions » ou « Schémas », c’est une nouvelle signature qu’elle allait malgré tout apposer au bas d’un parchemin : celle de la mise en place du Pacte Ultramarin d’Investissement dans les Compétences, « mon premier PUIC ! », lancera-t-elle. La Guyane avait été leader, avec un Pacte signé par Jean-Marie Marx.

La PUIC permet à l’Etat d’entrouvrir une porte d’entrée dans le domaine de la formation professionnelle, compétence de la Région, du conseil départemental à Mayotte. Et on sait combien ce secteur est en berne depuis ces dernières années sur le territoire. Etabli sur la période 2019-2022, il se monte à 68 millions d’euros, 21 millions Etat, et 47 millions du Département. « Nous avons simplement multiplié par 4 la somme affectée annuellement par le conseil départemental, environ 11 millions d’euros », nous décrypte un acteur. Il s’agit de former 10.000 jeunes demandeurs d’emploi de 16 à 25 ans, cible de la Mission locale, en particulier les peu ou pas qualifiés.

Le vice-président de la Mission locale Mouslim Abdourahaman, la conseillère Mariame Saïd, Dominique Sorain et Annick Girardin, lors de la signature du PUIC

« Nous partons du paradoxe du territoire où sévit un taux de chômage de 35% avec des entreprises qui cherchent de la main d’œuvre, pour accompagner vers l’emploi 10.000 jeunes sur la période, en centrant le système de formation sur l’individu, et en le modernisant, notamment en lui apportant des connaissances en matière de digitalisation », expliquait Jean-Marie Marx, Haut commissaire aux compétences et à l’inclusion par l’emploi. Cela suppose d’aller chercher ces jeunes les plus éloignés de l’emploi.

Une des difficultés énoncées précisément par la ministre, « j’ai demandé un tableau de bord des demandeurs d’emploi sur le territoire, on manque de données. »

Manque de données sur les demandeurs d’emploi

C’est peu de dire en effet que le secteur est désorganisé, comme le faisait remarquer Salimé Soumaila, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat (CMA) : « Le conseil départemental ne s’engage pas dans la formation professionnelle des jeunes. Heureusement que la loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel a été adoptée, elle va pouvoir révolutionner l’approche notamment de l’apprentissage ». En espérant qu’un contrôle soit réellement appliqué de la part des services de l’Etat. Et le turn-over à leurs têtes n’incite pas à l’optimisme de ce côté.

Les invités se serraient dans une salle exiguë et sombre

Quant à la Mission locale, la maire de Chirongui exhortait ses pairs à se réveiller, « les maires ne s’y investissent pas toujours, or, c’est leur outil ! »

Côté réussite, le dispositif Garantie jeune* était présenté par la Mission locale, qui aura permis notamment à un jeune ancien délinquant de s’insérer et de le dire haut et fort, « je suis fier de mon premier CDD », et à la dynamique Sitti Ali Ahamada, de décrocher un CDI de serveuse, « je voulais continuer à me former, mais mon directeur m’a supplié de ne pas partir ! » Une personnalité de gagnante, comme le faisait remarquer la ministre qui l’interrogeait sur l’apport de la Garantie Jeune, « ça m’a donné une confiance en moi que je n’avais pas, et ça m’a aidé à prendre conscience que tout métier est bon à prendre. »

Anne Perzo-Lafond

* La Garantie jeunes permet d’accompagner les jeunes entre 16 et 25 ans en situation de grande précarité vers l’emploi ou la formation. Un contrat est signé entre le jeune et la mission locale, et est accompagné d’une aide financière

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