Point d’étape de la Délégation : constat de structures sous-dimensionnées à Mayotte

Après avoir épluché et négocié les trois plateformes, celle de l’Intersyndicale-collectif, celle du monde économique, et celle des élus, dans quel état se trouve la Délégation interministérielle à mi-parcours ? Pas de fatigue ni de saturation qui tiennent, vu l’ampleur de la crise sociale et les enjeux. On aimerait pouvoir dire plus tard, « c’est en 2018 que tout a vraiment changé à Mayotte, et j’y étais ! » Leur position était donc très attendue à quelques jours de la remise d’un premier écrit au premier ministre, le 19 avril.

Tout d’abord, c’est avec sa casquette de préfet que Dominique Sorain faisait un point sur les deux revendications initiales : la sécurité et la lutte contre l’immigration clandestine.

La première va conditionner beaucoup de chose, de l’arrêt du mouvement en cours, à une stabilité qui pourra redorer l’image du territoire, et attirer de nouveau des professionnels compétents. « Les forces de l’ordre libérées du maintien de l’ordre autour des barrages peuvent désormais assurer la sécurité des établissements et des transports scolaire. Ils ne stationnent pas forcément devant les collèges et lycées, mais ils patrouillent ».

Le second point reste suspendu à une décision diplomatique qui tarde à venir, la réunion ce mercredi entre le ministre des Affaires étrangères comorien et le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères français n’ayant pas abouti à une solution, « d’autres rencontres sont à venir, un travail sur le fond est engagé ». Quant aux 92 étrangers en zone d’attente, « ils ont été libérés », 50 restent au CRA. « Nous travaillons malgré tout sur les dispositifs de démantèlement des filières, et la lutte contre l’habitat illégal reprendra le 15 avril. » Date de la fin de la trêve cyclonique.

Qu’elles aient concerné les leaders de la mobilisation, les élus ou le monde économique, les rencontres se sont faites sur le même mode, « nous ne rédigeons pas un catalogue, mais c’est un travail technique et budgétaire ». On ne sait pas encore lesquels, mais certains sujets feront l’objet d’arbitrage.

De la matière grise pour les services de l’Etat

Si rien n’est arrêté, on sent que de grands principes sont dégagés. En matière de Santé tout d’abord, Gregory Emery qui a rencontré pendant 10h l’intersyndicale et le collectif, y voit un secteur « sous-dimensionné », qui doit relever « un défi exceptionnel », et que les barrages n’ont pas arrangé, « car il va falloir gérer des départs et des non-renouvellements de poste ». Quatre axes, sont à dégager, « un renforcement de prise de décision en local avec un projet régional de santé adapté », on ne parle pas d’ARS autonome, « la modernisation de l’offre de soins hospitalière », des « mesures d’attractivités », et « le développement de la protection sociale avec l’adoption de la mutuelle complémentaire CMU-C ».

Nicolas Clouet est multicarte en gérant à la fois les mesures économiques, institutionnelles, et de renforcement des services de l’Etat. Les premières sont à l’étude, une fois l’urgence réglée. L’évolution institutionnelle vise à garantir au département « la plénitude de l’article 73 de la constitution en lui donnant les moyens d’exercer ses compétences de région », et suit une démarche intéressante, qui aurait dû être mise en place dès le début de la décentralisation en 1982 : « Les élus ont demandé un transfert progressif de certaines compétences, les routes, les collèges et les lycées, seulement quand ils en auront la capacité d’ingénierie. »

Et dans ce domaine, charité bien ordonnée commence par soi-même, les services de l’Etat vont se doter d’une plateforme d’ingénierie publique « pour apporter des compétences sur des dossiers complexes ». Cela répond au « mieux d’Etat » voulu par Annick Girardin, notamment dans les services déconcentrés à Mayotte. Leur sous-dimensionnement était pointé du doigt.

Le 19 avec le premier ministre

En matière social, Sylvie Especier veut accélérer la mise en place du Schéma Enfance et Famille, et surtout mettre l’accent sur les formations, « c’est un pari sur l’avenir pour nos jeunes, or, elles sont extrêmement lentes à mettre en place à Mayotte. » Comme son collègue de la santé, elle évoque une accélération de la convergence avec la métropole en matière de prestations sociales.

Sans revenir sur les mesures sécuritaires, Antoine Poussier évoquait l’intensification de la lutte contre les 15 bandes identifiées, « certains des membres sont en prison, d’autres peuvent être pris en charge par la médiation sociale », et rapporte la demande de transparence sur les faits de délinquance demandée par les manifestants.

De l’intervention de Pierre Lussiana sur l’Education, nous retiendrons surtout « un sous dimensionnement du nombre d’établissements », et une réflexion sur un rectorat de plein exercice.

Enfin, Philippe Schmit a la lourde charge de cibler les infrastructures qui font tant défaut à l’île, « il faut regarder la pertinence de chacun, la piste longue, le contournement de Mamoudzou, qui sera réalisé dans ‘x’ années, le transport en commun », il a même mis son nez au port de Longoni, en y appelant de ses vœux ce qui est impossible en l’état, « une gestion apaisée ».

Comme de bons soldats, ils font leur rapport tous les soirs à Paris… Avec quels échos ? « Notre présence est la preuve d’une écoute, mais je peux vous dire qu’il y a une très forte mobilisation. Nous pourrions avoir certains arbitrages dès la semaine prochaine. »

Et au rapport le 19 avril face au premier ministre, accompagnés d’une délégation d’élus nationaux, départementaux et communaux, « ce sont les représentants du département. « Nous allons voir comment organiser un temps d’échange avec les leaders de la mobilisation », concluait Dominique Sorain.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

mots clés de l'article : Economie , société , SANTE , orange , Une , Sylvie Especier , Annick Girardin , CMU-C , Gregory Emery , Nicolas Clouet , Philippe Schmit , Pierre Lussiana

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