Mayotte mardi 3 mars 2020

Volcan, islam, pression migratoire à Mayotte : un rapport de l’Ifri analyse la situation et pointe le manque de moyens de l’armée

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Pas de quoi être rassuré par la lecture de « Confettis d’empire ou points d’appui : L’avenir de la stratégie française de présence et de souveraineté » d’Elie Tenenbaum, Chercheur au centre des Etudes de sécurité à l’Ifri, avec Morgan Paglia et Nathalie Ruffié. Organisme indépendant de recherche et de débat sur les grandes questions internationales, l’Ifri qualifie la présence militaire, notamment dans les Outre-mer, de système « taillé au plus juste », en raison d’une « déflation d’effectifs ».

On apprend que la France est une des rares puissances au monde à disposer d’une présence militaire globale permanente. Ce sont plus de 10.000 militaires qui sont déployés autour cinq points, Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon, Djibouti et Emirats Arabes Unis, ainsi que dans les territoires d’outre-mer Antilles, Guyane, Mayotte et La Réunion, Nouvelle Calédonie et Polynésie française. Les défis auxquels seront confrontées les forces armées dans ces territoires sont d’ordre, démographique, climatique, économique, géopolitique, et militaires. Et Mayotte les cumule tous !

Les Fazsoi mobilisées : 45 tonnes de matériel sont embarqués sur le patrouilleur “Le Malin” pour venir en aide à la population malgache en 2017

Le document détaille la logique post-colonisation qui implante dans les années 70 l’armée dans l’océan Indien à Mayotte et à La Réunion, au titre des Forces Armées de la Zone Sud de l’Océan Indien (FAZSOI). Fixant à Mayotte le Détachement de la Légion étrangère (DLEM), et ce qui était encore l’Elément de base navale lors de la sortie du rapport, devenu depuis une Base à part entière à Dzaoudzi. Le SMA s’implante en 1988.

Après avoir perdu un quart de leur effectif en dix ans, les forces de présence et de souveraineté ont dû réorganiser leur fonctionnement. Le recours aux Missions de courte durée, 4 mois, en lieu et place des longues durées, permet d’envoyer des hommes sans leur famille, peu sont candidats, et cela reste compliqué sur les territoires en manque d’attractivité « comme la Guyane ou Mayotte ».

30.000 arrivées annuelles par kwassa

Un A400M s’était posé à Mayotte en 2014

Sur le plan du matériel, les vieux Transall ont été remplacés par des CASA-CN235, de plus faible capacité, 45 passagers soit « une section d’infanterie avec son petit matériel », ce qui pèse sur les délais d’engagement en urgence, « il faudrait 36 heures pour projeter en plusieurs rotations 150 militaires à Mayotte et 114h au Mozambique alors même que le contrat opérationnel le prévoit en 24h ». Le recours au Groupe de liaisons aériennes ministérielles (GLAM) n’est pas mentionné, mais reste possible. Et n’oublions pas qu’un Airbus 400M Atlas, d’une capacité de 4 Transall, s’était posé avec succès à Mayotte en 2014.

La contribution à la lutte contre l’immigration clandestine (LIC) à Mayotte est une des actions majeures des FAZSOI, reprend le rapport, qui note que « le sujet a pris des proportions dramatiques (…) pour atteindre le chiffre inédit de plus de 50% d’étrangers sur le territoire », et évalue à prés de 30.000 le nombre d’arrivées annuelles par kwassa. La Marine nationale appuie donc les moyens nautiques de la gendarmerie et de la PAF, mais son patrouilleur le Malin et le bâtiment de soutien Champlain ne peuvent intervenir « qu’au titre de secours à la personne », par exemple de danger encouru pour les passagers des kwassas. Donc pas au titre de la LIC. Le DLEM intervient aussi sur des opérations sur l’îlot Mtsamboro. Pour rappel, dans le cadre de l’opération civilo-militaire Shikandra, le nombre d’intercepteurs de la PAF et de la gendarmerie maritime doit passer de 5 à 8 à l’été 2020.

Autre mission des FAZSOI, la protection de la souveraineté territoriale et économique française de la zone, notamment sur les Glorieuses, revendiquées par Madagascar, et pour laquelle le président Macron vient d’annoncer l’implantation d’une réserve naturelle.

Les « fantasmes » sur les musulmans de l’océan Indien

Défilé des légionnaires du DLEM lors du 14 juillet

La démograhie est un autre défi, « les départements et territoires d’outre-mer proches des pôles de croissance démographique comme Mayotte ou la Guyane, continueront de subir une pression migratoire bien supérieure à celle de la métropole », et c’est « précisément là où se trouvent les forces prépositionnées. »

Le réchauffement général d’1 à 2°C d’ici 2025 devraient accroitre les aléas climatiques sécheresse, inondations, etc., et accentuer les demandes de mission de secours aux populations civiles.

En matière de stratégie de sécurité et de défense, 5 défis « de taille » se profilent dans notre région, dont plusieurs concernent Mayotte.

La menace djihadiste et la radicalisation trouve sa naissance dans les premiers attentats d’Al-Qaïda en Afrique de l’Est, contre les ambassades américaines Tanzanie et Kenya, ciblés contre un pays donc. Mais le rapport cite aussi des « prêches radicaux dans certaines mosquées comme à Sada », dixit un ancien commandant du DLEM. Evitant de tomber dans une paranoïa dont, glissons-le, sont parfois friands certains agents de renseignements qui en font leur fonds de commerce, le rapport note que la « stigmatisation des musulmans de l’océan Indien et les fantasmes alimentés à leur égard se révèlent aussi bien parfois contre-productifs, lorsqu’ils ne conduisent pas à des prophéties auto-réalisatrices. » Des précisions auraient été intéressantes…

« Nombre relativement réduit de policiers et gendarmes » à Mayotte

Le général Lizurey lors d’une rencontre avec le sénateur Thani Mohamed Soilihi (Image d’archives)

Chapitre abordé en fin de rapport, les risques naturels et sociaux portant sur Mayotte incitent l’Ifri à qualifier la situation d’« explosive ». Et non, il ne se rapporte pas au phénomène volcanique qui engendre forcément des « scénarios catastrophes », au cas ou l’armée serait sollicitée, notamment celui d’un éventuel « raz-de-marée provoqué par une éruption sous-marine massive ». Mais il parle bien des risques sociaux à Mayotte. Fécondité, pauvreté, chômage, illettrisme, immigration massive, sont égrenés tout comme la délinquance, « les infractions violentes y étant plus fréquentes que dans n’importe quel autre département ».

Fait rare dans un document public, le rapport évoque la pression migratoire comme une « reconquête par le bas » dont Mayotte fait l’objet, « tolérée à défaut d’être orchestrée par Moroni », capitale de la Grande Comore.

Au regard de ces éléments qui justifient qu’on ne puisse comparer Mayotte à aucun autre département français en terme d’implication des forces en présence, le rapport souligne que le « nombre relativement réduit des forces de sécurité intérieure, environ 400 gendarmes et 400 policiers, engendre une grande tension sur les effectifs », de l’armée. Ces derniers pouvant se trouver en appui sur ces missions.

Et de citer le général Lizurey, Directeur général de la gendarmerie nationale en 2017, « un jour ou l’autre, nous serons confrontés à des difficultés (…) c’est le territoire (d’outre-mer) le plus préoccupant ».

C’est la vision du territoire sous le prisme de l’armée, et beaucoup a été entrepris depuis le mouvement social de 2018, mais on est loin du compte, l’actualité se charge de nous le rappeler.

Lire Ifri rapport avenir strategie-2020

Anne Perzo-Lafond

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