Métropole par Rodez (France) (AFP) , mercredi 13 janvier 2021 à 22:20

Assises : des menaces au passage à l’acte d’un marginal privé de son chien

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Alexandre Dainotti, un marginal de 41 ans, assume avoir mortellement poignardé le responsable de la police municipale de Rodez, par vengeance après la saisie de son chien, se montrant devant la cour d’assises arrogant, froid et imperturbable face aux pleurs de ceux qui ont vu leur patron mourir devant leurs yeux.

-"Vous mentez M. Le président"-

Mercredi, après deux journées d'audiences consacrées à l'audition des témoins, l'accusé est sorti de ses gonds: "Beaucoup de gens mentent, c'est flagrant. C'est un truc de fou. Peut-être vous avez choisi votre camp", a tonné l'accusé s'adressant au président qui venait en fin d'après-midi de lui donner la parole.

Puis disant qu'il pétait "les plombs", il s'est énervé: "Vous mentez M. le Président".

Lundi au premier jour de l'audience, les experts psychiatres qui ont pointé dans leur rapport la paranoïa de l'accusé, ont relevé qu'il ne supportait "ni la frustration, ni la contrainte".

"Je sais ça peut choquer mais je ne regrette rien", avait alors lancé en début d'audience le marginal.

Policiers municipaux, secrétaires et fonctionnaires de la mairie de Rodez se sont succédé à la barre pour témoigner de la mort de leur collègue Pascal Filoé, le directeur général adjoint des services de la ville.

Le 27 septembre 2018 en fin de matinée, Alexandre Dainotti avait poignardé d'une dizaine de coups cet homme de 45 ans, marié et père de trois enfants, lui-même ancien policier de terrain qui avait gravi les échelons pour devenir responsable de la sécurité.

L'accusé le tenait pour responsable de la saisie de son chien, un american staffordshire dénommé Poutine, un molosse classé chien dangereux dont la détention est soumise à une autorisation, qu'il n'avait pas.

Un drame s'est noué au fil des mois entre 2017 et 2018, sous les yeux des fonctionnaires qui ont tous essayé de mettre en garde Pascal Filoé devant la froide détermination de l'accusé.

L'homme n'avait de cesse de réitérer des menaces de mort alors que la municipalité tentait de mettre en place avec lui une solution pour la garde du molosse.

-"Je l'attendrai et j'irai en prison"-

"Il m'a dit je l'attendrai devant la mairie et j'irai en prison", a notamment témoigné, Roselyne Bousquet la responsable du secrétariat général de la mairie qui travaillait auprès de la victime, avant d'éclater en sanglots.

Cette fonctionnaire de 45 ans a évoqué devant les jurés les mois de discussion avec Alexandre Dainotti pour trouver une issue.

Elle relate, les courriers envoyés que l'accusé "n'allait pas chercher", ses visites intempestives en mairie, ses colères, comme début 2018 lorsqu'il avait brisé la porte en verre de l'hôtel de ville.

"J'avais croisé un midi M. Dainotti à la terrasse d'un café, je lui ai dit votre chien va bien", a encore indiqué la fonctionnaire qui tentait de rassurer l'homme après que la police nationale eut saisi le chien, le 18 septembre 2019, alors qu'il le promenait une nouvelle fois sans laisse.

Elle avait aussi insisté pour qu'il finalise le dossier d'adoption de l'animal par une personne satisfaisant les conditions de détention, ce qui lui aurait permis de le sortir du refuge.

Roselyne Bousquet a également détaillé avec émotions les derniers moments de son chef à qui elle a prodiguait les premiers soins.

"Il m'a dit j'ai mal, je lui ai dit ça va aller, on va te soigner". Transféré à l'hôpital, le quadragénaire n'a pu être ranimé.

Plusieurs témoins ont exprimé la peur que leur inspirait le marginal. "J'étais à l'époque agent de voie publique et je savais qu'on allait se recroiser", rapporte une policière municipale en pleur qui l'avait contrôlé à deux reprises et avait été menacée d'étranglement.

La présidente d'une association de défense des animaux avec qui il était entré en contact téléphonique, a aussi confessé avoir eu peur: "Il avait une détermination assez ferme dans l'optique de tuer Pascal Filoé. en Juin, j'ai senti qu'il allait basculer".

Le verdict doit être rendu vendredi en fin de journée. Jugé pour assassinat, Alexandre Dainotti encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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