Liaisons maritimes Corse-Continent : la Méridionale, en grève, attaque sur le front judiciaire

© afp.com - PASCAL POCHARD-CASABIANCA

La compagnie La Méridionale, qui craint d’être évincée de la délégation de service public (DSP) pour les liaisons Corse-continent, a annoncé dimanche saisir la justice administrative, au troisième jour d’une grève de ses marins à ce sujet.

En plein lancement de la saison estivale, le mouvement paralyse le trafic entre Marseille et la Corse, et devrait se poursuivre lundi : La Méridionale comme son concurrent Corsica Linea, dont tous les bateaux sont bloqués à Bastia ou dans la cité phocéenne, ont annulé leurs liaisons dimanche et lundi.

Deux navires d'une autre compagnie, Moby Lines, sont également bloqués, et une quatrième compagnie, Corsica Ferries, a vu deux bateaux déroutés sur l'Île-Rousse au lieu de Bastia dimanche.

Dans un communiqué, La Méridionale, filiale du groupe logistique Stef, annonce engager une "procédure de référé auprès du tribunal administratif de Bastia pour contester les conditions de l’appel d’offres notamment sur le manque de mise en concurrence et la violation du principe de confidentialité de la procédure".

Elle vise notamment la collectivité territoriale de Corse, dirigée par les nationalistes, soulignant qu'en tant qu'"autorité concédante" de cette DSP de continuité territoriale, elle doit être garante de ces principes.

- "Main tendue" -

La compagnie annonce également avoir "alerté la Commission européenne de la violation manifeste des principes les plus élémentaires du droit des concessions publiques".

La Méridionale a en effet appris dans un rapport de cette collectivité qu'elle allait être écartée de "trois lots" desservant Ajaccio, l'Ile-Rousse et Bastia, au profit de Corsica Linea (ex-SNCM), détenu par un groupement d'entrepreneurs corses. La Méridionale, avec ses trois navires mixtes, partageait jusqu'à présent avec elle la desserte de la Corse depuis Marseille.

La Méridionale, qui opère sur le DSP depuis quatre décennies, estime que la procédure d'attribution de la prochaine délégation fait l'objet "de nombreuses et graves irrégularités", et dénonce "des manœuvres déployées pour (la) fragiliser et (l')exclure par tous les moyens sur les ports principaux de la desserte de la Corse".

La direction promet qu'elle "utilisera tous les moyens à sa disposition pour préserver son avenir et celui de ses salariés".

Les grévistes, eux, demandent "l'arrêt de la procédure d'appel d'offres" pour la DSP et ont annoncé la poursuite de leur mouvement lundi. Dimanche, ils ont perturbé le débarquement des navires qui ont accosté au port de Bastia, après avoir bloqué le port d'Ajaccio la veille.

De son côté, le PDG de Corsica Linea Pascal Trojani, s’est dit dimanche ouvert à la discussion avec les dirigeants du groupe Stef, qu'il invite à venir le rencontrer à Bastia pour tenter de trouver "une solution qui permettrait de sortir de ce conflit par le haut". Le STC a appelé les propriétaires de La Méridionale à répondre à cette "main tendue".

Dimanche soir, deux députés nationalistes corses ont apporté leur soutien aux grévistes. "La responsabilité de la situation incombe exclusivement à la direction de @lameridionale", a écrit sur Twitter l'un d'eux, Jean-Félix Acquaviva, disant également son "soutien total" à l'exécutif au pouvoir sur l'île.