Marseille : "double peine" pour des propriétaires évacués de leur logement

© AFP - GERARD JULIEN

Plus de toit, un crédit qui les étrangle et des années de travaux en perspective : évacués d’urgence de leur appartement, comme plus de 2.000 Marseillais ces trois derniers mois, des dizaines de petits propriétaires se sentent laissés pour compte.

Après une interminable réunion avec des experts en bâtiment, Anaïs Bérrubé fulmine. "Et dire qu'on n'entend parler que des propriétaires véreux!", s'indigne cette Marseillaise qui a dû évacuer en catastrophe son appartement du quartier historique du Panier, il y a trois mois.

Un bâtiment parmi les 248 considérés comme menaçants ou insalubres, évacués après l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne, le 5 novembre 2018. La catastrophe a fait huit morts, et plongé Marseille dans une crise sans précédent.

A 41 ans, avec deux enfants, Mme Bérrubé a l'impression de repartir de zéro. Elle ne sait pas si elle retrouvera un jour son logement, un "coup de coeur" avec vue sur mer acheté 225.000 euros il y a 18 mois. Toute la succession de son père y est passée.

Directrice administrative et financière d'une toute petite entreprise, en télétravail, elle a aussi perdu son emploi. Son patron n'a pas pu attendre qu'elle retrouve ses dossiers, dans son appartement sous scellés.

Son immeuble a été évacué après l'incendie d'un bâtiment voisin, et depuis, les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Fissures, poutres fragilisées, les experts se donnent quatre mois pour trancher et d'ici là, il faut payer: pour se loger, faire venir un bureau d'études, un expert avec son drone...

En attendant, elle consacre du temps au collectif Marseille en Colère, qui aide les quelque 2.000 Marseillais désormais sans domicile fixe. La plupart étaient locataires et sont relogés par la mairie ou leur propriétaire, le plus souvent à l'hôtel.

Mais parmi eux se trouvent également des propriétaires occupants. Propriétaires modestes dans ces quartiers populaires du centre de la cité phocéenne, ils ne connaissaient pas les risques ou n'ont pu assumer l'entretien de leurs immeubles, relève l'avocat Aurélien Leroux, qui défend plusieurs dizaines de sinistrés.

- "Pas de droit au retour" -

"Ils sont lâchés par leurs assurances, et ont souvent un crédit sur le dos qu'ils ne peuvent pas arrêter", ajoute-t-il: "Ils doivent en plus sortir un loyer pour se reloger et participer aux travaux".

Généralement, "quand on est propriétaire, le relogement est à notre charge", confirme Virginie Grunchec, évacuée depuis le 19 novembre. Son immeuble, en mauvais état, est fermé par une lourde chaîne et un cadenas. "Je n'ai jamais reçu aucun mail ni aucun coup de fil de la mairie", déplore cette propriétaire. Elle a par contre eu la surprise de recevoir une lettre d'un marchand de biens, qui se propose de racheter son appartement.

Mi-février, la mairie a rappelé que syndics et propriétaires avaient "l’obligation de maintenir leurs immeubles en bon état", mais a ouvert la possibilité de prêts à taux réduits pour les travaux urgents.

"Si l'on découvre que le problème est lié aux fondations ou à la solidité de l'immeuble, ça peut être irrémédiable", analyse Me Leroux, qui n'exclut pas que certains finissent par être expropriés.

Pour les petits propriétaires qui ne pourront assumer les travaux, ou ceux qui seront expropriés, comme pour les locataires, "il n'existe pas de droit au retour", regrette Maël Camberlain, qui en sait quelque chose: son immeuble, rue d'Aubagne, a été détruit dans la foulée des effondrements.

D'autres devraient suivre: les engins de chantier ont commencé lundi à faire tomber deux immeubles menaçant ruine, dans une autre rue du centre-ville. Dans le bâtiment mitoyen, un jeune propriétaire, évacué mi-janvier, ignore ce qu'il adviendra de son appartement de 70 m2, acheté moins de 100.000 euros.

"On a mis toutes nos vies là-dedans", explique le jeune homme, qui tait son nom dans l'attente des procédures judiciaires qui vont s'ouvrir. "C'était un immeuble cosmopolite, à l'image du centre-ville de Marseille", témoigne-t-il. "Des classes moyennes, un commerçant, des mères élevant seules leurs enfants... Ce serait dommage que tout ça disparaisse".

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