Monde par Washington (AFP) , jeudi 14 janvier 2021 à 03:13

Solennité et tensions au Capitole pour l’"impeachment" historique de Trump

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Dans un profond silence, le maillet est tombé mercredi au Congrès.

Les mains serrées l'une contre l'autre sur la feuille donnant le résultat du vote historique, la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi venait d'annoncer la mise en accusation de Donald Trump pour avoir "incité à l'insurrection" contre le Capitole.

Elle fait de lui le premier président américain à subir l'infamie d'un deuxième "impeachment". Et qui rassemblera à jamais ces deux grands ennemis politiques dans les livres d'histoire.

Comme pour mieux souligner la répétition historique, celle qui arbore d'ordinaire des ensembles aux couleurs vives avait opté pour la même tenue sombre, comme endeuillée, qu'au jour du premier "impeachment" de Donald Trump, le 18 décembre 2019.

Un silence recueilli régnait aussi lorsque la "Speaker" a signé plus tard l'acte d'accusation. Une sobre et brève cérémonie bien loin de celle qui l'avait vue parapher les premiers chefs d'accusation pour les envoyer au Sénat, en janvier 2020, à l'aide de plusieurs stylos qu'elle avait ensuite distribués, dans les sourires, aux élus démocrates.

La donne a changé.

Le 45e président des Etats-Unis a "incité à cette insurrection, cette rébellion armée" le 6 janvier, accuse Nancy Pelosi. Les violences au Capitole ont fait cinq morts et bouleversé les fondements démocratiques de l'Amérique.

C'est dans ce même hémicycle que les élus avaient dû se jeter à terre il y a exactement une semaine, lorsque des manifestants pro-Trump tentaient de forcer la porte de la Chambre.

Sept jours plus tard, un certain calme feutré était revenu dans ses couloirs marbrés, ornés de sculptures et de tableaux. Mais pas la normalité, dans un Washington en état de siège.

Des militaires armés avaient passé la nuit à même le sol dans la vénérable rotonde du Capitole. Ils patrouillaient dans ses couloirs pendant qu'à l'extérieur, véhicules blindés et blocs en béton encadraient la vaste place qui s'étale aux pieds de cette "maison du peuple".

La pandémie ajoutait à l'impression d'un poids particulier pesant sur cette journée, clairsemant les rangs des élus dans la Chambre et étouffant l'activité qui bruisse d'ordinaire dans ses couloirs.

Au premier rang pendant l'annonce du vote, une élue démocrate, Lisa Blunt Rochester, s'est tenue droite, debout, solennelle aux côtés d'autres élus. Le 6 janvier, on l'avait vue prier à haute voix, réfugiée dans la galerie surplombant l’hémicycle pendant que des gardes armés tentaient d'empêcher les partisans de Donald Trump d'entrer.

Le souvenir terrifiant de la journée a hanté les débats des parlementaires. Mais n'a pas suffi à rassembler démocrates et les nombreux élus encore très loyaux au président sortant parmi les républicains. Vifs échanges et huées ont ponctué les discours autrement émus.

- "Tournant décisif" -

"La gauche en Amérique a incité bien plus de violence politique que la droite", a crié le républicain Matt Gaetz, grand allié de Donald Trump, sous les protestations de ses opposants. Une agitation rare dans cette enceinte.

Une élue démocrate afro-américaine, Cori Bush, a elle provoqué les huées des républicains en appelant à démettre "un président suprémaciste blanc, qui a incité une insurrection de suprémacistes blancs".

Dans les couloirs, assistants parlementaires, policiers, employés des cafeterias et journalistes échangeaient des regards entendus, des souvenirs parfois émus.

"Nous vivons encore les conséquences d'une insurrection contre nos autorités et ce Capitole", a confié à l'AFP le démocrate Adam Schiff, qui avait porté le dossier du premier "impeachment" contre Donald Trump.

"Mais j'ai la conviction solide que (...) nous sommes à un tournant décisif et que nous pouvons ramener le pays sur le droit chemin" pour "restaurer notre démocratie".

mots clés de l'article : USA , politique , congrès , destitution

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