Océan Indien par Imaz Press, lundi 27 novembre 2023 à 06:50

Coupe de France à La Chaloupe : Oriane Bertone, la nouvelle héroïne de l’escalade réunionnaise

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Vainqueur de la coupe de France, organisée ce week-end à La Chaloupe Saint-Leu, Oriane Bertone s’est replongée l’espace d’un week-end dans l’atmosphère de son enfance. Désormais installée à Paris, la vice-championne du monde de bloc a profité de ses amis, de sa famille, dans les Hauts de Saint-Leu, tout en se projetant déjà vers les Jeux Olympiques de Paris 2024 pour lesquels elle s’est qualifiée en octobre dernier à Laval. (Photo photo RB/www.imazpress.com)

Il faut voir les yeux d’Elise, rivés sur Oriane, au gymnase de Noël Phalaris. Elle la dévore du regard. A onze ans, elle aussi grimpe. Comme la vice-championne du monde de bloc 2023. Son modèle. "Elle m’émerveille, confie la grimpeuse en herbe. Elle est trop forte. On voit des filles qui galèrent sur des blocs et Oriane, on a toujours l’impression que pour elle, c’est une promenade de santé !"

Le talent, sûrement. Inné, précoce également. A quatorze ans, Oriane Bertone était déjà double championne du monde de difficulté et de bloc chez les jeunes. En avance sur tout le monde. Nantie de compétences exceptionnelles.

Une souplesse féline, une fluidité dans les enchaînements hors normes, une gestuelle parfaite : l’Avironnaise avait tout. Ce que Philippe Gaboriaud, le responsable du pôle espoirs à la Réunion, résume en "une intelligence motrice supérieure". "Ses qualités ?", soupèse le même. "Elle sait très vite mettre en place les adaptations techniques qu’il faut réaliser pour réussir. La façon dont elle utilise son corps pour résoudre les problèmes est particulièrement impressionnante. Elle est talentueuse. Mais souvent les gens talentueux sont rarement des travailleurs. Or, Oriane est devenue une travailleuse."

Tous évoquent dans son ascension le don bien sûr, mais aussi le dur labeur qu’elle s’est imposée. N’est-ce pas Juliette Payet ? "Elle possède des qualités intrinsèques innées, acquiesce la présidente de la Ligue. Si vous y ajoutez l’acharnement au travail, vous avez une championne, un véritable avion de chasse!". Nicolas, croisé devant le site de la Chaloupe, souligne quant à lui le charme de la demoiselle. "C’est la nouvelle héroïne de l’escalade, lâche cet aficionado patenté. Elle a une chouette énergie communicative."

- "De l’amusement pur" -

Et ça se voit sur le plateau. Où Oriane balade son sourire mutin. Mais aussi en dehors. Dès que la compétition s’arrête. Sa disponibilité auprès des petits chasseurs d’autographes des hauts de Saint-Leu est alors plaisante à voir. Sa fraîcheur d’esprit, contagieuse. "Ici, c’est purement de l’amusement", confie notre championne de dix-huit ans.

"Je suis en vacances depuis presque trois semaines. J’ai fait très peu de séances. Je suis là pour me faire plaisir. Et ça me fait plaisir en retour d’aider Juliette (Payet), Gabo (Philippe Gaboriaud) qui m’ont soutenue quand j’étais plus jeune. Je suis contente de répondre présente pour ma Ligue de coeur. Je suis toujours licenciée à Sept à l’Ouest à Saint-Leu et je veux rendre la pareille à tous ceux qui ont contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui."

Une star, lui dit-on en rapportant les propres mots de Juliette Payet, qualifiée pour le combiné (difficulté et bloc réunis) des JO de Paris de l’an prochain, après une exécution parfaite à Laval, lors de la qualification olympique d’octobre dernier. "Je ne me considère pas comme une star dans le sens où je fais certes partie des meilleures de mon sport, mais que je ne me sens pas différente des autres", corrige-t-elle.

"J’ai juste peut-être une force d’esprit que j’ai entretenue et développée. Elle est basée sur la hargne et l’envie d’y arriver, de faire partie des meilleures. C’est de la volonté pure. Mais encore une fois, je ne me sens pas différente. J’ai une vie normale. Et j’y tiens !"

Son père, aussi. Qui la couve depuis toute petite. Quand il a vu poindre, très tôt, les qualités de la jumelle de Margot, sur les sites de Ravine du Trou ou Ravine des Avirons, il a avisé forcément. On ne regarde pas impunément en effet sa fille avaler un bloc 7B en site naturel, à 8 ans, et un autre répertorié 8A à 9 ans, sur les falaises de Rocklands en Afrique du Sud, sans se dire que l’on a une pépite d’or dans la main.

"On a construit le projet assez tôt", raconte le papa, ancien judoka. "Quand elle a manifesté l’envie d’être forte, je l’ai accompagnée dans un projet éducatif afin de l’amener au plus haut niveau possible. Mais je lui ai fait comprendre qu’un projet de cette envergure, ce n’était pas juste un rêve. Qu’il y allait avoir pas mal de souffrance, de frustration, de travail, pour aboutir aux objectifs que l’on s’était fixés. Je voulais qu’elle comprenne que le travail paye. Et je pense qu’elle l’a compris."

- "Une grande fierté" -

"Depuis son plus jeune âge, elle fait preuve d’une abnégation à toute épreuve", corrobore Philippe Gaboriaud. "Déjà toute petite, elle retournait dix fois, cent fois sur le mur, jusqu’à ce qu’elle y arrive. Elle se confrontait en permanence à ses limites. C’est comme ça que l’on progresse. Elle a su allier des capacités hors normes avec une force de travail peu commune. Ce qui fait qu’elle a émergé très tôt au plus haut niveau mondial."

Gagnant par exemple cette année sa première étape de coupe du monde de bloc à Prague en juin dernier devant la mutante slovène Janja Garnbret, championne olympique et épouvantail de la discipline.

Une adversaire qu’elle retrouvera à Paris. Dans une empoignade qui promet, et où elle devra se hisser "au niveau des meilleurs en difficulté", dixit Philippe Gaboriaud, pour prétendre au podium. "La difficulté était plutôt un point faible en début d’année", confie lucide la Parisienne d’adoption, entraînée en métropole par Nicolas Januel. "Mais j’ai beaucoup travaillé dans cette discipline. Et ça devient de plus en plus un point fort. Mon objectif est donc d’arriver avec un niveau égal en difficulté et en bloc à Paris 2024 pour être compétitive."

Des Jeux qui la portent irrésistiblement déjà. "C’est une chance incroyable d’y participer, parce qu’on n’est pas beaucoup à pouvoir se dire que dans notre vie, on a fait les Jeux Olympiques", fait remarquer Oriane. "Donc, c’est un honneur pour moi d’avoir été sélectionnée pour ces JO, aussi tôt en plus dans la saison. C’est aussi une grande fierté de pouvoir représenter La Réunion et la France en France l’été prochain."

Un été indien, on l’espère.

fp/www.imazpress.com / redac@ipreunion.com

mots clés de l'article : sports , Actus réunion

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