Des marins malgaches accusent un employeur réunionnais

photo d’illustration imaz press reunion

Ce vendredi 7 juin, le magazine L’Express a publié un article qui commence à faire polémique sur le territoire réunionnais. En effet, nos confrères évoquent une plainte déposée par trois marins malgaches contre leur employeur, la société Enez basée à La Réunion ainsi que contre l’entreprise Extramar qui les a recruté. Défendus par un avocat parisien, et soutenus par le syndicat CFDT et le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM), ces professionnels venus tout droit de Madagascar évoquent des conditions de travail inadmissibles et une rémunération insuffisante. Ils auraient même confié à leurs défenseurs être victimes d’esclavage moderne. (Photo d’illustration)

Selon L’Express, ces trois Malgaches ont porté des accusations graves et auraient déposé plainte auprès du procureur de la République de La Réunion. Une information que le parquet n’a pas pu confirmer ce jour. Néanmoins, l’avocat des pêcheurs, Me Joseph Breham l’affirme : "la plainte est partie le 8 ou le 11 mai. On a reçu l’accusé de réception trois jours après". 

Conditions d’hébergement indignes

Afin d’étoffer leur plainte déposée pour "conditions d’hébergement indignes, mise en danger de la vie d’autrui et conditions de travail n’assurant pas la sécurité", les marins malgaches n’ont pas hésité à joindre une vidéo à leur dossier. La voici : 



 

"C’est une manipulation !"

"Ce bateau hôtel c’est une honte réagit l’avocat. Ce n’est pas la France qu’on veut ! Et les marins étrangers ne peuvent pas dormir ailleurs que dans ces bateaux hôtels mis à disposition par l’entreprise car ils n’ont pas de visa." A l’inverse, Sébastien Camus, président du groupe Réunimer à qui appartient la société Enez, conteste : "C’est une manipulation ! Ce bateau ne nous appartient pas. Le propriétaire le met à disposition des marins en guise de buanderie, pour qu’ils puissent laver et étendre leur linge. En aucun cas, il ne constitue un lieu de vie". Sébastien Camus continue : "les marins dorment dans les bateaux qui partent en mer et qui sont contrôlés chaque année et de façon aléatoire par les autorités. Ces bateaux, ce sont leur lieu de travail mais aussi leur lieu de vie". 

Aussi, dès ce vendredi 8 juin, le chef d’entreprise a rédigé une note de service "pour interdire l’accès à ce bateau définitivement". "On installera une machine à laver ailleurs et on va déposer une plainte pour dénonciation calmonieuse affirme-t-il. C’est une certitude." 

"Obligés de se laver avec des seaux"

"Ces marins sont obligés de se laver avec des seaux dans une fausse douche" dénonce Nicolas Hibon, secrétaire régional du CRPMEM qui a rencontré ces professionnels il y a déjà plusieurs mois. Il raconte : "ils se sont rapprochés du comité des pêches pour dénoncer les conditions dans lesquelles ils travaillent depuis des années. Nous les avons assisté car, en tant que chambre consulaire, nous veillons à ce que les pêcheurs travaillent dans de bonnes conditions". 

30 malgaches sur 177 employés à La Réunion

 

L’entreprise Enez, spécialisée dans la pêche, la transformation et la distribution des produits de pêche, détient 13 navires exploités à La Réunion. En moyenne, les marins qu’elle emploie font des séjours en mer (des marées) allant de sept à quinze jours, près de La Réunion, de l’île Maurice et de Madagascar. Sur 177 employés, l’entreprise compte trente malgaches à La Réunion. Avant même que nous le contactions pour obtenir des explications, le patron Sébastien Camus, nous a téléphoné. Il tenait à rétablir la vérité.

 

"Nous avons une licence de pêche signée par l’Union européenne qui nous permet de faire travailler des marins malgaches. Sur les bateaux de 13 mètres, nous avons cinq marins, dont trois Réunionnais et deux Malgaches. Et sur les bâteaux de 16 mètres, nous avons trois marins Réunionnais et trois Malgaches" précise-t-il. 

 

"Le comité des pêches s’acharne"

Ce dernier insiste : "En douze ans, c’est la première fois qu’un marin dépose une plainte pour rémunération insuffisante et conditions de travail et d’hébergement indignes. Je m’interroge, je pense que cette histoire est montée de toute pièce. Le comité des pêches s’acharne". Nicolas Hibon, lui, répond : "je ne vois pas pourquoi on réglerait des comptes avec cette société. Les marins malgaches nous ont dit que cela faisait des années qu’ils travaillaient dans ces conditions inadmissibles". 

7 euros par jour pour manger

En plus de dénoncer leurs conditions d’hebergement et leurs conditions de travail, les pêcheurs étrangers évoquent une rémunération insuffisante. Me Joseph Breham explique : "nous avons vu leurs contrats et leurs fiches de paye. On peut voir que leur salaire fixe mensuel s’élève à 48,50 euros. A cela s’ajoutent des primes dont la prime de panier (comprenant les repas) qui atteint 7 euros par jour". Au total, les marins toucheraient entre 350 et 400 euros par mois, alors que le salaire minimum fixé par l’Organisation internationale du travail (OIT) doit être de 614 dollars, soit entre 520 et 530 euros par mois. 

"Les salaires peuvent atteindre 600, voire 700 euros par mois"

"Les vivres ne sont pas déduits de la rémunération, les transports sont pris en charge, la sécurité sociale aussi affirme Sébastien Camus. Je peux aussi garantir que nos marins sont rémunérés au-dessus de la réglementation fixée par l’OIT. Leurs salaires peuvent même atteindre 600 à 700 euros par mois". Il affirme : "à chaque fin de contrat, tous les six mois, on s’attache à vérifier que la réglementation des salaires est respectée. Si ce n’est pas le cas, on réajuste". Ce que contestent l’avocat et le comité réunionnais : "nous avons demandé aux marins, aucun ne nous a confirmé avoir reçu un quelconque ajustement à la fin d’un contrat". 

"La différence de rémunération entre les marins malgaches et français"

Toutefois, le président confirme : "la différence de rémunération entre les marins malgaches et française existe, elle est même importante mais elle est décidée dans le respect du droit et elle n’est pas spécifique aux navires réunionnais. Le salaire d’un matelot français peut, lui, atteindre les 2000 euros, voire les 5000 euros par mois s’il est capitaine. Je ne trouve pas ça juste mais je travaille dans ce qu’on appelle le monde et mes concurrents sont sri-lankais, taïwanais ou encore maldiviens. A mon sens, les marins malgaches sont heureux de venir travailler ici". 

A la suite du dépôt de plainte des marins malgaches, une enquête préliminaire devrait etre ouverte. Dès réception, le parquet a trois mois pour décider d’ouvrir une instruction. "Si le parquet ne veut pas enquêter, nous nous constituerons parte civile pour qu’un juge d’instruction soit nommé" prévient l’avocat. 

sw/www.ipreunion.com

Mise en ligne le 08/06/18 à 17h17. Actualisé à 18h45

mots clés de l'article : justice , travail , Madagascar , La Réunion , pêcheurs , marins , conditions de travail , Malgache , actus reunion , Actus réunion , Comité de pêche

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