L’INSEE dessine le visage de Mayotte, « riche parmi les pauvres et pauvre parmi les riches »

Chacun des thèmes traités ont fait l’objet de publications passées. Nous nous attarderons donc sur l’interprétation des données qui ont pour objectif, rappelle Jamel Mekkaoui, le directeur de l’INSEE Mayotte, « de guider l’action publique ». L’INSEE produit des chiffres, les analyse, mais ne prend pas part au débat public qui en découle, ce n’est pas son rôle.

Au café à Mayotte, on ne parle pas de la pluie et du beau temps, mais du chiffrage de la population, les 256.518 habitants du recensement INSEE 2017, étant toujours sujet à polémique. Pas étonnant que Jamel Mekkaoui attaque bille en tête sur ce chapitre : « Plusieurs éléments techniques corroborent ce chiffre. En comparant avec la consommation de riz sur le territoire, on arrive à  80kg par personne et par an, identique à celle des Comores, et bien moindre que Madagascar, avec 111kg par habitant ».

La croissance de la population de ce département le plus dense de France après l’Ile-de-France, « avec 690 habitants au km? », est liée à la natalité avec 9.800 naissances en 2017, « nous sommes néanmoins passés de 7-8 enfants par femme, à 4-5 enfants ». Une croissance amortie par un flux migratoire qui était négatif, « les natifs de Mayotte quittant massivement le territoire ».

La statistique déverrouille les tabous

Il ne l’est plus, « c’est le petit scoop de cette publication », puisque sur la dernière période 2012-2017, le solde migratoire est de +1.000 personnes, « il y a plus d’entrées que de départs. » Un quart des adultes nés à Mayotte réside dans un autre département français, plus prononcé chez les 18-24 ans, la moitié d’entre eux vivent ailleurs. La présence d’une université structurée pourrait permettre de fidéliser sur place, « c’est le cas à La Réunion ».

La forte croissance de la population se concentrait hors le Grand Mamoudzou jusqu’en 2012, puis ce fut l’inverse ensuite, « ce qui complique les prospectives d’aménagement du territoire ».

Difficile de pratiquer les mêmes politiques sur l’ensemble des DOM qui concentre notre département, « le plus jeune de France où la moitié de la population a 17,5 ans », et bientôt le plus vieux, « la Martinique en 2030, confrontée au vieillissement de sa population ».

Mayotte est principalement peuplée d’étrangers, « la moitié de la population n’est pas née à Mayotte, et la moitié des 4 adultes étrangers sur 10, sont en situation irrégulière. Ils ont concentrés leur habitat à Mamoudzou et Koungou. » Les natifs d’Anjouan forment 30% de notre population, et ceux de Grande Comores et de Mohéli, 12%.

Les migrations pour accoucher à Mayotte ne seraient pas reliées à la gratuité des soins au CHM, « elle date de novembre 2015, le mouvement s’était initié avant », mais sans doute à une « dégradation des conditions de vie de l’autre côté du bras de mer. » Pour Abdou Dahalani, président du CESEM, ces statistiques de l’INSEE ont fait évoluer les politiques publiques, « auparavant, parler d’étrangers, c’était un sujet tabou ».

Des secteurs encore inexploités

Un PIB dont la croissance ne profite qu’à une minorité

L’autre grand volet du panorama porte sur l’Economie, « sujet moins polémique ». « Mayotte est riche parmi les pauvres et pauvre parmi les riches », Jamel Mekkaoui résume en une phrase un PIB par habitant 3,6 fois plus faible que celui de la France, et de 2,5 que celui des DOM, mais 13 fois plus riche que les Comores, et 25 fois plus que Madagascar, « ça explique le flux migratoire. »

Bien que la croissance du PIB soit très forte, 7,2%, elle n’est pas porteuse de création de richesses, ni d’emploi, mais renforce les importations. Une richesse peu partagée donc, ainsi le revenu moyen est 4 fois inférieur à celui de la métropole, « les 10% les plus riches ont un revenu 14 fois supérieur aux 10% les plus pauvres ». Malgré les faibles revenus, la vie est chère, « 7% de plus qu’en métropole ».

Le secteur privé pèse très peu dans l’économie locale, « comme à La Réunion dans les années 90 », les plus représentés sont le commerce et le bâtiment. « Il y a donc des branches entière à développer, comme le service aux entreprises ou aux particuliers. »

De mon temps…

Le Bac reste un sésame pour le marché de l’emploi

Sur le volet Emploi, on note une absence de maîtrise des compétences de base de la langue française chez 6 personnes sur 10, « dont 35% des personnes scolarisées ». Ainsi, un bachelier sur cinq de moins de 25 ans a des difficultés à l’écrit, ce qui n’est pas le cas de leurs aînés bacheliers de plus de 45 ans. Et pourtant le nombre de diplômés est croissant. On pourrait penser à une déficience du système éducatif actuel, « mais aussi auparavant, le système était plus élitiste, tout le monde n’allait pas à l’école ». La scolarisation de masse aurait donc nui au niveau.

Ce faible niveau scolaire explique un taux de chômage important, 26,2% officiellement, mais prés de 30% en prenant en compte le halo, « mais avec le seul Bac, on a plus de chance de décrocher un emploi qu’en métropole. »

Plus de la moitié des emplois concentrés sur Mamoudzou… embouteillages garantis

Enfin, si en 2012, le Logement est fait d’habitat majoritairement en dur, la situation a pu évoluer depuis. Toute la problématique fiscale pour les commune tient dans une donnée : si plus de la moitié des ménages (56%) sont propriétaires de leurs logements, seuls 35% d’entre eux en possèdent le terrain ! Des conditions de logement très éloignés des standards nationaux, puisque 60% n’ont pas de WC, et 50% ni baignoire ou douches.

C’est à l’ouest qu’on vit le mieux à Mayotte, selon des données qui datent de 2012, où les habitants bénéficient de conditions de vie supérieures à la moyenne du territoire.

(Lire Panorama_Mayotte_2018_light)

Anne Perzo-Lafond

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