La justice malgache valide l’élection de Rajoelina à la présidence

© AFP - GIANLUIGI GUERCIA

La justice malgache a validé mardi la victoire de l’ex-chef de l’Etat Andry Rajoelina à l’élection présidentielle du mois dernier en rejetant sans surprise toutes les accusations de fraude de son rival Marc Ravalomanana.

"Est déclaré élu président de la République Andry Rajoelina", a lancé le président de la Haute Cour constitutionnelle (HCC), Jean-Eric Rakotoarisoa, après avoir méthodiquement jugé "infondées" toutes les requêtes en annulation du scrutin.

Sa phrase a été accueillie par les acclamations de centaines de partisans de M. Rajoelina réunis devant le siège de l'institution à Antananarivo, protégé par les forces de l'ordre.

"Ce n'est pas uniquement ma victoire mais celle de tous les Malgaches", a déclaré le président élu quelques heures plus tard à son quartier général. "Je vais travailler dur pour que le développement arrive aux portes de chaque foyer", a-t-il ajouté. "Je serai un président unificateur".

Présent à l'audience, M. Ravalomanana a quitté la HCC sans faire de déclaration, esquivant avec un sourire les sollicitations de la presse.

Le mois dernier, la Commission électorale (Ceni) avait annoncé la nette victoire d'Andry Rajoelina, 44 ans, en lui attribuant 55,66% des suffrages lors du second tour disputé le 19 décembre, contre 44,34% à son prédécesseur à la tête du pays.

M. Ravalomanana, 69 ans, avait immédiatement saisi la HCC en arguant de "fraudes massives".

Ces derniers jours, des centaines de ses partisans ont manifesté à plusieurs reprises dans la capitale malgache, malgré l'interdiction des autorités pour exiger la "vérité des urnes". Des incidents violents les ont opposés à la police.

Sitôt après avoir lu son jugement, le président de la HCC a tenu à assurer que son institution avait "fait son travail dans l'équité et la justice". "Nous n'avons cédé a aucune pression", a insisté Jean-Éric Rakotoarisoa.

L'élection présidentielle du mois dernier s'est déroulée sans incident majeur mais elle a été le théâtre d'une lutte féroce entre MM. Ravalomanana et Rajoelina, qui dominent la vie politique de la Grande Ile depuis plus de dix ans.

- Inquiétudes -

Au pouvoir depuis 2002, Marc Ravalomanana, qui a fait fortune dans les produits laitiers, avait été contraint de démissionner en 2009 face à une vague de manifestations violentes fomentées par Andry Rajoelina, un ex-publicitaire, à l'époque maire d'Antananarivo.

Ce dernier avait ensuite été installé par l'armée à la tête d'une présidence de transition qu'il a quittée en 2014.

Les deux hommes avaient été interdits de candidature à la présidentielle de 2013 dans le cadre d'un accord de sortie de crise validé par la communauté internationale.

Leur confrontation lors de l'élection de 2018 a vite tourné au règlement de comptes personnel, les deux hommes s'accusant d'être responsables de la corruption et de la crise économique qui affectent leur pays, l'un des plus pauvres de la planète.

Au premier tour en octobre, M. Rajoelina avait viré en tête avec 39% des voix contre 35% à M. Ravalomanana. Le troisième grand candidat, le président sortant Hery Rajaonarimampianina, avait été balayé avec moins de 9% des voix.

Sitôt les urnes refermées au soir du second tour le 19 décembre, les deux rivaux avaient crié aux fraudes et aux manipulations.

Les observateurs étrangers, ceux de l'Union européenne et de l'Union africaine (UA) notamment, ont à l'inverse affirmé n'avoir observé aucune irrégularité significative lors du scrutin.

Dans un pays habitué des périodes d'instabilité politique depuis son indépendance de la France en 1960, ces tensions post-électorales ont ravivé la crainte d'une nouvelle crise.

Présent lundi à la traditionnelle cérémonie des vœux pour la nouvelle année à la présidence, Marc Ravalomanana avait soufflé le chaud et le froid sur ses intentions après le verdict de la HCC.

"Il y a eu des irrégularités et des défaillances lors de cette élection", avait-il répété devant la presse, "je respecterai le résultat s'il respecte la vérité des urnes".

Nombreux sont ceux qui espèrent que la raison l'emportera dans le pays, sous l'oeil des bailleurs de fonds internationaux.

"La majorité de la population veut un apaisement", a assuré à l'AFP l'ex-ministre et candidat malheureux au premier tour, Paul Rabary. "Tout le monde veut tourner la page", a renchéri l'analyste politique Sahondra Rabenarivo.

L'investiture du nouveau président est prévue vers le 25 janvier.

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