Océan Indien par Imaz Press, lundi 24 juin 2024 à 19:30

Laissés pour compte : Législatives : des programmes, des propositions, des promesses... en veux-tu, en voilà, mais (presque) rien pour les Outre-mer

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Dans quelques jours, le dimanche 30 juin 2024, aura lieu le premier tour des élections législatives anticipées. Plusieurs grands partis s’opposent au plan national : Le Nouveau front populaire, Renaissance, Rassemblement national, Les Républicains, Reconquête…Tous se vantent d’avoir le meilleur programme, mais qui, parmi ces derniers a pensé aux Outre-mer, trop souvent oubliés. Imaz Press a décidé de décrypter leurs programmes. A une exception près, celle du Nouveau front populaire qui propose des mesures détaillées, La Réunion en particulier et les Outre-mer en général sont les grands laissés pour compte des programmes (Photo d’illustration www.imazpress.com)

Débutons par le programme du Front populaire. Parcourant les 24 pages de mesures en tout genre, le parti débute en déclarant "vouloir répondre aux urgences qui abîment la vie et la confiance du peuple français".

Si le programme dévoilé est national, plusieurs propositions visent plus spécifiquement les électeurs ultramarins.

L'Outre-mer y trouve sa place et ce, dès le début. Il faut "prendre systématiquement en compte les Outre-mers dans chaque texte législatif".

- Nouveau front populaire : des mesures économiques, écologiques et sociales pour les Outre-mer -

Dans les quinze premiers jours de mandat, l'union des gauches envisage un programme de quinze jours de "rupture" dont la première mesure concernant l'Outre-mer sera de "bloquer les prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et les carburants par décret, et renforcer le bouclier qualité-prix pour les outre-mer".

Le programme prévoit aussi de lutter contre les situations de monopole en Outre-mer, de réglementer les tarifs des billets d'avion et de mettre en place un principe de faveur des ultramarins sur des postes à responsabilité et le retour des fonctionnaires d'État.

Le Front populaire souhaite également favoriser l’enseignement des langues régionales en outre-mer

L'une des premières promesses de campagne de cette nouvelle union de la gauche concerne également l'abandon du projet de loi constitutionnel sur le dégel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie. "C’est un geste fort d’apaisement qui permettra de retrouver le chemin du dialogue et de la recherche du consensus. À travers la mission de dialogue dans l’esprit des accords de Matignon et de Nouméa" précise le programme du nouveau Front populaire.

Les partis de gauche proposent de soutenir "la recherche d’un projet d’accord global qui engage un véritable processus d’émancipation et de décolonisation" sur le territoire.

L'une des mesures de ce nouveau Front populaire concerne aussi spécifiquement le territoire mahorais. "Cesser de faire de Mayotte un territoire de seconde zone de la République" espère le mouvement de gauche. Pour ce faire, l'union de la gauche entend "étendre l'aide médicale d'État", "aligner les niveaux du RSA et du SMIC" sur ceux de l'hexagone et "scolariser systématiquement tous les enfants".

Pour les 100 jours et jours d'après, le Front Populaire propose aussi des mesures spécifiques pour les Outre-mer.

À savoir la réglementation des tarifs des dessertes aériennes, la régulation du taux de sucre dans les aliments transformés ou encore la distribution de bouteilles d’eau et plafonnement du prix de l’eau partout où le service d’eau potable est défaillant via modification du plan ORSEC-eau, et mettre en place de grands travaux de rénovation des canalisations.

Pour les Antilles plus spécifiquement, le parti veut créer un fonds d’indemnisation et de prévention contre les pollutions pour indemniser et assurer la prise en charge médicale des victimes du chlordécone et des sargasses et investir dans la dépollution et la décontamination des sols et des eaux (chlordécone et glyphosate aux Antilles, mercure en Guyane, essais nucléaires en Polynésie…)

Le Front populaire souhaite également organiser un congrès général des territoires éloignés et insulaires pour établir un plan d’action partagé pour l’égalité et l’autonomie dans les Outre-mer sur la base des cahiers de revendications et des "plans pays" et la mise en place d’un plan quinquennal d’investissement.

- Les Outre-mer grands absents du parti présidentiel -

Du côté du parti de la majorité présidentielle – Renaissance – si Gabriel Attal le porte-parole se vante dans le programme d'être "ensemble pour la République", rien pour les Outre-mer, sauf pour Mayotte.

Pouvoir d'achat, augmentation des salaires, baisse des factures d'électricité, écologie, logement… "nous libèrerons les augmentations de salaires entre le Smic et 2.500 euros nets", "nous revaloriserons les retraites", et les Outre-mer ?

Dans les douze pages du programme du parti Renaissance, pas un mot spécifique pour les Outre-mer, si ce n'est une petite place dans leur calendrier pour la présentation d'un projet de loi pour Mayotte au mois d'août.

La seule mention aux Ultramarins est venue après une question des journalistes lors de la présentation du programme. Le Premier ministre a assuré voir dans les Outre-mer un "enjeu majeur", sans pour autant développer sa pensée.

"Nous l'avons démontré par tant de fois dans notre histoire, rien ne résiste au peuple français s'il se tient ensemble", est-il écrit dans le programme.

Ensemble, avec ou sans les Outre-mer ?

Car les Outre-mer ont l'impression d'être laissés pour compte par le camp macroniste. Lors de sa venue à La Réunion, la ministre des Outre-mer avait d'ailleurs été questionnée sur l'action du gouvernement. "Vous venez à La Réunion, vous dites on va faire, mais allez-vous agir ?", l'avait interrogé une journaliste. Il est vrai qu'avec les voyages successifs des élus de l'exécutif, il y a toujours eu beaucoup d'observation, mais peu de concret pour notre département.

- Le RN veut "un ministère d'État pour les Outre-mer" -

Le Rassemblement national – toujours en tête dans les sondages pour ces élections législatives – souhaite lui organiser un nouveau référendum sur l'indépendance dans une quarantaine d'années.

"Je le dis solennellement à nos compatriotes : le Rassemblement national est aujourd’hui le seul mouvement à pouvoir mettre en œuvre dès maintenant et raisonnablement les aspirations clairement exprimées par les Françaisé", a affirmé Jordan Bardella.

Toutefois, dans son programme, comme durant la conférence de presse, aucune mesure pour les Outre-mer n'a été développée, hormis la création d'un ministère d'État pour les Outre-mer, censé "assurer le retour de l'État" sur les territoires ultramarins.

Pour Jordan Bardella, la création de ce ministère d'État serait le seul moyen de gérer les crises actuelles et ainsi pouvoir "développer des infrastructures de santé et d'accès à l'eau" ou encore de "rétablir la sécurité" et de "réformer l'octroi de mer" dans tous les territoires d'Outre-mer.

Interrogé sur la situation en Nouvelle-Calédonie, le chef de parti commente que "la réforme du corps électoral n'a pas été de bon augure à la veille des Jeux Olympiques". Il ajoute vouloir "rétablir l'ordre et la sécurité de l'État en Nouvelle-Calédonie".

Le coordinateur pour les Outre-mer, André Rougé, a lui évoqué dans une interview donnée à Outre-mer 369, une "loi de programmation pour l'Outre-mer" pour "un retour à la confiance" prévue en cas de victoire.

Une loi qui, selon les dires d'André Rougé, contiendra " un vaste volet économique et social autour de la relance d’une politique ambitieuse de défiscalisation et d’exonération de charges entrepreneuriales, vouées à la création d’emplois et à la construction de logements, la recherche d’un mix énergétique compétitif correspondant aux besoins de chaque territoire, des mesures fortes pour le développement agricole et foncier, la mise en valeur raisonnée des richesses minérales de nos départements et territoires, la prise en compte obligatoire des particularités et potentialités des collectivités d’outre-mer dans les choix de politique commerciale de l’Union européenne ou encore la création d’une Agence pour les investissements prioritaires en Outre-Mer".

Sur l'octroi de mer, "nous avons des idées pour améliorer cette taxe historique et quelque peu anachronique, à savoir l’application du droit commun et le financement des collectivités par la dotation globale de fonctionnement comme partout ailleurs en France, et faire en sorte que la taxe ne s’applique plus que sur les produits extra européens ou concurrençant la production locale".

Concernant le département de Mayotte, "la suppression du droit du sol est une mesure plus que nécessaire"

- Les Outre-mer également oubliés des autres partis -

Du côté du parti Lutte ouvrière de Nathalie Arthaud, ce n'est guère mieux. Si le programme tient en deux pages, il n'est nullement fait mention des Outre-mer.

"Il faut un parti pour représenter le camp des travailleurs, et que ceux-ci ne laissent pas la politique entre les mains des pantins de la bourgeoisie", est-il écrit.

Augmentation des salaires, des pensions et des allocations, et indexation sur les prix, c’est-à-dire qu’ils augmentent au rythme de l’inflation, mois après mois, semaine après semaine si nécessaire.

L’annulation des reculs sur la retraite ou l’Assurance chômage sont également évoqués, mais rien de spécifique pour les travailleurs réunionnais.

Et pourtant, Lutte ouvrière a décidé d'aligner un candidat dans chaque circonscription du département.

Reconquête – le parti d'Éric Zemmour – lui veut "stopper" beaucoup de choses, comme il est écrit dans le programme, mais ne prévoit rien de spécifique pour les Outre-mer et La Réunion.

"Stop à l'immigration massive, stop à l'insécurité et au laxisme, stop au matraquage fiscal…"

Mise à part cela et l'envie de battre Macron dans les urnes, aucune mention pour les ultramarins.

Malgré l’alliance de leur président Éric Ciotti avec le Rassemblement national, la majorité des élus Les Républicains ont choisi de défendre une ligne et un programme indépendants dans la campagne des législatives.

Mais là encore, où sont passées les Outre-mer ? Nul ne le sait. Énergie, emploi, économie, retraite, oui… mais rien de spécifiques pour les ultramarins.

Les Outre-mer qui, s'ils sont oubliés de la plupart des grands partis dans la course aux législatives - hormis dans leurs propres territoires - n'oublieront eux pas de le faire savoir dans les urnes et pour les échéances à venir.

www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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