Océan Indien par Imaz Press, mardi 27 février 2024 à 10:26

Les syndicats dubitatifs : Plaintes en visio : le dispositif est "intéressant" le déploiement doit encore être organisé

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A partir ce lundi 26 février 2024, le dépôt de plaintes en visioconférence va être progressivement déployé sur tout le territoire national. Si les syndicats de police saluent un dispositif "intéressant" et qui pourrait aider à désengorger les commissariats, ils s’interrogent sur comment ce dernier va être déployé à La Réunion. Les effectifs sont en effet déjà insuffisants à leurs yeux pour gérer les autres charges de travail. D’autant plus qu’aucun poste n’a été ouvert pour La Réunion en 2024 dans le cadre du "mouvement Outre-mer" (Photo d’illustration)

La nouvelle a pris les syndicats par surprise. S'ils étaient au courant de cette expérimentation dans certains départements de l'Hexagone, aucune date de généralisation n'avait été communiquée par le ministère de l'Intérieur.

"C'est une nouvelle fois un effet d'annonce. Nous n'avons ni les moyens techniques, ni les moyens humains pour déployer ce dispositif" estime Aude Robert, secrétaire départementale du syndicat SGP-FO Police.

"Déposer une plainte en visio, c'est avoir quelqu'un derrière l'ordinateur pour prendre ladite plainte. Il faut trouver le temps, les fonctionnaires disponibles, un matériel adéquat…Ce que nous n'avons pas pour l'heure" insiste-t-elle.

D'après la direction générale, le déploiement de ce dispositif à La Réunion ne va pas voir le jour tout de suite. Cependant, à la demande du gouvernement, celui-ci devrait être disponible sur tout le territoire national "à l'automne prochain", soit à la fin de l'hiver austral pour La Réunion.

Mais alors que les syndicats se plaignent régulièrement du manque d'effectifs au sein des commissariats de l'île, cette nouvelle responsabilité interroge. "On a appris qu'il n'y aurait pas de nouveau poste pour La Réunion dans le "mouvement Outre-mer" de 2024, donc pas de nouveaux effectifs. Qui va se charger de cette nouvelle responsabilité, alors que nous travaillons déjà à flux tendu ?" s'interroge Aude Robert.

A La Réunion, 1552 fonctionnaires forment l'ensemble de la direction territoriale de la police, incluant les personnels des quatre commissariats de l'île ainsi que la Police aux frontières (PAF).

"C'est effectivement un point d'inquiétude, car on nous fournit une charge supplémentaire, tandis que l'administration centrale estime qu'on est suffisamment nombreux à La Réunion et n'a donc créé aucun poste de mutation dans l'île pour cette année" abonde Mickaël Hoareau, secrétaire départemental de l'Unsa Police.

"C'est un gros sujet pour nous, on risque d'avoir des carences dans certains services déjà en tension. Forcément, ce dispositif va se traduire par du travail supplémentaire, donc des rappels de congés ou de repos. On s'est saisi du sujet, on essaie de faire changer la position de l'administration mais ce n'est pas gagné" explique-t-il.

Le syndicat essaie actuellement de négocier l'ouverture de postes "profilés", c'est-à-dire des postes ouverts en fonction des besoins spécifiques des commissariats de l'île.

- Un dispositif tout de même encourageant -

L'Unsa Police salue tout de même un dispositif qui "peut désengorger les salles d'attente". "Ca permet aussi aux collègues d'organiser les emplois du temps, ça a un côté positif" affirme-t-il. "On a déjà vu cet effet positif avec les pré-plaintes sur internet, cela pourrait donc aller dans ce sens-là."

"Certaines personnes ne peuvent pas se déplacer, je pense par exemple aux mères de famille, ou aux personnes qui ne peuvent pas se libérer de leur travail" abonde Aude Robert. "Il n'y a plus d'obligation de se déplacer au commissariat, donc il y a un intérêt pour nos concitoyens. Mais il faudra gérer l'afflux en physique, les pré-plaintes, et les visio, nous avons besoin de plus de personnel" relativise-t-elle.

"C'est un dispositif intéressant, mais en l'état, on ne peut pas l'appliquer" conteste Aude Robert. "On est déjà en tension, on le voit dans nos interventions, et notre administration ne semble pas être alertée par nos besoins."

"L'information est tombée dimanche, donc on ignore encore comment on va s'organiser sur le territoire, mais il semble qu'il n'y aura pas de service dédié. On va donc devoir s'adapter, ce qui va révéler encore plus le manque d'effectif des commissariats. Si derrière il y a moins de monde en salle d'attente ça peut s'équilibrer, et ce dispositif facilite le dépôt de plaintes, ce qui est une bonne chose, mais il ne faut que ça incite à en déposer pour tout et n'importe quoi" soupèse Mickaël Hoareau.

Ce nouveau dispositif n'est donc ni applaudi ni rejetté pour l'heure, mais amène avec lui son lot de questions. Les syndicats s'interrogent aussi sur leurs capacités matérielles.

"Il y a du matériel qui va devoir être installé pour permettre la réception des plaintes" souligne Mickaël Hoareau.

"Le dispositif ne va pas être déployé tout de suite mais progressivement, il faut mettre en place le matériel, créer les équipes qui vont prendre les plaintes…Il n'y a donc pas de date précise, ni d'idée précise de comment ça va s'organiser pour l'heure" confirme le service communication de la DTPN.

Ces plaintes par visioconférences se font via un identifiant FranceConnect sur le site du ministère de l'Intérieur "Ma sécurité". Le même service utilisé pour déposer des pré-plaintes.

Le dispositif dispose donc déjà d'une "trame", mais la police devra définir qui sera le référent de ce nouveau mode de dépôt de plainte.

"L'organisation à mettre en place pour les pré-plainte n'est pas évidente, mais on a pu constater que cela a un vrai avantage : le collègue organise son emploi du temps autour de ses renez-vous, donc il peut prendre contact avec les citoyens et s'organiser plus simplement. Cela évite les grosses files d'attente et d'être submergé de travail. On espère qu'après l'adaptation au nouveau dispositif on observera le même effet" conclut Mickaël Hoareau.

Au total, seulement une vingtaine de policiers sont mobilisés pour la réception des plaintes du public dans l'île chaque jour, en-dehors des brigades spécialisées.

A noter que  la plainte à distance est facultative, et n'empêche pas une audition ultérieure par les enquêteurs "si la nature ou la gravité des faits le justifie", détaille le décret d'application.

Une audition en présentielle devra être menée par les officiers ou agents de police judiciaire en cas de plainte relative à des agressions sexuelles ou atteintes sexuelles, précise encore ce décret.

as/www.imazpress.com / redac@ipreunion.com

mots clés de l'article : Police , Actus réunion

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