Océan Indien par Imaz Press, mercredi 30 août 2023 à 04:36

Les syndicats réagissent : Annonces de Gabriel Attal : une bonne nouvelle pour le Bac, un non-sujet pour l’abaya

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Ce lundi, Gabriel Attal, ministre de l’Éducation nationale, tenait sa première conférence de presse de rentrée. Dès dimanche, il avait annoncé l’interdiction à l’école de l’abaya, longue robe traditionnelle portée par certaines élèves musulmanes. Il a également acté le report des épreuves de spécialité du bac de mars à juin. Des annonces qui font réagir les syndicats réunionnais. (Photo photo RB/www.imazpress.com)

C'est sur TF1, dimanche, que le ministre de l'Éducation nationale a affiché sa "fermeté sur la laïcité" avec une mesure d'interdiction de l'abaya au sein des établissements scolaires. Certains chefs d'établissements, principalement dans l'Hexagone, réclamaient des consignes claires sur cette tenue au regard de la loi de 2004 sur le port des signes et tenues religieux à l'école.

Si les atteintes à la laïcité ont augmenté de 120% entre l'année scolaire 2021/2022 et 2022/2023 et que le port de signes et tenues représente la majorité des atteintes, La Réunion semble peu concernée par le sujet.

Selon le rectorat, l'académie n'a pas connue de situation problématique l'année passée. Cette annonce n'a donc pas grand intérêt pour les syndicats qui soulèvent bien d'autres problématiques au sein de l'école.

- L'abaya, pas une priorité -

Pour Joël de Palmas de la CGTR Educ'action, à La Réunion "nous avons une laïcité pas aussi brûlante que certains quartiers dans l'Hexagone et nous n'avons pas cette problématique".

"Très peu de chefs d'établissements sont concernés par ce type de fait" confirme Stéphane Checkouri de la Saiper. "Et puis tout dépend le regard des gens et comment on interprète tel ou tel vêtement. Je pense que dans les faits dans certains établissements certains portent encore ces tenues sans que personne ne s'en offusque" ajoute-t-il.

Marie-Hélène Dor du syndicat FSU, ne considère pas le port de l'abaya comme un problème ni comme une question prioritaire.

"On a d'autres priorités que les tenues vestimentaires. La mission numéro une est la lutte contre l'échec scolaire, et interdire des tenues à connotation religieuse n’y participe absolument pas, au contraire. La question de la laïcité à La Réunion n'est pas la même que dans l'Hexagone" affirme-t-elle, en accord avec ses collègues.

Cependant, si une interdiction est mise en place, "il faudra veiller à la faire respecter" exprime Stéphane Checkouri qui s'inquiète pour les responsables d'établissements aux premières loges.

"Je pense que ça peut être très compliqué pour les chefs d'établissements ou enseignants si c'est à eux de courir après l'élève et convoquer les parents. On a tellement d'autres missions à faire que rajouter celle-là pourrait peser énormément. Nous ne sommes pas des forces de l'ordre, nous sommes de simples agents de la fonction publique" développe-t-il. Pour lui, le port de l'abaya est "un sujet de société très complexe" qui pourrait créer des tensions.

"Les chefs d'établissement devront peut-être affronter la colère, l'incompréhension ou la rébellion des élèves et parents. Ça pourrait mal tourner" poursuit-il.

Le Snalc s'est également exprimé sur le sujet à travers un communiqué dans lequel Jérôme Motet insiste sur "la nécessité de défendre les personnels dans leur activité quotidienne face aux attaques qu'ils subissent".

"Si les annonces sur la laïcité ont l'avantage d'être lisibles pour tous, il faudra accompagner les personnels pour les faire appliquer sur le terrain, sans tolérer les pressions" a-t-il poursuivi.

Face à ces inquiétudes, le rectorat assure mettre un accent sur la formation des personnels pour qu'ils puissent expliquer au mieux aux élèves les principes de laïcité et que le dialogue avec les familles sera favoriser en cas de problèmes.

Enfin, Stéphane Checkouri soulève tout de même "que certains ont l'impression que c'est toujours la même religion qui est visée par ces annonces" pendant que Joël de Palmas espère "que ce ne soit pas une nouvelle provocation à l’égard des élèves et une façon de contrôler leur tenue".

Autre annonce de Gabriel Attal qui fait réagir, le report des épreuves de spécialité du bac de mars à juin. Cette mesure est un pas en direction du monde enseignant, vent debout contre le calendrier du bac Blanquer, accusé entre autres de nourrir absentéisme et démotivation des élèves au troisième trimestre.

- Un retour du bac en juin attendu -

Les syndicats réunionnais, qui avaient fortement dénoncé la réforme Blanquer, saluent globalement cette décision.

"On lui a dit tout le mal de ce qu'on pensait de ce calendrier lors de sa visite. Je salue cette décision, on récupère des heures de cours pour les collègues, et on maintient les élèves à l'école. Je regrette cependant qu'il faille autant de temps pour évaluer un dispositif, et que revenir en arrière prenne tout autant de temps" relève Joël de Palmas.

Du côté de la FSU, on regrette aussi de ne pas avoir été entendu plus tôt. "C'est le constat que la mobilisation paie. Ça fait des années qu'on dit que c'est absurde et on a été insulté. Macron a même dit qu'on prenait les élèves en otage. Aujourd'hui, on peut se féliciter, mais à chaque fois qu'il y a des initiatives prises alors qu'on sait que c'est néfaste, il y a un refus de nous entendre. On a sacrifié des élèves pour cette réforme et c’est inacceptable" revendique Marie-Hélène Dor.

Stéphane Checkouri pense que la raison de cette décision est essentiellement la disparition des élèves au troisième trimestre. Un échec qui était prévisible selon lui.

"Cela fait plus d'une quinzaine d'années que les gouvernements successifs se préoccupent peu des remontées du terrains et demandes des enseignants. Ils en savent visiblement plus que nous. Et nous, nous ne faisons que compenser les difficultés qui se présentent à la suite de leurs décisions" signale le représentant Saiper.

Même constat pour Jérôme Motet de la Snalc. "Il serait temps d'écouter les experts de terrain et de ne pas sacrifier des années de contre réformes lourdes de conséquences pour les élèves et les personnels de l'Ecole" conclut-il.

Le rectorat espère de son côté que cette décision donnera plus de temps aux enseignants et aux élèves pour étudier le programme.

www.imazpress.com./redac@ipreunion.com

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