Océan Indien par Imaz Press, vendredi 15 septembre 2023 à 16:36

Manque de profs, pas d’AESH, classes surchargées : Un mois après la rentrée, les promesses du gouvernement ne sont toujours pas tenues

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Le 17 août dernier, les quelque 217.000 écoliers, collégiens et lycéens de La Réunion ont fait leur retour sur les bancs de l’école. Une rentrée scolaire pour laquelle le tout nouveau ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal avait fait le déplacement. Plus de professeurs et mieux payés, des AESH en veux-tu en voilà, ce dernier n’avait pas lésiné sur les annonces… Et pourtant, trois semaines après la rentrée, c’est un peu comme s’il ne s’était rien passé (Photo d’illustration rb/www.imazpress.com)

"On a à chaque fois un sentiment d'impréparation et des délais toujours plus grands pour que tout se mette véritablement en place", note Corinne Peyré, secrétaire générale du Snes-FSU Réunion.

Des élèves sans affectation, des accompagnants absents, des emplois du temps provisoires… "C'est désolant de voir cela", ajoute-t-elle.

- "Un prof devant chaque classe"… impossible -

Emmanuel Macron avait promis le 24 juillet 2023, "un professeur devant chaque classe". Une promesse bien évidemment non tenue dans la moitié des établissements français, y compris à La Réunion.

D'ailleurs, selon une étude du syndicat national des enseignants du second degré (Snes-Fsu), il manque au moins un professeur dans près d'un collège et lycée sur deux. Des absences qui impactent le suivi scolaire des élèves et qui obligent également des professeurs à prendre le relai.

Le ministère de l'Éducation nationale n'a donné aucune estimation chiffrée sur l'ampleur du phénomène.

Dans le détail, il manque au moins un enseignant dans 48% des collèges et lycées de métropole, selon cette enquête menée dans plus de 500 établissements.

"Toutes les académies sont touchées, avec quelques disparités géographiques", relève le Snes-FSU.  La plus impactée ? Créteil, où au moins un professeur manque à l'appel dans 60% des établissements.

24 juil - E. Macron "il y aura un professeur devant chaque classe"
4 sept - G. Attal ""Il y a un enseignant devant chaque élève."

La réalité ? Il manque au moins un professeur dans 48 % des collèges et lycées.
48 %

Non, rien. pic.twitter.com/DiLi1fJiQj

— Maxime Combes (@MaximCombes) September 11, 2023

Par ailleurs, 3.000 contractuels ont été embauchés par le ministère de Gabriel Attal pour colmater les absences. Une solution temporaire qui ne résoudra pas la crise sur le long terme, selon Sophie Vénétitay, professeure de SES de l'Essonne et secrétaire générale du SNES-FSU.

Et même si Gabriel Attal a annoncé lors de sa venue à La Réunion la création de 28 postes, cela est vraiment loin d'être suffisant. Et cela alors que le ministre estimait que "tous les besoins seront couverts en cette rentrée, dans le premier comme le second degré".

"Ça ne couvre pas les besoins", souligne Marie-Hélène Dor. "Il n'y a pas un professeur devant chaque classe" ajoute Corinne Peyré, secrétaire générale du Snes-Fsu.

"Depuis la rentrée il y a des soucis d'organisations, d'emploi du temps, ce qui rend les conditions de travail des personnelles très compliquée", souligne-t-elle.

Pour pallier ces absences, des professeurs sont d'ailleurs même obligés de faire cours dans plusieurs établissements différents, notamment en langues.

Ce que demande le FSU, "c'est de placer toute La Réunion en zone d'éducation prioritaire pour que cela réduise le nombre d'élèves par classe. Qui dit moins d'élèves par classe dit plus de classes, et donc créations de postes". Et là "on règlerait pas mal de choses", indique Marie-Hélène Dor.

Joël de Palmas, de la CGTR Éducation le dit, "on n'aura jamais un professeur devant chaque classe, c'est impossible. À tout moment un professeur va manquer pour n'importe quelle raison".

Sur les professeurs, ce que regrette le syndicaliste, c'est surtout "qu'il n'y pas plus de titulaires, alors que l'on fait recours à des contractuels".

Quant aux contractuels, "pourquoi ne pas leur proposer une voie de titularisation".

Pourtant, du côté du rectorat on l'affirme "oui, il y a bien un professeur devant chaque classe". "À ne pas confondre avec les absences ponctuelles (pour de multiples raisons, maladie, garde d’enfant…) qui peuvent survenir à tout moment."

"Pour éviter aux élèves de perdre ainsi des heures de cours, le Pacte enseignant prévoit de rémunérer davantage les enseignants qui acceptent de faire des remplacements de courte durée", ajoute l'Académie.

- Des classes toujours plus surchargées -

À cette crise des professeurs, s'ajoutent également celle des conditions de travail, souvent dégradées par des effectifs importants, "des classes avec 29 à 30 élèves", voire plus.

"Dans les lycées professionnels, le rectorat fait même du surbooking. On a entre 32 et 33 élèves en CAP, 26 en industriel. Ce qui pose de nombreux problèmes lors des ateliers avec des conditions dégradées", précise la FSU.

L'enseignement général n'y échappe pas non plus. "Les effectifs dans les collèges et lycées sont chargés" note la fédération. "Même les accompagnants n'ont pas de place pour s'asseoir et dans certains cas les professeurs laissent leur bureau ou rajoutent des tables et des chaises pour accueillir tous les élèves", lance la FSU.

Pour Joël De Palmas, "il y a 10 ans en arrière c'était encore pire, mais là on n'a pas eu la volonté de faire mieux". "On a laissé les choses, on s'est dit ça va s'améliorer et au final les secondes au lycée sont 33 voire 35 par classe."

"Nous on part du fait qu'au-delà de 24 élèves par classe, c'est difficile de gérer une classe" estime-t-il.

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- 2.800 AESH pour 8.000 jeunes concernés... insuffisant -

Une surcharge d'élève qui ne facilite pas les conditions de travail, notamment pour les élèves ayant besoin d'un accompagnant.

Car des accompagnants, il en manque à la pelle. Et ce, même si Gabriel Attal avait annoncé la création de 180 postes d'AESH.

"180 à ramener aux nombres d'établissements à La Réunion c'est ridicule", déclare Marie-Hélène Dor, secrétaire régionale de la FSU.

Tout en sachant que sur ces 180 postes, 56 ont été utilisés pour passer des collègues AESH à 24 heures par semaine. Car il est important de préciser que "ce ne sont pas 180 AESH qui ont été embauchés mais 180 postes", nuance le syndicat.

La députée Karine Lebon, présente ce jeudi 17 août aux côtés du ministre, juge insuffisant le nombre de postes crée pour ces agents.

"Chaque année, je demande une augmentation des recrutements des AESH et une valorisation de ce métier indispensable pour nos jeunes en situation de handicap. Le ministre vient d’annoncer la création de 180 postes sur notre île. Au total, il y aura donc un peu moins de 3.000 AESH pour 8.000 jeunes concernés. Ce n’est toujours pas suffisant !", alerte l'élue.

Le Rectorat de son côté, nous confirme qu'il y a 2.800 AESH cette année dans l'Académie. "C'est une des modalités d’accompagnement des élèves en situation de handicap. Sachant que la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées qui prend les décisions, ouvre, ferme et modifie des droits chaque semaine, les chiffres évoluent en permanence. Ce qui veut dire que le schéma d’accompagnement évolue toutes les semaines et que l’académie doit s’y ajuster avec le nombre d’AESH dont elle dispose", ajoute-t-il.

"Il faut surtout au-delà des contingents qui ont été donnés arrêter les ravages du Pôle inclusif d'accompagnement localisés (Pial) qui a désorganisé la rentrée et a plongé élèves et AESH dans l'inquiétude face à une mise en place chaotique des accompagnements", note Jérôme Motet du Snalc de l'enseignement au supérieur.

Selon Joël de Palmas , "c'est un panier percé avec deux rivières". "Plus on va en recruter plus on en aura besoin. La question se pose des besoins des élèves. Est-on en mesure d'assurer ces besoins ? Oui, mais pas toujours dans de bonnes conditions", dit-il.

"Car des AESH se retrouvent à gérer plusieurs établissements, ou accompagnent un enfant qu'une heure par semaine, c'est rien", précise Joël De Palmas.

- Le Pacte enseignant, "de la poudre aux yeux" -

Le Pacte, mis en place par le ministère et géré par le rectorat, ne convainc pas les différents syndicats.

"À La Réunion, nous débloquons une enveloppe de 28 millions d'euros pour le Pacte enseignant et notamment pour les remplacements de courte durée", avait annoncé le ministre de l'Éducation nationale lors de sa venue.

Le ministère qui s'est d'ailleurs fixé un objectif de 30% de Pacte signés. "Mais on en est loin", précise Marie-Hélène Dor. "Les estimations sont à 29,5% dans les lycées et collèges de La Réunion, tout en sachant que cela reste une estimation."

Selon Jérôme Motet du Snalc, "cette revalorisation via le Pacte est fausse et ne va pas résoudre les problèmes de qualité du remplacement".

Une année scolaire qui commence donc avec beaucoup de problématiques et surtout... des promesses toujours non tenues de la part du gouvernement.

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ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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