Océan Indien par Imaz Press, vendredi 15 décembre 2023 à 04:55

Plus de 3.700 salariés concernés : Depuis le début de l’année, près de 900 entreprises font face à de graves difficultés financières

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Crise Covid-19, guerre en Ukraine, inflation record : les trois dernières années ont fortement impacté tous les secteurs économiques français, La Réunion comprise. Les entreprises locales font désormais face à une situation catastrophique, alors que les redressements et liquidations judiciaires se multiplient. 892 entreprises en difficultés sont recensés pour l’heure par le tribunal de commerce, plus de 1.000 employés ont déjà dû faire face à des liquidations judiciaires et près de 2.000 autres travailleurs sont menacés de licenciement. Si quelques entreprises ont pu bénéficier du soutien de l’Etat, la grande majorité voient les factures et les dettes s’accumuler. La Chambre de commerce et d’Industrie tire la sonnette d’alarme (Photo www.rb/imazpress.com)

"Le constat est qu'aujourd'hui la situation des entreprises réunionnaises est alarmante" alerte Pierrick Robert, président de la CCIR. "J'ai alerté dès ma prise de mandat en 2022, que les perspectives qui n'étaient pas bonnes. On constate une augmentation des procédures judiciaires, et les perspectives pour 2024 ne sont pas plus " dit-il.

Au 7 décembre 2023, ce sont 892 entreprises qui sont considérées comme en difficultés par le tribunal de commerce. 416 sont en redressement judiciaire, représentant plus de 2.300 salariés.

Et la situation risque de s'empirer encore pour l'année à venir. "Les projections ne sont pas bonnes, Il y a des catastrophes qui se profilent" confie Pierrick Robert.

Plusieurs propositions ont été avancées par la chambre consulaire ces dernières années, qui sont toujours en attente de réponse. "Nous avons proposés de mettre en place des plans d'étalements plus longs, de créer une cellule d'analyse dédiée aux entreprises en difficulté pour mieux comprendre la problématique, de créer guichet unique d'accompagnement" liste le président de la CCIR.

"Il y a un véritable mal-être chez nombreux chefs d'entreprise, qui se trouvent aujourd'hui dans des situations désastreuses. Il est urgent de mettre en place une cellule d'accompagnement psychologique pour les accompagner" insiste-t-il par ailleurs.

- Le BTP dans le rouge depuis plusieurs années -

Cette situation se retrouve dans les secteurs, mais c'est le BTP qui souffre aujourd'hui le plus. 251 des 892 entreprises en difficulté font partie du domaine de la construction.

Secteurs des entreprises en difficultés - Tribunal de commerce

"Les entreprises du BTP vont partir en congés de décembre dans une situation difficile" affirme Raymond Vaitilingom, secrétaire général de la CAPEB. "Elles sont nombreuses à avoir des factures impayées, notamment auprès d'un certains nombres d'acheteurs publics. La situation risque de s'aggraver dès janvier, parce que les entreprises doivent s'affranchir de leurs cotisations" explique-t-il.

Les chefs d'entreprise sont aujourd'hui inquiets, et loin d'être satisfaits de l'année 2023. "Ils ont perdu de l'argent, ça a été une année compliquée, avec des chantiers qui n'ont pas pu démarrer, où les prêts bancaires ont été extrêmement comp

liqués à obtenir. On a vécu une année avec un manque de liquidité" détaille Raymond Vaitilingom.

L'insuffisance financière "a rendu les entreprises encore plus précaires, et l'année 2024 va commencer avec des inquiétudes" dit-il.

- L'Etat et les collectivités attendus par les entreprises -

L'intervention de l'Etat des collectivités est réclamée de toute part, comme en témoigne les difficultés financières rencontrées par tous les secteurs, presse écrite comprise.

"Les filières ne sont pas les mêmes, on ne peut pas laisser tomber un secteur de l'économie, mais il faut aussi avoir une vision qui soit équitable" estime Pierrick Robert. "Nous participons tous à une économie qui se trouve aujourd'hui dans une situation très compliquée" dit-il

Le président de la CCIR estime qu'il est aujourd'hui nécessaire de réaliser "une analyse sur les besoins des différentes filières". "Nous sommes conscients qu'on ne peut pas forcément loger tout le monde à la même enseigne, mais il y a des critères importants à mettre en place pour analyser au cas par cas la situation des entreprises" souligne-t-il.

"Evidemment, il y a des chefs d'entreprises qui ne jouent pas le jeu et il faut savoir les repérer. Mais il y en a aussi beaucoup qui sont établis depuis de longues années, qui ont toujours travaillé, et qui se retrouvent aujourd'hui face à d'immenses difficultés sans savoir comment ils vont pouvoir continuer" alerte le président de la CCIR.

"Si l'Etat et la Région sont en capacités de venir en aide à de grandes entreprises, c'est tant mieux. Dans le BTP, ce dont nous avons besoin, c'est que les marchés publics qui représentent 80% de la clientèle, se manifestent" alerte Raymond Vaitilingom. "Les entreprises du BTP ont besoin de plus de visibilité sur l'avenir."

Cela fait plusieurs années désormais que le BTP connait des difficultés grandissantes, et le recul des commandes n'améliorent pas la situation. "On attend que les acheteurs privés et publics investissent. Il y a de la rénovation thermique, des anciens bâtiments à rénover, des travaux d'accessibilité à réaliser. Mais il manque les investissements" regrette-t-il.

"Notre secteur est en pleine mutation, avec des enjeux au développement durable qui sont apparus, il y a de nouvelles façons de consommer la construction, il faut qu'on s'adapte. C'est vrai que le BTP est un secteur très traditionnel, et on n'a pas forcément su s'adapter, ce qui a mené à la disparition de certaines entreprises" admet-il cependant.

L'heure n'est en tout cas clairement pas à la fête. "A quel moment mettons-nous en place une cellule d'urgence ?" s'interroge Pierrick Robert. "Nous sommes sur un territoire insulaire, tout est lié : l'entreprise, le social, le pouvoir d'achat…On a pas le droit de laisser un pan de notre économie rester en difficulté" dit-il.

Le ministère des Outre-mer, la préfecture et les collectivités ont été alerté. Ils restent désormais à attendre un retour.

www.imazpress.com / redac@ipreunion.com

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