Océan Indien par Imaz Press, mercredi 27 septembre 2023 à 11:25

Série de concerts : Marcia Higelin chante à cœur ouvert

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Elle devait s’appeler Georgia et travailler dans le social, ce sera finalement la chanson, comme ses pairs… Se rendre digne de son nom sans rien concéder de sa vérité propre, tel est l’enjeu secret de Marcia Higelin qui, au piano-voix, vous emmènera avec beaucoup de brio et de sensibilité, dans un agréable voyage sonore aux confins de son univers poétique, exaltant, largement inspiré de son vécu. Rencontre avec une jeune artiste résiliente de 29 ans… Entretien (Photo Bilal Moussa)

Higelin, un patronyme d’une grande notoriété… Le poids de la filiation n’est-il pas trop dur à porter ?

Pas du tout, c’est un honneur. Et puis même s’ils sont assez loin de ma génération, ils m’apportent beaucoup de bienveillance. Je prends ce qu’il y a à prendre comme l’amour gratuit j’ai reçu avec mon grand-père Jacques et que je reçois toujours avec mon père Arthur H… Je me concentre essentiellement là-dessus.

Quant à ton prénom, il n’est pas sans rappeler une certaine chanson des Rita Mitsouko…

En effet ! J’étais censée m’appeler Georgia en référence à la chanson de Ray Charles mais mes parents ont trouvé qu’il y avait trop de G. Ils ont ensuite hésité entre Léona et Marcia, puis à l’évocation de ce second prénom, j’aurai souri paraît-il. Et oui, mon prénom est aussi lié à la chanson à celui de la danseuse dont parle la chanson des Rita Mitsouko.

Qu’est-ce qui te démarque de ton père Arthur H, de ton grand-père Jacques ou d’Izia, cette grande famille de musiciens ?

Même si j’ai grandi avec eux, ils ne sont pas mes seules influences et j’ai confiance en mon identité musicale. D’ailleurs ma petite sœur Liouba qui fait de l’hyper pop et du rap est elle aussi dans le circuit. Bref, on est tous des gens singuliers avec chacun nos particularités.

Comment ont-ils réagi à ce premier EP intitulé "Prince de plomb" sorti en mai 2022 ?

Mon grand-père étant décédé et ne connaissant pas beaucoup ma tante Izia, il me restait ma sœur et aussi mon père dont je suis très proche et qui m’a énormément conseillée et encouragée. D’ailleurs c’est quelqu’un de très bienveillant. Alors, on est certes une grande famille mais comme dans toutes les familles, les relations sont parfois un peu compliquées.

À la sortie de cet album justement, tu disais de lui qu’il était le fruit d’une expérience vécue, presque empreinte de douleur. Fallait-il en quelque sorte l’exorciser ?

Oui complètement mais au-delà d’exorciser que je trouve un peu violent, j’aime mieux utiliser le terme transformer.  Transformer une émotion, une expérience ou une énergie en sons est très libérateur et salvateur tant dans les belles expériences que dans les plus traumatisantes.

Car les garder à l’intérieur de soi peut être dangereux, il faut donc que ça sorte d’une manière ou d’une autre. Le plus grand luxe que j’ai pu avoir, c’est d’avoir cette langue mystique qu’est la musique pour pouvoir me libérer d’une expérience douloureuse et passer à autre chose.

La musique comme thérapie donc…

C’est carrément ça ! C’est d’ailleurs le cas pour tous les créatifs, ce n’est pas propre à la musique uniquement. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux et au-delà, j’estime mériter le statut d’artiste que je trouve trop utilisé voire même vulgarisé.

Pendant longtemps, j’ai eu cette impression de prétention car initialement, je souhaitais travailler dans le social. Mais au fil du temps et de mes expériences, je me suis rendue compte que je n’avais pas épaules suffisamment solides pour affronter la misère humaine que ce soit auprès des migrants, des réfugiés, des exilés, des expatriés en grande souffrance.

L’idée n’est pas de se briser d’emblée. Être sur scène ou en studio me fait beaucoup de bien et j’évolue désormais sur un chemin qui me semble juste et vrai.

Avec le recul, ce premier EP correspond-il à la femme que tu es devenue aujourd’hui ?

Je vois davantage ce premier projet comme une étape dans le processus de construction de la femme que je suis devenue. Je ne suis plus la même qu’à l’époque et à la limite, je ne me reconnais même plus dans ces chansons.

À l’image du titre "Dragon, tigre ou loup" qui à la base était une chanson d’amour et avec le recul, je me suis rendue compte qu’elle traitait, sans que je le sache, des dangers de la dépendance affective.

Dans ma propre évolution musicale et personnelle, j’étais obligée de passer par ces étapes de poser les choses, de les assumer pour ensuite passer à l’étape suivante qui est de se transformer soi et de transformer les émotions en chansons qui elles aussi évoluent car sur scène, elles sont forcément différentes de leur version studio.

Et même moi, je ne chante plus de la même façon. Cet EP était donc une étape obligatoire qui m’a beaucoup apporté intimement et professionnellement.

Qu’as-tu à dire au public réunionnais qui ne te connaît pas et qui va te découvrir ?

Je suis au tout début de ma carrière, en présentation et avec peu de moyens, d’où le piano-voix. C’est donc un petit moment intime lors duquel j’espère que le public pourra se retrouver dans l’universalité des thèmes que j’aborde.

Franchement, je viens en toute humilité en espérant être à la hauteur en termes de générosité sur scène, de ce qu’attend un public suffisamment généreux et curieux de découvrir ma proposition artistique. J’espère le toucher autant que l’île que je ne connaissais pas du tout me touche au plus profond de moi-même.

Tes projets pour la suite ?

Je suis toujours sur le gros chantier qu’est ma vie, notamment ma carrière. Je continue donc à écrire et je passe beaucoup de temps en studio à Paris en prévision d’un prochain EP qui devrait si tout va bien, sortir en septembre 2024. Mais dès le début de l’année prochaine, il y aura des singles que je peaufine actuellement.

Marcia Higelin en concert le 28 septembre à Lespas (20h), le 29 au théâtre des Sables (20h) et le 30 au Bisik (20h)

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