Océan Indien par Imaz Press, jeudi 12 octobre 2023 à 06:57

Témoignages et échanges : "Kozé libéré", pour lutter contre le harcèlement scolaire

image description
image description

Le collectif Stop Vif "Protégeons nos enfants" et l’association "Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi" organisaient ce mercredi 11 octobre 2023 un meeting dans la salle Candin à Saint-Denis pour dire "Stop au harcèlement scolaire". Parents, enfants et institutions étaient présents pour échanger, apporter des solutions afin de protéger les victimes et surtout témoigner (photos : sly/www.imazpress.com)

"J’ai 14 ans je veux savoir ce que ça fait de tuer, je tue. J’ai 14 ans, je caillasse des voitures, pour moi c’est un jeu mais je ne sais pas que je peux tuer et pourtant je tue. J’ai 14,15,16 ans peut être plus, je suis harcelé et je me tue. Quel est le soutien apporter à nos jeunes pour éviter l’irréparable ?" a déclaré Jessy Yong Peng, présidente de l'association Ecoute moi, Protège moi, Aide moi (EPA) ce mercredi soir dans la salle Candin en introduction.

Après l'intervention des associations, la parole se libère dans la salle et les victimes s'expriment. Lydie, mère de famille est la première à raconter son histoire. En décembre, elle trouve dans la chambre de sa fille, victime de harcèlement scolaire, une lettre préparée en vue d'un passage à l'acte.

"Aujourd'hui, je souhaite qu'on arrête de fermer les yeux sur la souffrance de nos enfants et le calvaire que l'on vit. Je n'ai pas envie d'attendre que l'irréparable soit commis, je veux qu'on agisse maintenant et que les responsables soient punis" a-t-elle exprimé.

- Un manque d'écoute et d'actions -

"Tu es nulle. Tu ne ressembles à rien. Tu es un singe" voici les insultes que reçoit quotidiennement Loanne, élève de 4ème dans un établissement privé de l'île, en plus des coups. Harcelée depuis la 6ème, elle est allée jusqu'à la tentative de suicide. Aujourd'hui, la jeune fille a dû retourner en cours après son hospitalisation, sans que la situation n'ait changée.

"C'est insoutenable, ma fille est sous traitement médicamenteux car elle est en état dépressif, elle ne mange plus et présente les mêmes signes qu'avant son passage à l'acte" déplore Carine, sa maman. Comme dans la majorité des témoignages exposés lors de ce meeting, elle remet en cause la responsabilité des équipes éducatives et dénonce "un silence total face au harcèlement".

"J'ai alerté et personne n'a rien fait. La direction ne réagit pas" expose Carine finalement reçue par le cabinet du recteur qui s'est dit impuissant face au caractère privé de l'établissement. "Les lois de la République s'arrêtent aux portes du diocèse" dénonce la maman.

- Victime à vie -

"Tout au long de ma scolarité, j'ai été insultée, frappée, je me suis faite cracher dessus" témoigne Laurine*. Elle aussi estime que l'équipe éducative n'a pas été assez à l'écoute. À l'époque, elle finit par en parler à la CPE de son établissement qui l'aide à lutter contre son harcèlement scolaire.

Aujourd'hui âgée de 22 ans, elle en subit encore les conséquences. "Je me dévalorise beaucoup, j'ai fait de nombreuses dépressions et j'ai un sentiment de solitude. Je suis maintenant maman d'une petite fille, et je me demande comment protéger mon enfant" ajoute-t-elle.

Même si Laurine* salue les mesures récentes annoncées par le gouvernement, elle estime qu'il reste encore beaucoup à faire. "J'attends que les jeunes ne soient plus seulement confrontés à l'Éducation nationale qui leur fait peur et qu'aux psychologues qui sont débordés. J'attends que même les adultes, victimes toute leur vie, soient accompagnés" a-t-elle conclu.

Des élus ainsi qu'un membre de la police étaient présents lors de ce meeting. Des référents de l'Education nationale ont également assisté aux prises de paroles. L'ensemble des échanges seront remontés à l'Académie de La Réunion.

Début septembre, des victimes avaient déjà pris la parole à Saint-Denis à l'occasion de la présentation d'un projet d'application péi gratuite,pour sensibiliser les enfants aux violences et notamment au harcèlement à l'école et cyber-harcèlement.

Pour rappel, un enfant sur huit est concerné à La Réunion. Un chiffre qui serait bien loin de la réalité pour les associations qui affirment que certaines familles et enfants victimes n'osent pas en parler.

- Un plan interministériel de lutte contre le harcèlement à l'École -

Le mercredi 27 septembre, le gouvernement présentait justement son plan de lutte contre le harcèlement scolaire après une série de drames survenus dans l'Hexagone. À cette occasion, plusieurs mesures avaient été annoncées :

- Saisine automatique du parquet en cas de signalement -

Les procureur de la République seront "systématique" saisis en cas de signalement de harcèlement. "Notamment grâce à une plateforme dédiée entre l'Éducation nationale et la Justice. Je souhaite également une saisine systématique des procureurs pour les plaintes", a précisé Elisabeth Borne.

- 3018, numéro de téléphone unique pour dénoncer le harcèlement -

Actuellement dédié au cyberharcèlement, le 3018 sera désormais le numéro unique de signalement de tous les harcèlement y compris donc pour les faits commis dans le cadre scolaire .Un bouton de signalement va être installé sur tous les réseaux sociaux pour renvoyer vers la plateforme.

Jusqu'à présent le 3020 était dédiés aux familles et victimes, et le 3018 spécifiquement sur le cyberharcèlement)

- Changement d'établissement pour les élèves harceleurs -

Dans les cas les plus graves, le changement d'établissement d'un élève harceleur pourra être prononcé après intervention des équipes académiques.

- "Exclure les élèves harceleurs des réseaux sociaux" -

Elisabeth Borne veut permettre d'"exclure les élèves harceleurs des réseaux sociaux", afin de lutter contre le cyberharcèlement. Elle n'a pas donné de précision sur cette mesure mais a indiqué qu'elle sera  intégrée aux "dispositions actuellement débattues au Parlement, dans le cadre du projet de loi pour réguler et sécuriser l’espace numérique".

- Une "confiscation définitive" du téléphone portable -

Au cours de la conférence de presse de la Première ministre, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a annoncé que les juridictions pour mineurs pourront désormais déclencher la "confiscation définitive" du téléphone portable dans les cas de cyberharcèlement. Dans "les faits les plus graves", cette saisie serait "automatique", notamment si le téléphone portable a "servi pour commettre les faits de harcèlement", a précisé le Eric Dupond-Moretti.

- Des cours d'empathie à partir de janvier 2024 -

Le ministre de l'Education nationale, Gabriel Attal, a annoncé la généralisation dans "le cursus scolaire" de "cours d'empathie" à partir de la rentrée 2024 sur le modèle de ce qui se pratique par exemple au Danemark. "Dès la rentrée de janvier 2024, il y aura chaque semaine des cours d'empathie dans au moins une école pilote par département", a promis le ministre.

- Un questionnaire pour les élèves du CE2 à la terminale -

À partir du 9 novembre, un questionnaire va être remis à tous les élèves du CE2 à la terminale pour libérer la parole et repérer des signaux de harcèlement.

- Une "cellule dédiée au harcèlement" dans chaque académie -

Gabriel Attal a annoncé l’ouverture d’une "cellule dédiée au harcèlement" dans chaque rectorat.

Le ministre de l’Education nationale a précisé qu’il concernerait "plusieurs personnes dédiées et formées à 100 % sur la question du harcèlement". Ces personnes se se déplaceront au sein des établissements scolaires" afin d'apporter des solutions aux cas de harcèlement et de "mettre plus d’humain dans les académies".

Lire aussi - Harcèlement scolaire : une cellule dédiée sera créée dans chaque rectorat

www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

mots clés de l'article : société , Actus réunion

Ces articles pourraient aussi vous intéresser