Océan Indien par Imaz Press, vendredi 14 juin 2024 à 16:37

[VIDÉOS] Ultime réunion en préfecture : BTP : le préavis de grève levé, une charte proposée par les donneurs d’ordres

image description
image description

Ce vendredi 14 juin 2024, a eu lieu la réunion de la dernière chance, la réunion des derniers accords, mises au point entre les différents acteurs du bâtiment. Au début prévue à la Chambre de commerce et d’industries, c’est à la préfecture que ce que les syndicats appellent "la réunion de crise" a eu lieu. Une réunion annoncée il y a deux semaines par le préfet de La Réunion pour tenter de sortir de la crise. Finalement, le préavis de grève est levé, et une charte a été proposée par les donneurs d’ordre (Photo d’illustration www.imazpress.com)

"Là aujourd'hui on ne peut pas dire qu'il n'y a pas eu d'avancées", lance Maximin Hoarau de la CGTR. "Une charte a été proposée avec une prise de considération des demandes faites et des problématiques des chantiers."

"Des budgets ont été mis sur la table et même au niveau de l'État, un comité de suivi va être mis en place pour suivre et s'assurer que tout ce qui a été engagé soit fait", ajoute le syndicaliste.

Maximin Hoarau qui se dit satisfait car cela "va permettre aux entreprises d'avoir un bol d'air". Mais attristé par le fait "qu'il faille faire un mouvement pour qu'on en arrive là et que les politiques se mettent au travail.

Même satisfaction pour Johnny Lagarrigue de la CFDT. "Le ressenti est positif mais le travail continue."

Idriss Macoral parle lui au nom de Force Ouvrière. "Pour nous c'est une victoire mais on dit tout de même aux patrons de faire attention aux salariés. Les salariés se sont la base. Ce sont eux qui font vivre l'entreprise."

Pour le patronat, "on constate que tous les acteurs de la filière et le territoire ont oeuvré ensemble pour la filière". "Les donneurs d'ordres ont réussi en 10 jours à décliner un plan d'action stratégique avec des mesures concrètes", souligne Anthony Lebon.

Lire aussi - Charte d’engagement en faveur de la filière du BTP

- Plusieurs millions mis sur la table -

Listant les avancées, Anthony Lebon explique que "10 millions d'euros de la Région vont sortir de suite en bons de commandes et appels d'offres". "20 millions du Département que sortent de suite également.".

De plus "l'État a fait un effort avec 40 millions d'investissements qui va générer 80 millions d'euros, 5 millions pour les bailleurs".

En tout, c'est "pas loin de 146 millions d'euros qui vont permettre de couvrir un mois de chiffre d'affaires du BTP", ajoute Anthony Lebon.

Fabrice Hoarau de la Région, évoque les propositions déjà faites il y a quinze jours. "La Région est arrivée avec des propositions améliorées. Nous partons sur des éléments concrets et avons travaillé pour enrichir notre proposition."

Donc "on a 41,6 millions de décision modificative qui viennent enrichir le panel que l'on peut apporter pour le BTP".

Pierrick Robert, président de la CCI le dit : "il y a eu une vraie prise de conscience de la situation et aujourd'hui on a travaillé ensemble avec de bonnes perspectives et avancées concrètes".

La CAPEB se félicite "de la fin du mouvement social dans le BTP entamé le mois dernier par les représentants de l’industrie du BTP et les fédérations de salariés, lesquelles n’ont pas manqué de préciser à leurs partenaires, dans l’assemblée, le respect de leur engagement en matière de paiement des jours de grève.".

"Nullement elle a ignoré les embarras et la frustration des entreprises dépendantes de la commande publique devant ce que l’on peut appeler un manque de visibilité en matière de marchés. Même si ce mouvement social n’était le nôtre, même si la CAPEB a très peu communiqué ce sujet, elle n’est pas restée insensible aux remontés de terrain collectées depuis plusieurs mois et elle a fait sienne les inquiétudes et doléances des entreprises adhérentes" indique le syndicat patronal.

"Ainsi, dès l’an passé et à plusieurs reprises cette année, au cours des différentes rencontres avec les acheteurs publics et l’Etat, elle a eu l’occasion d’appeler leur attention sur la gravité de la situation".

Cyrille Rickmounie, président de la CAPEB, tient à "remercier M. le Préfet et ses services, les collectivités locales, dont la Région et le Département, et les bailleurs sociaux pour leur engagement en faveur de la profession offrant ainsi à celle-ci une vraie visibilité sur le second semestre 2024 de plus de 503 M€ de travaux sur la période de juin à décembre".

Il salue "la méthode et la gouvernance générale pour assurer un dialogue permanent jusqu’à la fin de l’année avec l’ensemble des différentes parties prenantes sur des sujets importants tels que les chantiers bloqués, les offres anormalement basses, les délais de paiement et la visibilité de la commande privée".

- La réunion de la dernière chance -

"On attent qu'il y ait des choses concrètes qui soient pris, en tout cas les engagements du préfet et les donneurs d'ordres", déclarait Maximim Hoarau de la CGTR en amont de la réunion.

C'est le 31 mai qu'a eu lieu la dernière réunion à la CCI entre les différents acteurs. D'un côté l'État, la Région, le Département, de l'autre les bailleurs sociaux et encore de l'autre le patronat et les syndicats.

Il était d'ailleurs convenu au début que ce serait cette réunion-là qui déboucherait sur un accord. Il n'en fut rien.

Au bout de plus de quatre heures de discussion, aucune signature entre les parties, pas d'entente.

Toutefois, les syndicats ont tenu à saluer "la prise de conscience" de la situation critique du BTP.

Lire aussi - BTP: pas d'accord trouvé entre les acteurs de la filière, la concertation va se poursuivre

Lire aussi - Toute la filière bâtiment et travaux publics en réunion à la chambre de commerce

- Quelques avancées… mais pas encore suffisantes -

À l'issue de ces longs échanges, la Région et le Département ont apporté un premier élément de réponse au BTP.

La Région Réunion a annoncé "faire un pic dans les mois qui viennent des accords-cadres", a déclaré Fabrice Hoarau. Des accords-cadres qui permettent de raccourcir les délais.

De plus, "une proposition de modification justificative sera votée le 28 juin lors de l'Assemblée plénière pour apporter 41,6 millions d'euros d'investissement dont 27 millions pour les routes, 7 millions pour le bâtiment et le reste pour les bâtiments de la collectivité".

Une somme à ajouter aux 307 millions d'euros d'investissements votés déjà par la Région, hors NRL.

Fabrice Hoarau explique également "on a travaillé sur la mise en place de procédures simplifiées pour les marchés de moins de 100.000 euros et nous avons répertorié 48 opérations pour 3,5 millions d'euros dans la semaine qui viennent".

De son côté, le Département a annoncé débloquer 20 millions d'euros, passant de 104 à 204 commandes publiques. Cela concerne les travaux des routes, des collèges ou encore de l'agriculture.

"Il n'est pas facile de piloter ces dossiers. Nous sommes conscients des difficultés des entreprises", a déclaré Cyrille Melchior.

Reste les bailleurs pour lesquels les syndicats "attendent un redémarrage des chantiers".

"C'est loin d'être fini"", avait souligné Anthony Lebon de la FRBTP.

"On est dans une situation d'urgence pour l'emploi et les entreprises", a-t-il dit. "Ce qui va être décisif c'est si les mesures se font dans un temps court pour passer ce creux d'activité." "Il faut des mesures urgentes et exceptionnelles", abonde-t-il.

Les organisations prévenant que la mobilisation reste suspendue aux décisions qui leur seront apportées lors de la cette réunion du 14 juin.

Lire aussi - BTP: pas d'accord trouvé entre les acteurs de la filière, la concertation va se poursuivre

Lire aussi - Toute la filière bâtiment et travaux publics en réunion à la chambre de commerce

- Peu de chantiers, matériaux chers, entreprises défaillantes, licenciements… -

Inflation, surcoût des matériaux, baisse des chantiers, entreprises en difficulté, difficultés d'approvisionnement… tant de facteurs fragilisent la filière du BTP.

Et pour cause. "Les importations de ciment ont baissé de 39%, les locations de grues de 32%", détaille Pierrick Robert. "Les coûts de construction ont augmenté de plus de 30%. Par exemple le prix de la tôle est de 21 euros, alors qu'avant il était de 14 euros", recense Jean-Paul Narayanin.

Le nombre de démarrage de chantier "baisse lui de 30%", précise la CCIR.

En 2023, on estime à 7.100 le nombre logements autorisés à la construction à La Réunion. Comparé à 2022, ce chiffre indique une diminution de 9%, selon les données de la Cellule économique du BTP de La Réunion (CERBTP).

Tous les logements mis en chantier sont en baisse que ce soit pour les logements individuels -kaz atèr-, (-9,3%), les logements individuels groupés (-5,1%) et les logements collectifs et en résidences (-11,6%).

Dans le social, au 4ème trimestre 2023, 391 logements sociaux ont été démarrés et 1.002 ont été livrés. Les démarrages de chantier se contractent de 30,8% en un trimestre et chutent de 54,3% en un an. Quant aux livraisons de logements sociaux, elles progressent de 14,6%.

Des logements en baisse, qui découlent d'une baisse d'activité de la filière BTP à La Réunion.

À La Réunion, l'effectif salarié de la filière bâtiment est de 19.681 personnes selon les chiffres de la Caisse de congés payés du BTP, arrêtés en mars 2024. Une baisse de 2,2% comparée à mars 2023, alors que l'année passée, le secteur du bâtiment employait en moyenne, 20.170 salariés, selon les données de 2023 enregistrées par la CERBTP.

Ces salariés sont employés par près de 4.200 entreprises.

Selon les données de la CERBTP, 277 de ces sociétés étaient en situation de défaillance en 2023. Une hausse de plus de 61% sur un an. "Une défaillance d'entreprise qui a fortement augmenté depuis 2020, avec une accélération en 2022", précise Pierrick Robert.

Il reste que 94 de ces entreprises en difficultés ont fermé définitivement au 4ème trimestre 2023.

Lire aussi - Peu de chantiers, matériaux chers, entreprises défaillantes, licenciements : le long chemin de croix du BTP

Lire aussi - Si nous ne nous battons pas pour notre filière BTP, nous perdrons les moyens de construire La Réunion de demain

- Une crise qui dure depuis trop longtemps déjà -

"À l'époque, les acteurs invoquaient des mises en chantier en retard, la mise en place d'un nouveau protocole de garantie d'emprunt… mais depuis 2025, il y a une baisse générale des mises en chantier qui est la conséquence d'une programmation plus réduite", souligne la Capeb, évoquant seulement 1.950 mises en chantier en 2019.

Si l'on avait pu croire – à tort – que cette crise est récente, elle dure en fait depuis des années.

"La FRBTP a alerté (les pouvoirs publics - ndlr) à plusieurs reprises ces dernières années sur les conséquences de ces différents éléments conjoncturels" note Anthony Lebon de la FRBTP.

Plusieurs demandes avaient été clairement exprimées encore le 7 février dernier par le président de la fédération patronale à savoir la mise en place d'avances de démarrage de 30 % pour tous les marchés publics. La deuxième, pour la rentabilité des entreprises avec l'entrée de la filière en secteur de compétitivité renforcée.

Anthony Lebon le martelait, "nous n’avons pas arrêté d'alerter l'État et l'ensemble des acteurs politiques locaux sur la crise majeure que rencontre notre secteur, mais nous n’avons rien obtenu depuis longtemps".

Les raisons sont multiples : "coût excessif du foncier, inflation du coût des matériaux, absence d'ouverture de carrière de roches alluvionnaires, crise de l'insuffisance financière", liste la Capeb.

Tout cela mis bout à bout rend "les entreprises de plus en plus précaires et vulnérables avec des taux bancaires élevés, des difficultés pour la profession de basculer dans les grandes mutations du fait de sa dépendance aux fonds publics, la timidité de certaines communes à engager des travaux sur leur territoire", poursuit Raymond Vaitilingom, le secrétaire général.

"Tout cela était prévisible. Depuis l'année dernière les choses trainent. On savait que ça allait bloquer", lance Jean-Paul Narayanin.

www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

Ces articles pourraient aussi vous intéresser