Océan Indien par Imaz Press, mardi 16 avril 2024 à 15:54

Deuxième jour d’audience : Tribunal de Saint-Denis : les méthodes de recrutement de la Région, sous la présidence de Didier Robert, sur la sellette

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Depuis ce lundi 15 avril 2024, 11 prévenus et leurs avocats défilent à la barre du tribunal de Champ-Fleuri à Saint-Denis. Onze personnes dont le principal mis en cause est Didier Robert, ex-président de la Région Réunion. L’ex-élu et plusieurs de ses collaborateurs sont jugés dans le cadre de l’affaire des embauches supposées fictives au cabinet de Région. Tout au long de cette première journée de procès les avocats de la défense ont mis en cause l’impartialité des enquêteurs dans cette affaire, les accusant "d’avoir enquêté à charge" Suivez notre direct (Photo rb/www.imazpress.com)

19:40

L'audience est levée, elle reprendra demain à 8h

Merci de nous avoir suivis, à demain

18:51

Ismaël Aboudou commence a témoigner

Il fond en larmes et s’exprime entre deux sanglots : "J’ai tout donné pour La Reunion, je ne peux pas accepter que l’on dise que j’avais un emploi fictif, ce n’est pas vrai. Cela fait trois ans que mon nom est dans les journaux. Assez !" s'exclame-t-il.

Sa voix reprend de l’assurance et il lance : "Monsieur le président Didier Robert, Monsieur Vincent Bègue sont des personnes honnêtes. J’ai été embauché légalement, je travaillais, je n’avais pas d’emploi fictif"

Ismaël Aboudou continue de témoigner : "je tenais à sortir le projet Guetali, j’ai tout fait pour. L’administratif ralentit beaucoup les choses à la Région. Je n’ai pas voulu rentrer là-dedans il fallait faire avancer les choses, je l’ai fait, j’ai fais bouger les lignes en accord avec Monsieur le président et Monsieur Bègue."

"Même si j’ai été mis à l’écart j'ai continué. Aujourd’hui le Guetali fonctionne bien et fait manger les artistes."

"Je ne me suis pas occupé que du Guetali, mais de plusieurs autres projets" affirme-t-il, énumérant plusieurs actions et événements. "Et la on me dit : Aboudou ou té grat out ki la Région ! Si c’était vrai je serais resté assis toute la journée, je ne l’ai pas fait ! Mais mon travail ne consiste pas à envoyer des mails mais à aller sur le terrain !  C’est la que je dérange et on m’attaque sur mes origines (faisant allusion à sa mise à l’écart ; ndlr) ces gens me font pitié !"

Ismaël Aboudou relate longuement et avec virulence ses déboires avec l’un des directeurs à la culture de l’époque. Il est question de vexations, de prises à partie venant de la personne qu’il met en cause.

"Vous n’avez pas parlé de ce comportement à Monsieur Ahmed, le DGS, qui est né à Mutsamoudou (à Anjouan aux Comores ; ndlr)…" débute le président, interrompu par Maître Creissen qui lui coupe la parole sèchement. "Je demande une suspension d’audience ! Vous venez de faire une allusion à l’origine !" s'exclame-t-il.

"Non mais dites donc vous !" répond le président. Maitre Creissen quitte la salle d’audience.

"Partez si vous voulez ! Je m’explique, Monsieur Aboudou, Monsieur Mohamed est né aux Comores, vous dites avoir été mis à l’écart en raison de vos origines, vous n’en avez pas parlé avec lui" continue le président.  "Si j’en ai parlé" répond Ismaël Aboudou.

Maître Creissen revient dans la salle d’audience pour prendre ses affaires et sort en lançant "je pars, c’est insupportable ici".

"Ah l’apéro, ce soir, c’est à 19h30" lance le président, faisant allusion à l’accusation lancée par Maître Creissen lundi soir disant "ce n’est pas parce que c’est l’heure de l’apéro qu’il faut bâcler l’audience".

 

17:50

L'audience reprend avec à la barre des témoins de la défense d’Ismael Aboudou

Entendue à la demande de la défense, l’assistante d’Ismaël Aboudou affirme : "je le voyais tous les jours, je gérais son planning, je prends ses rendez-vous, mais je ne maîtrisais pas le fond ni le suivi des projets. Par exemple je sais qu’il y avait le projet de monter un festival de spectacle vivant intitulé Guetali. Je n’ai pas suivi le projet mais je sais qu’il a bien fonctionné puisque c’est maintenant la 4ème édition de ce festival Guetali"

"On nous a évoqué dans le dossier qu’à un moment il y a eu une placardisation de Monsieur Aboudou" avance le président. 

"Oui c’est vrai, il a été mis à l’écart" affirme la témoin.

"Vous connaissez la raison de cette mise à l’écart ?" demande le président. "Non pas du tout, je sais que l’élu a la culture ne pouvait pas le voir mais je ne sais pas pourquoi" explique-t-elle.

"Monsieur Aboudou a dit aux enquêteurs qu’il était les yeux et les oreilles de Didier Robert sur la tenue de certains événements culturels, que savez-vous de cela ?" interroge le président.

"Il s’agissait de faire remonter des informations" affirme la témoin.

"Savez-vous comment Monsieur Aboudou gérait son travail à la Région, la gestion de son école de danse et l’écriture de ses livres ?" demande la procureure.

La témoin répond : "de mémoire c’est son épouse qui gère l’école de danse, on  parlait rarement de cela".

Au début de l’enquête, "le directeur de cabinet vous a demandé de rassembler les preuves de l’activité de Monsieur Aboudou. Vous avez dit l’avoir fait. Cela représentait quel volume (de documents) ?" interroge par ailleurs la procureure.

"Environ cinq cartons avec beaucoup de panneaux et de maquettes concernant l’événement Guetali" répond la témoin.

"L’un des directeurs à la culture de la Région a indiqué aux enquêteurs qu’il n’a jamais pris part à aucun projet hormis le Guetali et il n’a jamais manifesté un grand intérêt pour les projets. Ce même directeur a indiqué aux enquêteurs que le travail fourni par Monsieur Aboudou sur le projet Guetali n’était pas satisfaisant" avance la procureure.

"Effectivement le projet a été retiré à Monsieur Aboudou et confié à une autre personne. Il l’a très mal vécu" affirme la témoin.

La témoin est interrogée par l’une des avocates de la defense : "comment expliquer la mise à l’écart d’Ismaël Aboudou. On a évoqué du racisme ?"  Elle répond : "je ne parlerais pas de racisme, je dirais que Monsieur Aboudou gênait, c’est un artiste, il ne fonctionnait pas comme nous".

 

17:22

L’audience est suspendue pour 15 minutes

16:37

L'audition d'Alfred Ablancourt se poursuit

L’avocat d’Alfred Ablancourt, Maître Gabriel Odire, lui demande : "Les enquêteurs ont dit que votre travail pouvait parfaitement été fait par les six secrétaires de l’antenne. Savez-vous si ces personnes ont été entendues par les enquêteurs et faisiez-vous le même travail qu’elles ?"

Son client a répondu "non elles n’ont pas été entendues et non je ne faisais pas le même travail qu’elles".

L’avocat poursuit : "la réception du public, la remontée des informations, les interventions après des élus faisaient partie de votre fiche de poste ?"

"Oui absolument" a répondu le mis en cause.

"Donc votre fonction était à mi-chemin entre l’administratif et le politique. Cela correspond à votre parcours qui a toujours été celle d’un agent de proximité proche du cabinet", demande-t-il.

"Oui exactement", répond à nouveau Alfred Ablancourt.

Les trois témoins cités par Alfred Ablancourt confirment que ce dernier "était tous les jours à son bureau à partir de 5h du matin et au moins jusqu’à 17h, sauf lorsqu’il devrait se rendre à des réunions dans les locaux de la Région à Saint-Pierre ou à Saint-Denis".   L’examen des faits pour Alfred Ablancourt est terminé.

 

16:00

C’est au tour d’Alfred Ablancourt de témoigner

Il rappelle son parcours, d’abord salarié de la mairie de Saint-Pierre  sous le mandat du maire communiste Elie Hoarau jusqu’à la défaite de ce dernier en 2001, il a travaillé auprès de plusieurs élus, notamment Michel Fontaine actuel maire de Saint-Pierre et finalement embauché par Didier Robert

“J’ai rencontré Monsieur Robert, il m’a proposé un poste je l’ai accepté. J’ai ensuite été reçu par par Vincent Bègue pour finaliser mon embauche" explique-t-il.

"Les enquêteurs ont souligné que vous avez travaillé auprès de différents hommes politiques (de différentes sensibilités politiques - ndlr)" souligne le président.

"Je ne regarde pas les étiquettes politiques" répond Alfred Ablancourt.

"D’ailleurs vous avez aussi travaillé avec la nouvelle majorité régionale (celle d’Hguette Bello - ndlr)" note le président. "Que faisiez vous à votre poste où vous perceviez un salaire de 4.800 euros brut ?" interroge-t-il.

"Je recevais plusieurs dizaines de personnes par jour, je les aidais dans leurs différentes démarches d’insertion et dans le montage de leur dossier de leur demande d’aides. Je transmettais aussi des dossiers à la hiérarchie. Les enquêteurs n’ont pas trouvé de documents concernant ce travail puisqu’ils ont perquisitionné les locaux de la Région à Saint-Pierre et non pas Saint-Joseph où se trouvait mon bureau" explique le témoin.

"Comment votre contrat a été renouvelé ?" demande le président. "A la suite d’un entretien avec Vincent Bègue" répond Alfred Ablancourt.

"Votre fiche de poste dit que vous étiez chargé de la mise en œuvre de la stratégie de la Région, notamment en ce qui concerne le développement des grands projets du grand sud. Lorsque vous avez été interrogé les enquêteurs ont retenu que vous avez eu beaucoup de mal à expliquer vos fonctions" déclare le président.

Maître Creissen, avocat de Didier Robert se lève et lance au président “pourquoi vous ne dites pas que sur de fiche de poste il est écrit que Monsieur Ablancourt est chargé de recevoir le public et d’informer sa hiérarchie. Vous avez une lecture partial du dossier Monsieur le président".

L'avocat ajoute : "Monsieur le président vous essayez de faire preuve d’impartialité mais vous vous basez sur un PV de synthèse des enquêteurs qui est une foutaise finie. Il faut dire que Monsieur Ablancourt n’était pas chargé d’élaborer des grands projets, il était là pour apporter de l’aide à la population et créer un lien de proximité entre les personnes et la collectivité".

15:15

Pour rappel, voici les 11 personnes à la barre

Présentés au tribunal : Didier Robert. L'ex-président de Région est poursuivi pour soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou un de ses subordonnés. Il est également accompagné de son ex-premier vice-président, Jean-Louis Lagourgue et son ancien directeur de cabinet, Vincent Bègue.

Huit autres personnes sont poursuivies dans cette affaire présumée d'emplois fictifs :

- Alfred Ablancourt poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

- Ismaïl Aboudou poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

- Vincent Bègue poursuivi pour complicité de soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou un de ses subordonnés

- Yves Ferrières poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

- Yannick Jacques Gironcel poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

- Jean-Louis Lagourgue poursuivi pour complicité de soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou un de ses subordonnés et pour prise illégale d'intérêts par un élu public dans une affaire dont il assure l'administration ou la surveillance

- Jean-Charles Maroudé poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

- Sabrina Ramin est poursuivie pour recel de bien provenant d'un délit

- Didier Robert poursuivi pour soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou un de ses subordonnés

- Ravy Alexandre Vellayoudom poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

- Jean Yoland Velleyen poursuivi pour recel de bien provenant d'un délit

15:13

Maître Rapady, avocat de Vincent Bègue ex-directeur de cabinet, s’adresse à Mohamed Ahmed   "Vous nous dites que le rattachement de certains services au cabinet a fait l’objet d’un arrêté, dans la procédure nous n’avons trace de cet arrêté". Le témoin ne commente pas.   "Je dis simplement que j’ai une une divergence juridique avec la CRC et je ne suis pas d’accord avec la qualification de ces emplois (qualifiés de fictif par la chambre - ndlr), il y a eu arrêté autorisant le recrutement par le cabinet, cet arrêté n’a jamais été contesté"   L'audience est suspendue 15 minutes

14:05

Mohamed Ahmed poursuit : "J’ai l’impression que mon administration a été fortement mise en cause par le CRC"

"J’ai entendu dire ici que les actes signés n’étaient pas légaux, à chaque fois que nous avons eu des remarques et des observations de la part du contrôle de la légalité, nous avons immédiatement mis en œuvre les dispositions qu’il convenait de prendre. Je conteste vraiment les mises en cause de CRC concernant le manque de compétences des services administratifs de la Région" ajoute-t-il.

Il insiste ensuite une nouvelle fois sur le cloisonnement entre les services qu’il gérait et ceux gérés par le cabinet.

“J’ai bien compris rassurez-vous“ lui dit le président.

Mohamed Ahmed souligne en réponse à une question du président  “à chaque fois que la DRH émettait une alerte sur une proposition de contrat d’embauche, par exemple sur le dépassement de certains délais ou autre, la DGS confirmait cette alerte avant de transmette le parapheur (à l’élu pour signature - ndlr)".

Le président questionne ensuite : “le directeur du musée de Saint-Benoît a fait une alerte concernant Madame Sabrina Ramin en disant que son recrutement a été imposé par exemple, qu’en pensez-vous ?"

Mohamed Ahmed : "Je n’ai pas de souvenir de ces alertes".

La procureure interroge maintenant le témoin : "ce matin Messieurs Nicole et Patel nous ont dit, "il y a des candidats qui ont été choisis par le cabinet, rémunérations et fonctions décidées et envoyer à la DRH pour finalisation du contrat". Avez-vous reçu des alertes de la DRH concernant ces contrats ?"

"Je n’ai pas souvenir de signalements graves empêchant la finalisation" répond Mohamed Ahmed. "Pouvez-vous nous dire si le cabinet a imposé un emploi, une personne, un salaire à un service qui ne l’avait pas demandé ?" interroge la procureure. "Je n’ai pas souvenir de cela" répète le témoin.

"Vous avez dit aux enquêteurs, je ne contrôlais rien de ce qui se passait au niveau du cabinet" rappelle la procureure. "Je le redis, nous n’avions pas à nous prononcer sur ce qui se passait dans des services qui ne dépendaient pas de nous, cela a été acté par des arrêtés" répond Mohamed Ahmed.

Le témoin se plaint à nouveau : "j’ai été mis en cause, mes services ont été mis en cause et insultés, je suis profondément peiné". "Personne ne vous a insulté" répond la procureure.   L’avocat de la partie civile, la Région en l’occurrence, prend la parole : "nous avons bien sûr un grand respect pour les administratifs et pour vous, nous ne sommes pas dans une démarche politique nous cherchons simplement à savoir si des faits délictuels ont été commis".  

 

13:42

L’audience reprend

Après la pause méridienne, l'audience a repris du côté du tribunal de Champ-Fleuri.

Mohamed Ahmed, ancien directeur général des services de la Région au moment des faits, est appelé à la barre en tant que témoin. L'homme fut employé en tant que DGS depuis 2011 à la Région.

"Je suis très content d’être là, pour m’expliquer sur ce qui est reproché", dit-il. "Monsieur Didier Robert a travaillé pour La Réunion avec une grande loyauté."

Le président répond ironiquement : "Vous êtes sans doute peu nombreux à être heureux d’être là aujourd’hui."
"Je pense qu’il y a des erreurs dans le rapport de CRC. Quand le président a décidé de rattacher une partie des services administratifs au cabinet, il l’a fait en toute légitimité, comme cela s’est fait dans d’autres collectivités dans l’Hexagone. Il y a eu un arrêté qui a été pris pour cela. Il n’y a pas eu de recours devant le tribunal administratif et la décision est passée sans encombre au contrôle de la légalité" déclare Mohamed Ahmed.

"Si les services administratifs sont rattachés au cabinet, il relève de l’autorité du directeur de cabinet. Je ne suis pas en train de le défausser, j’expose la réalité. Pour les recrutements pour les services dépendant de la DGS nous mettions en œuvre la procédure. Nous n’avions pas à le faire pour les services qui ne dépendaient pas de nous. Ce n’est pas me défausser en disant que je n’ai pas participé ni de près ni de loin aux recrutements dans ces services, je ne fais que me référer aux actes administratifs indiquant qu’ils n’étaient pas placés sous l’autorité de la DGS" ajoute-t-il.


 

12:22

L'audience est suspendue.

10:48

L'audition du témoin se poursuit

La procureure, Véronique Denizot, interroge maintenant le témoin. "Vous avez indiqué aux enquêteurs que malgré les alertes émises par les services, ces embauches étaient quand même faites. Vous confirmez ces propos ?"

Afza Patel : "oui, au-delà des alertes écrites, il y a eu des alertes verbales. Ces alertes portaient notamment sur le niveau de rémunération."

La procureure poursuit : "effectivement vous avez indiqué que concernant les embauches demandées par le cabinet, le niveau de rémunération était directement indiqué. Par ailleurs vous avez aussi déclaré que des renouvellements de contrats ont été faits malgré les alertes des services".

Afza Patel confirme. "Nous avons fait des alertes et (de plus) nous apposions des postites d’alerte dans le parapheur transmis à l’élu et contenant le contrat de renouvellement. Lorsque le recrutement était fait malgré ces alertes nous en prenions acte."

La procureure : "vous avez également dit aux enquêteurs que la compétence pour la signature des contrats était concentrée dans les mains des élus. Vous avez précisé que sous les précédentes présidences (celles de Paul Vergès - ndlr), d’autres personnes avaient la délégation de signature pour les embauches. Vous avez ajouté que les services administratifs n’avaient aucun pouvoir en matière de recrutements".

Afza Patel confirme une nouvelle fois. "Précédemment le directeur général des services avait la délégation de signature, ce n’était plus le cas. Et à mon niveau je n’avais aucun pouvoir."

La procureure poursuit : "Vous avez dit aux enquêteurs : il s’agit clairement d’un mode de gouvernance assumé par Monsieur Didier Robert, vous maintenez ces propos."

"Je les maintiens", répond Afza Patel.

10:14

L'ancien DRH présent lors des faits témoigne

Après une interruption de quelques minutes, l'audience a repris au tribunal de Champ-Fleuri.

Afza Patel - DRH à la Région à l’époque des faits - témoigne.

Le président rappelle qu’il a été entendu par les enquêteurs en décembre 2021 sur les contrats des huit salariés mis en cause dans les poursuites pour emploi fictif supposé.

"Ce sont des agents qui ont été recrutés en tant que conseillers techniques tel que décidé en assemblée plénière", commence Afza Patel. "Ils étaient sous la responsabilité du directeur de cabinet."

"Les services de la DRH étaient destinataires des choix effectués en amont, sous la responsabilité directe du directeur de cabinet, avec les identités, les salaires, les fonctions... Il revenait à la DRH de finaliser ces emplois."

"Mais nous agissions sur instruction de la hiérarchie qui nous indiquait aussi qu’il fallait renouveler ces contrats par exemple", poursuit le témoin.

Le président déclare : "il y a le cas de Madame Ramin qui selon le directeur du musée de Saint-Benoît était régulièrement absente et qu’il l’avait signalé à la DRH, sans suite".

Interpellation à laquelle Afza Patel répond : "les alertes de managers en matière du comportement de tel ou tel agent nous en avons régulièrement. Nous commençons par rappeler aux managers ce qu’il convient de faire en pareil cas, si le comportement persiste nous intervenons".

"Le directeur du musée de Saint-Benoit dit qu’il n’y a eu aucune réaction de la DRH", signifie le président du tribunal.

"Je suis surpris par cette déclaration", s'étonne le témoin.

Le président à son tour dit : "on peut aussi être surpris par le fait que la DRH n’a pas réagi".

Pour Afza Patel : "au poste qui était le mien, je ne me souviens pas d’une alerte ni d’une formalisation venant du directeur du musée".

Pour le président, "les enquêteurs ont effectué des perquisitions et ont saisi de nombreux documents. Il est relevé que dans un certain nombre de cas (des prévenus - ndlr) il n’y a que très peu d’évaluation et d’entretien".

"Pour les agents contractuels une fiche d’évaluation était systématiquement réalisée par le supérieur hiérarchique de l’agent avant le renouvellement éventuel de son contrat et elle était transmise aux services. Si cela n’était pas le cas, mais c’était rare, il y avait une annotation dans le parapheur transmis pour signature (de l’élu - ndlr)", témoigne Afza Patel.

"Les enquêteurs n’ont retrouvé que très peu de ces documents", rétorque le président.

Afza Patel répond: "la DRH sait parfaitement où se trouvent les fiches d’évaluation etc. Si on ne les a pas retrouvés c’est qu’ils n’existaient pas".

"Qui était soumis à la pointeuse et qui devait pointer ?", demande Stéphane Duchemin à Afza Patel, ancien DRH de la Région au moment des faits.

"Tous les agents étaient soumis à la pointeuse avec des exceptions par exemple pour certains agents de catégorie A (agents de direction, soumis à d’autres règles et obligations  - ndlr)", répondit-il.

"En 2017 - 2018 il y a eu une mise à jour consistant à mettre en place des exonérations de badgeage sur demandes. Il y a eu énormément de demandes. Nous étions dans l’ordre du tiers des agents. Nous avons fait remonter cette information (afin de diminuer le nombre d’exonérations - ndlr)."

 

09:41

L'audition du témoin se poursuit

Après l'avocat de Vincent Bègue, c'est au tour de Maître Creissen, avocat de Didier Robert d'interroger le témoin.

"Quelle est la différence entre un conseiller technique et un chargé de mission", demande l'homme à la robe noire. 

"La notion de conseiller technique est apparue en 2010 à l’arrivée de Monsieur Robert, avant cette date il n’y a dit que des chargés de mission", répondit le témoin.

"Qui a exprimé le besoin d’avoir un chargé de mission auprès du DGS ?", lui demande alors l'avocat.

"Le DGS avait besoin à ses côtés d’une personne ayant en bonne connaissance des agents et de la collectivité", répondu Henri Nicole.

Maître Creissen continu : "tout cela a été bien notifié dans votre fiche de poste, votre poste a fait l’objet d’une déclaration de vacances ?"

Henri Nicole répond : "oui absolument".

09:25

L’avocat de Vincent Bègue, ancien directeur de cabinet, interroge à son tour le témoin

Maître Alain Rapady, avocat de Vincent Bègue, commence par remarquer "si les fiches d’évaluation notamment n’ont pas été retrouvées, c’est parce que l’on (les enquêteurs - ndlr) n'a pas cherché au bon endroit".

Il demande ensuite :"concrètement le contrat est signé où et par qui ?"

Ce à quoi Henri Nicole répond : "on fait toutes les vérifications pour être certain que tous les critères sont respectés. On met le projet d’acte de recrutement au parapheur pour signature".

"Le recrutement se faisait donc sous votre responsabilité ?", questionne l'avocat.

"Nous vérifions la légalité de l’embauche", a répondu l'ex-DRH.

Une réponse sur laquelle rebondit le président du tribunal. "Qui signait le contrat de recrutement ?", dit-il.

Henri Nicole, en baissant la voix, répond : "Jean-Lagourgue".

Le président lance : "Pardon ?"

Henri Nicole, obligé de parler plus fort répète : "Jean-Louis Lagourgue".

08:34

L'ancien DRH témoigne

Henri Nicole, ancien DRH (directeur des Ressources humaines) de la Région témoigne. Henri Nicole était DRH à la Région depuis 1995 mais ne l’était plus au moment des faits reprochés soit entre 2016 et 2021.

"La DRH n’avait pas de lien avec le Cabinet, nous étions en lien avec la DGS (direction régionale des services) qui exprimait les besoins par une note circonstanciée. Par exemple pour les agents à la retraite, de nouveaux projets, il y a alors une déclaration de vacances d’emploi et les entretiens d’embauche étaient lancés".

"Pour les conseillers techniques (dont font partie les prévenus - ndlr) les candidatures pour recrutement nous étaient adressées, de mémoire, par le cabinet", ajoute-t-il.

Le président déclare : "on s’interroge sur la réalité du travail effectué par les prévenus. Concrètement, quel regard vous portez sur cette problématique".

Henri Nicole répond : "Je n’ai pas d’appréciation particulière. Si la question est de savoir si j’étais eu courant de la réalité de ces emplois, je dirais que la gestion des ressources humaines se fait sur la base d’évaluation et d’entretiens annuels notamment".

Les questions du président se poursuivent : "C’est intéressant car justement nous avons beaucoup de documents sur d’éventuels d’entretiens et d’évaluation (avec les mis en cause)".

"Cela ne correspond pas à ma période d’activité à la DRH", insuffle Henri Nicole.

Stéphane Duchemin poursuit : "le directeur du conservatoire de Saint-Benoit dit avoir alerté la DRH du fait que Madame Ramin n’était pas souvent présente à son poste et qu’il n’y a pas eu de réaction de la part des ressources humaines".

"Si le signalement est fait par téléphone, la DRH ne peut pas faire grand chose. Il faut un rapport circonstancié", rétorque l'ancien DRH.

Véronique Denizot poursuit à son tour : "à quoi correspond la logique du recrutement d’un agent alors qu’il n’y a pas de besoin". Henri Nicole déclare: "je n’ai pas de réponse à cette question".

"Lorsque vous avez été interrogé par les endiguées vous avez dit : Le cabinet s’est exonéré de toute la procédure concernant l’embauche vous avez répondu "oui"  vous confirmez cette réponse ?", lui demande la procureur.

"Oui, à partir du moment où la procédure n’est pas respectée", répond le témoin.

08:29

Didier Robert questionné à propos de la procédure de recrutement

Le président souligne : "on a l’impression dans ce dossier que chacun dit ce n’est pas moi c’est l’autre".

Ce a quoi, Didier Robert, agacé et arrogant hausse le ton. "Je n’ai pas l’habitude de me défausser, j’ai été le président de la Région, j’ai été le chef de l’administration, je dis simplement qu’il revenait au DRH et au DGS de procéder aux recrutements".

Le président rappelle à l’ordre Maître Creissen qui souffle les réponses à son client, Didier Robert.

07:56

Le deuxième jour de procès commence

Didier Robert est à la barre. Le président, Stéphane Duchemin lui demande d’expliquer la procédure mise en place par la Région pour le recrutement de ses agents.

"J’ai exercé mes fonctions avec sérieux", déclare le mis en cause. "L'Assemblée plénière a décidé du nombre de personnes à embaucher puis les recrutements sont mis dans le circuit administratif", dit-il.

Didier Robert explique que "c’est le directeur général des services DGS qui a la main sur les recrutements".

Le président lui répond : "Monsieur Bègue votre ancien directeur de Cabinet, dit que c’était vous qui décidiez des embauches. Vous estimez être en contradiction avec cette déclaration ?"

Didier Robert déclare: "Absolument pas".

Le président poursuit ses questions : "le 7 décembre 2021 lorsque vous êtes entendu pour la première fois par les enquêteurs, vous dites : je ne suis intervenu auprès du DRH (directeur des ressources humaines), mais je faisais des propositions de recrutement au DGS. À charge pour lui d’évaluer les besoins. Je suis surpris que vous demandez à recruter des personnes alors que les besoins n’ont pas été évalués, j’aurais pensé qu’il fallait agir à l’inverse : d’abord évaluer les besoins et ensuite recruter, qu’en pensez-vous ?"

De son côté, Didier Robert rétorque : "c’est une erreur de langage, il revenait au DGS d’évaluer les besoins".

Stéphane Duchemin, président du tribunal continu : "par exemple Madame Ramin a été recrutée au conservatoire de Saint-Benoit alors que le directeur a dit qu’il n’y avait pas de besoin sur ce poste".

"Je ne me souviens pas de cela", répond l'ex-président de Région.

07:52

Bonjour à tous,

Merci de nous retrouver pour cette deuxième journée de procès pour Didier Robert et certains de ses collaborateurs au tribunal de Saint-Denis. Depuis ce lundi 15 avril 2024, 11 prévenus et leurs avocats défilent à la barre. Tous sont jugés dans le cadre de l'affaire des embauches supposées fictives au cabinet de Région.

Tout au long de cette première journée de procès les avocats de la défense ont mis en cause l'impartialité des enquêteurs dans cette affaire, les accusant "d'avoir enquêté à charge".

Retrouvez notre précédent live ici.

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