Vers un allègement de la règlementation des échanges commerciaux régionaux

Réunie à la Maison de l’entreprise, une partie des participants à la 14ème édition de la Foire Internationale de Madagascar (FIM) faisait le point il y a quelques jours avec les organisateurs de l’ADIM, l’Agence de Développement et d’Innovation de Mayotte. Il s’agissait de gérer « l’après ».

L’après contacts, et ils furent nombreux. « One Dog a ancré un partenariat commercial sur le thème de la sécurité canine, le Domaine des épices a noué de bonnes relations d’affaires en vendant ses produits autour du spa de l’hôtel où nous étions hébergés, et les retours de Terre de rose sont positifs », égrenait Damir Chanfi, Responsable du Pôle international et Attractivité de l’ADIM.

La délégation mahoraise a été appréciée des organisateurs « pour son groupe soudé, son sérieux, son investissement et l’implication des femmes ». Elles étaient en effet en grande majorité.

« Nous avons noué beaucoup de contacts, et ça peut aller très vite, mais comment faire maintenant ?! », interpelait Némati Toumbou Dani, Domaine des Epices. Car ce n’est pas toujours évident de gérer la suite des évènements. One Dog qui avait eu par le passé une grosse opportunité au Mozambique ne s’y était pas risqué, « il vaut mieux consolider son activité sur place à Mayotte avant de se lancer à l’export, et les liaisons aériennes sont compliquées. Cela se compte en jours pour aller au Mozambique, quand il faut une heure et demie pour Tana. »

Une « course de fond », ça se prépare

Lors du debriefing post-FIM, échanges entre Némati Toumbou Dani, Alexandre Kesteloot (à gauche) et Damir Chanfi et Zoulaya Bounou (à droite)

Partir à l’export représente donc aussi « un risque pour la pérennité de son entreprise. L’international, ce n’est pas un sprint mais une course de fond », mettait en garde Alexandre Kesteloot, Directeur du pôle entreprise de la CCI. Pour accompagner ces aléas, la Maison de l’Entreprise propose des moyens pour renforcer les prestations, « notamment en mutualisant ceux de CCI International avec Business France ».

Dans l’idée de regrouper les compétences, Nemati Toumbou Dani émettait l’idée d’inviter les services phytosanitaires et la Direction du travail à se joindre au groupe : « La législation lourde peut être un frein, et nous avons besoin de maitriser les normes françaises et européennes. Ce serait dommage que nos marchandises restent bloquées quelque part à cause de ça ».

De ce côté, une bonne nouvelle est à attendre, expliquait Alexandre Kesteloot : « Le règlement import-export sur les matières premières va évoluer. En tant que Région Ultrapériphérique de l’Europe, nous étions intégrés à la règlementation européenne, mais à l’avenir, il sera adapté au contexte des RUP tout en respectant les grands axes européens. Nous menons actuellement un travail avec les services de l’Etat sur ce sujet. »

Madagascar mieux reliée à Paris que Mayotte

Une délégation très largement composée de femmes enrepreneurs

Un travail similaire a été mené avec la Direction de l’Agriculture, avec une bonne nouvelle : « Nous pouvons importer certains produits de Madagascar qui respectent cette réglementation européennes ». Alors que jusqu’à présent les normes étaient un frein majeur. Des groupes de travail similaires sont menés avec la Direction des Services vétérinaires, « il ne faut pas hésiter à les intégrer ».

Autre problème paradoxal pour nos exportateurs en herbe mahorais : il est plus facile pour la métropole d’importer depuis Madagascar que depuis Mayotte. A cela, plusieurs raisons détaille Alexandre Kesteloot : « Les entreprises Malgaches qui vendent vers la métropole sont de gros exportateurs qui maitrisent les normes. Il ne faut pas exclure aussi la réglementation pénalisante qui s’applique à La Réunion et Mayotte. Et le fret aérien est plus dense entre Madagascar et la métropole que depuis chez nous. Enfin, les liaisons maritimes sont plus longues depuis Mayotte. »

Importations de marchandises de la région… avant l’accession de Mayotte au statut de RUP en 2014

Ce dernier point contraint aussi les relations commerciales régionales : « Alors qu’il y avait autrefois beaucoup de rotations de boutres, ils ne correspondaient plus à la réglementation maritime en vigueur. Or, ils ne mettaient que 24h entre Madagascar et Mayotte, quand l’organisation des lignes actuelles avec de gros opérateurs, oblige à 30 jours de mer. » Comme d’autres avant eux, les acteurs de l’ADIM et de la CCI travaillent à la mise en place d’une ligne maritime régionale, « nous réfléchissons à un cluster, avec de bons espoirs d’aboutir », indique-t-il.

Les évolutions de réglementation vont peut-être pouvoir débrider les imaginations, et rendre ces projets d’échanges commerciaux maritimes ou aériens, enfin viables.

Anne Perzo-Lafond

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