Réunion par Imaz Press, mercredi 17 juin 2020 à 10:34
104.000 Réunionnais en situation de mal logement

Crise sanitaire : 5 millions d’euros d’impayés aux bailleurs sociaux pendant le confinement

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Pendant les trois mois de confinement, le montant des impayés des locataires a explosé. En l’espace de trois mois, les bailleurs sociaux indiquent avoir cinq millions d’euros d’impayés, tandis que le parc privé a noté une augmentation de 15%. La Fondation Abbé Pierre alerte sur la situation, alors que le nombre d’impayés et d’expulsions ont augmenté ces dernières années. Elle craint aujourd’hui que de nombreuses familles, fragilisées par la crise sanitaire, soient elles aussi visées par des procédures d’expulsion. A cela s’ajoute la problématique du mal logement, qui concerne aujourd’hui environ un Réunionnais sur dix. La fondation appelle donc aujourd’hui à un réel plan social pour mettre fin à cette situation. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre, s'inquiète particulièrement du nombre d'expulsions réalisées en 2018. Cette année-là, la fondation a noté une augmentation du nombre d'assignations au tribunal administratif, avec 1.400 assignations déposées, soit 16% de plus qu'en 2017. 202 concours de la force publique ont été acceptés, c'est-à-dire que le préfet a approuvé ces expulsions, soit 28% en plus que l'année précédente.

Au total, ce sont 72 ménages qui ont dû quitter leur logement en 2018 après intervention de la force publique. "En plus de cela, nous ne sommes pas en capacité de savoir le nombre de personnes qui ont quitté leur logement volontairement car elles avaient peur des poursuites judiciaires, c'est un phénomène massif" alerte-t-il. Selon des estimations, il pourrait s'agir de 150 à 350 ménages qui ont quitté leur logement sans proposition de relogement.

Le rapport de la fondation souligne par ailleurs que la moitié des impayés à la CAF concernait des dettes inférieures à 495 euros.

- La crise sanitaire a empiré la situation -

S'ajoute aujourd'hui à cela les trois mois de confinement, qui ont eu un impact catastrophique sur les familles les plus précaires. "En trois mois, les bailleurs sociaux ont rapporté cinq millions d'euros d'impayés, et le parc privé a noté une augmentation de 15% de ces derniers" souligne Matthieu Hoarau.

Une situation qui, il le craint, va faire exploser le nombre d'expulsion à partir du 15 juillet, date de la fin de la trêve cyclonique. "Pour éviter que les impayés se cumulent, avec un enlisement de la situation et un risque d'augmentation du nombre d'expulsion dans les prochains mois, nous demandons un fond d'urgence national d'aide à la quittance des loyers immédiatement" explique-t-il.

Pour l'heure, la fondation n'a pas reçu de réponse positive. "Rien n'empêche de réfléchir à des solutions locales, notamment avec l'aide de la préfecture et du Département, qui permettraient de résorber les impayés le plus rapidement possible" fait cependant remarqué Matthieu Hoarau.

- 104.000 personnes mal logées -

La Réunion est par ailleurs un territoire fortement marqué par la précarité, avec quatre Réunionnais sur dix qui gagnent moins de 1.000 euros par mois, contre un Français sur dix au niveau national. "Cette précarité, alliée au coût du logement qui est en augmentation, conduit des personnes en situation de mal logement : elles n'ont pas les ressources pour accéder à un logement adapté à leurs besoins". Cette situation les mène donc à accepter de vivre dans des logements indignes ou indécents.

Les chiffres sont alarmants : en 2016, 33.536 bâtis précaires (habitats de fortune ou cases en bois sous tôle) ont été comptabilisés. 68.000 ménages vivent dans un logement surpeuplé. 40% des logements montrent des signes d'humidité, et 14% ont des infiltrations d'eau ou des inondations. 33.582 logements n'ont pas d'eau chaude, et 6.533 ne possèdent ni douche ni baignoire à l'intérieur.

"Cela engendre des drames sociaux, avec des conséquences sur les relations familiales et intrafamiliales, sur la réussite scolaire des enfants, des conséquences sur la santé, sur les risques physiques…" énumère Matthieu Hoarau.

- Un plan en cinq étapes à destination des élus -

Pour tenter d'endiguer ce phénomène, la fondation invite aujourd'hui les élus et futurs élus Réunionnais à s'engager contre le mal logement. Ce contrat est composé de cinq engagements : faire de sa commune un territoire 0 SDF, produire du logement abordable, réduire de moitié l'habitat indigne sur sa commune, renforcer la mobilité résidentielle et revaloriser les quartiers, et enfin réduire le nombre de ménages menacés d'expulsion.

Matthieu Hoarau souligne aujourd'hui que les situations d'impayés, et donc les expulsions, sont justifiés par une précarité marquée sur le territoire, et des logements au coût trop élevé. "Les ménages menacés d'expulsion méconnaissent profondément leurs droits et ne sont pas en mesure de les faire valoir" précise par ailleurs le rapport.

Enfin, la fondation signale que le coût d'une expulsion aujourd'hui est plus élevé que celui du maintien d'une famille en situation d'impayés. "Pourquoi ne pas investir de manière conjointe et coordonnée dans une politique de prévention des expulsions locatives au plus près des réalités et des besoins des ménages ?" conclut le rapport.

as / wwww.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

mots clés de l'article : actus reunion

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