Gastronomie péi

Et si le rougail saucisse bénéficiait d’une reconnaissance européenne ?

photo imazpress

Halte au massacre du rougail saucisse péi ! C’est le cheval de bataille de Sabine Dijoux, cuisinière de renom et auteure du livre "la cuisine de Sabine", qui souhaite porter ce combat au niveau continental, en demandant l’obtention d’un label européen de type Indication Géographique Protégée (IGP) ou Spécialité Traditionnelle Garantie (STG). Cela, afin de protéger le savoir-faire du terroir réunionnais. La Saint-Andréenne compte saisir le Département et la Chambre d’agriculture afin d’avoir leur soutien dans cette bataille administrative.

Les images montrant du rougail saucisse en conserve ayant davantage l’allure d’un bouillon que d’un vrai rougail, la recette proposée par un célèbre site de cuisine avec des saucisses entières, ou encore l’innovant "hot dog de rougail saucisse" ne plaisent pas du tout à la cuisinière profondément attachée à la tradition réunionnaise.

"Quand cela ne concernait que le cercle des particuliers qui préparaient le rougail saucisse à leur manière, ça ne me dérangeait pas. C’est leur droit. Mais maintenant, c’est le monde professionnel qui s’y met. On retrouve des plats portant le nom du rougail saucisse dans les supermarchés alors que la recette est totalement dénaturée. On attaque directement notre plat !", s’emporte Sabine Dijoux qui indique ne pas être dans une démarche strictement personnelle. "J’ai été beaucoup sollicitée par le grand public qui ne supporte plus toutes ces dérives", ajoute-t-elle.

Face à un tel déchaînement contre ce plat emblématique, la cuisinière a décidé de contre-attaquer en demandant l’attribution d’un label européen au célèbre rougail saucisse, soit d’Indication Géographique Protégée (IGP) ou de Spécialité Traditionnelle Garantie (STG).

"L’IGP est liée à un savoir-faire. Elle ne se crée pas, elle consacre une production existante et lui confère dès lors une protection à l’échelle nationale et internationale" peut-on lire sur le site de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), en charge d’instruire toute demande de reconnaissance IGP ou STG.

"La Spécialité Traditionnelle Garantie relève d’un usage, d’un savoir-faire, d’une pratique ancienne, typique, particulière nationale, régionale ou locale mais qui peuvent être réalisés en dehors du pays ou de la région de provenance ou de fabrication du produit", peut-on encore lire sur le site. En France, seules les moules de Bouchot bénéficient actuellement de ce label. En Europe, certaines recettes telles que la pizza napolitaine ont aussi cette reconnaissance.

"Nous avons pris contact avec l’INAO qui va nous accompagner au mieux dans nos démarches", précise Sabine Dijoux.

L’obtention d’un label permettrait ainsi de sanctuariser la recette du rougail saucisse et donc d’éviter les massacres dont les Réunionnais sont quotidiennement témoins, à la télévision, sur internet ou encore dans les rayons des supermarchés. Ce serait aussi une reconnaissance nationale et internationale pour un plat emblématique de l’île, fortement apprécié des touristes.

Dans ce combat qui s’annonce long et exhaustif, Sabine Dijoux compte déjà de nombreux témoignages de sympathie. "Beaucoup de personnes m’ont déjà fait part de leur soutien, elles pensent que ce combat est légitime ", note-t-elle. La cheffe cuisinière souhaite aussi avoir l’appui des institutions locales compétentes en matière agricole, le Département et la Chambre d’agriculture, à qui elle vient d’adresser un courrier.

"Nous devons protéger ce patrimoine réunionnais. Nos ancêtres ont bâti La Réunion, notre peuplement et ce que j’appelle le manger réunionnais, dont le rougail saucisse est un des piliers", explique la Saint-Andréenne.

En attendant de connaître l’issue de la démarche, voici la recette du rougail saucisse façon Sabine Dijoux :

- 1 kg de saucisses

- 400g d'oignons émincés

- 400g de tomates concassées

- Sel, 2 gros piments

Faire bouillir les saucisses et jeter l'eau. Les découper en morceaux de 3 cm. Dans une marmite, faire chauffer l'huile et les frire. Baisser le feu, roussir les oignons, ajouter les tomates. Laisser cuire jusqu'à réduction. Rectifier l’assaisonnement.

Au moment de servir, ajouter les gros piments épépinés et coupés en 4 dans le sens de la longueur, ainsi que de la coriandre fraîche ciselée.

"La quantité de tomate et d’oignon est à mettre selon les goûts de chacun, comme pour les aromates", tient à préciser Sabine Dijoux.

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