Réunion par Imaz Press, vendredi 25 septembre 2020 à 01:59
Déjà en grande difficulté

Fêtes de plus de 30 personnes interdites : "coup de massue" pour le secteur de l’événementiel

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Coup de massue pour le monde de l’événementiel : déjà en grande difficulté depuis le début de la crise sanitaire, il devra désormais faire avec une interdiction de rassemblements de plus de 30 personnes. Le gouvernement l’a annoncé ce mercredi 23 septembre 2020, alors que la circulation de la Covid-19 a repris de façon extrêmement rapide. Une annonce qui risque de plonger le secteur dans une crise encore plus profonde. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

"C'est une catastrophe économique pour tout le secteur, il n'y a aucun doute là-dessus" s'inquiète Arnaud Lafosse, co-gérant de l'agence d'événementiel Brand et Consultation. L'essentiel de son activité repose sur l'organisation de séminaires, conventions et autres événements d'entreprises. "Le genre d'événements qui rassemblent bien plus de 30 personnes généralement" souligne-t-il. Alors que la fin de l'année approche à grand pas, c'est généralement à cette période que les entreprises se réunissent pour faire le bilan. "Techniquement, on pourrait organiser un événement à plus de 30 personnes, mais il y a des règles strictes : il faut l'espace pour accueillir tout le monde en respectant les distanciations physiques, ce qui est une mission quasi-impossible" regrette Arnaud Lafosse. Entre manque d'espace ou réticence à louer les locaux, les salles de fêtes et autres établissements peuvent difficilement répondre aux nouvelles attentes du gouvernement. "Concrètement, on ne nous interdit pas de travailler, mais on nous empêche de le faire : c'est comme si on autorisait à un journaliste de presse écrite d'écrire, mais qu'on l'interdisait d'imprimer son journal" compare le gérant d'entreprise en plaisantant.

- Un secteur qui ne reçoit pas d'aides financières -

Pour trouver un terrain d'entente, six représentants du secteur ont été reçus ce mercredi par le préfet pour faire part de leurs inquiétudes. "Nous avions de nombreuses propositions afin d'avancer tout en s'adaptant au virus, mais le gouvernement nous a coupé l'herbe sous le pied" souffle Jérôme Goulesque, co-fondateur de l'agence Lollipop. "Nous avions deux objectifs pour cette réunion : montrer que nous sommes une filière avec un panel de professionnels très large, qui mis ensemble représente 450 entreprises et est extrêmement bien structurée. Et montrer que l'on comprend que des mesures sont nécessaires pour endiguer l'épidémie, nous souhaitons sécuriser ces mesures et à la fois nous permettre de continuer à travailler" détaille-t-il. S'il indique que le préfet semble les avoir écouté, il ignore s'ils ont été "entendus". La dernière annonce du gouvernement vient malheureusement sonner la fin de nombreuses entreprises, selon Jérôme Goulesque. "D'ici la fin de l'année, il ne faut pas se leurrer, 50% des entreprises auront fait faillite" se désole Jérôme Goulesque. Il regrette qu'aucune aide n'existe pour le secteur. "Ce n'est pas comme pour le monde de la nuit, qui est soumis à des interdictions préfectorales : on est techniquement autorisé à continuer notre activité, les règles sont juste inapplicables. Du coup, nous n'avons pas d'aide" critique-t-il. Selon lui, l'interdiction d'événements à plus de 30 personnes vient porter un nouveau coup de massue à la profession. "Et c'est autant économique que psychologique : on esssaie de trouver des solutions, mais une nouvelle annonce arrive à chaque fois, nous n'avons aucune visibilité. Imaginez pour un mariage, qu'on prévoit en général deux ans en avance : on se retrouver au pied du mur, quelques semaines, jours, avant la date. Nous avons la cordre autour du cou" soupire-t-il.

- Des mesures qui restent floues pour le moment -

Autre problème posé par ces annonces : elles sont loin d'être claires. Pour l'heure, d'autre secteurs sont dans le flou, comme les associations. Légalement, elles sont dans l'obligation d'organiser une assemblée générale annuelle pour voter certains points de gestion. Elections qui se déroulent généralement à cette période de l'année. Sont-elles autorisées à se rassembler pour voter lorsqu'elles sont plus de 30 personnes ? "On n'en sait rien du tout" explique simplement Elisabeth Manceau, présidente du club de plongée associatif Gloria Maris Plongée. Environ 200 personnes sont inscrites, qui doivent du coup techniquement toute voter. "Impossible de toutes les accueillir si on doit se limiter à 30 personnes. Pour un vote, chaque membre peut prendre la procuration de deux autres personnes. Ca fait 90 votes, nous avons un quorum (nombre de présence minimal parmi les membres d'une assemblée ; ndlr) de 48 personnes. C'est donc faisable, sauf si plus de 90 membres veulent voter" détaille-t-elle. D'autres associations ont cependant déjà leur solution. Le Comité régional olympique et sportif (CROS) Réunion par exemple va être accueilli dans l'hémycicle de la Région. "Ca nous donne largement assez de place pour se retrouver tout en respectant les gestes barrières, pas de souci de ce côté-là" affirme Adolphe Pépin, président du CROS. Contactée pour avoir plus de précisions sur les nouvelles mesures, la Préfecture n'a pas répondu à nos sollicitations, nous indiquant seulement ce qui a déjà été annoncé par le ministre de la Santé ce mercredi. On ignore donc comment ces limitations vont être contrôlées. Certaines communes, comme Le Port ou Saint-Denis, ont déjà indiqué que la police municipale ne seraient pas mobilisées pour ces contrôles. Il en reviendra donc probablement à la gendarmerie et à la police nationale de s'assurer que les mesures sont respectées. "Ca va être extrêmement compliqué pour vérifier que tout est bien respecté, notamment dans les cercles privés" indique en tout cas Gilles Clain, secrétaire départemental d'Unité SGP Police FO. Si les établissements reçevant du public (ERP) peuvent être contrôlés à tout moment, il est bien plus compliqué de vérifier ce qu'il se passe dans une salle privée. "Pour l'instant, nous n'avons pas reçu d'instructions particulières" continue-t-il. De nombreuses communes continuent de limiter l'accès aux salles de fête, on ne les louant plus à la population. Mais les événements en lieux privés continuent de battre leur plein depuis le déconfinement. Et sont les premiers vecteurs de circulation du virus. "Finalement, est-ce que ce n'est pas plus sûr d'organiser des événements encadrés avec des mesures sanitaires strictes ? Le risque zéro n'existe pas, mais ça serait déjà un premier pas" s'interroge finalement Jérôme Goulesque.

as / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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