Réunion par Imaz Press, mercredi 5 janvier 2022 à 01:59
Victoire en demi-teinte pour la filière

CBD : l’interdiction de vente de fleurs de chanvre a du mal à passer

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Le couperet est tombé ce dimanche 2 janvier 2022 pour les vendeurs de cannabidiol, plus communément appelé CBD : les fleurs de chanvre sont désormais interdites à la vente en France, et ce malgré la réglementation européenne. Une décision qui met désormais les revendeurs réunionnais en difficulté, alors que la fleur de CBD est l’une des vedettes de leurs enseignes. Si la filière possède enfin un cadre légal qui permet la vente de produits dérivés en toute légalité, l’interdiction des fleurs a du mal à passer (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Le CBD, qui présenterait des vertus relaxantes, a connu un succès fulgurant ces dernières années en France, notamment sous la forme de fleur. Le produit se vend cependant sous de nombreuses formes dérivées, comme des huiles, des crèmes, des cosmétiques…Ce sont ces dernières qui sont désormais officiellement autorisées à la vente, contrairement aux fleurs. La décision a été confirmée dans un décret paru au Journal officiel le 31 décembre 2021 pour une mise en application dès le 2 janvier, au grand dam des revendeurs. "Nous n’avons eu aucun délai pour écouler nos stocks, nous nous sommes donc retrouvés du jour au lendemain avec des fleurs que nous ne pouvons plus vendre" se désole Jérôme, directeur de la Kaz CBD à Saint-Pierre. "Elles représentaient 50% de nos ventes, il va falloir s’adapter à ces nouvelles règles" souffle-t-il, alors qu’il vient d’inaugurer un second magasin à Saint-Leu. Seuls les industriels sont désormais autorisés à se procurer des fleurs, dans le but de les transformer. Les boutiques, elles, doivent se contenter du produit fini. " C’est totalement hors sol comme décision, surtout quand on sait que les produits dérivés sont bien plus concentrés en CBD que les fleurs " argumente Jérôme. Les revendeurs soulignent par ailleurs le fait que de nombreux Français utilisent les fleurs de CBD comme substitut au THC. "Le gouvernement fait la guerre à la marijuana, mais interdit un substitut à cette dernière. A part vouloir inciter à l’utilisation de produits pharmaceutiques plutôt que produits naturels, je ne vois vraiment pas pourquoi cette décision a été prise" ajoute-t-il.

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- Une victoire tout de même - Malgré cette ombre au tableau, le décret pose enfin un cadre réglementaire autour de la filière chanvre, plus permissif que ce qui était initialement annoncé. La bonne nouvelle : l’autorisation de la culture et l’importation de la fleur sur le territoire français, à des fins de transformation. "C’est l’ouverture d’un nouveau marché qui s’annonce, c’est une excellente nouvelle pour la filière chanvre" se réjouit Benjamin Coudriet, président de l’Association Chanvre Réunion. "Je sais que certains diront que ce décret ne va pas assez loin et qu’il est trop timide, mais on peut se réjouir de nombreuses avancées, comme l’élargissement des variétés de chanvre au catalogue européen, alors que nous étions cantonnés au français, et le rehaussement du taux maximum de THC, qui est passé de 0,2 à 0,3%" liste-t-il. S’il admet que l’interdiction de la vente des fleurs est incompréhensible, celle-ci représentant entre 50 et 70% du chiffre d’affaires des revendeurs, il préfère voir le verre à moitié plein. "Cela fait des années que nous attendons un cadre juridique pour pouvoir créer une filière chanvre d’excellence à La Réunion, et 2022 sera enfin l’année où nous pourrons nous lancer" s’enthousiasme-t-il. Ce décret n’est par ailleurs, selon lui, que le début de l’aventure. " Rien ne garantit que ce décret reste en l’état, des recours sont déjà en cours et une pétition a été lancée pour l’annuler. Nous allons dans la bonne direction, ce n’est qu’une question de temps avant que les fleurs ne soient autorisées" estime-t-il. - Santé publique et proximité avec le zamal - L’interdiction de vente de fleurs avait été annoncée dès juin 2021 par le gouvernement, au moment de présenter le contenu du décret visant à encadrer la filière française du CBD. Déjà à l’époque, les professionnels du secteur avait partagé leur désarroi face à cette annonce. La position de l'Etat était justifiée entre autres par une difficulté pour les forces de l'ordre à distinguer la fleur de CBD de celle du cannabis. L'argument de santé publique avait aussi été avancé par le gouvernement. Arguments que les professionnels du chanvre n'admettent pas. "On ne comprend pas le pourquoi de cette décision. Il y a tout ce qu’il faut pour faire la distinction entre CBD et THC en ce qui concerne les forces de l’ordre, et on continue bien à vendre des cigarettes, alors l’argument de la santé publique a un peu de mal à passer " confie Ivan, directeur de la boutique CBD Réunion, l’une des premières de l’île. En attendant, les fleurs ont été retirées des devantures, et les professionnels vont devoir prendre leur mal en patience avant de pouvoir en proposer de nouveau à leurs clients. Mais rien n’est perdu, au contraire, l’aventure ne fait que commencer. Pour 2022 uniquement, ce sont pas moins de 800 millions d’euros de chiffre d’affaire qui sont attendus en France.

as/www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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