Réunion lundi 6 avril 2020
Lutte contre le coronavirus

La psychiatrie se sent laissée pour compte

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Alors que la crise du COVID-19 chamboule l’organisation des services de santé, les unités psychiatriques se sentent laissées pour compte. En effet, les mesures de sécurité ont tardé à être mises en place, et le matériel de protection manque cruellement à l’appel, dans des services où la prise en charge des patients est bouleversée par la situation sensible et inédite du confinement.

Dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, qui touche désormais plus de 300 personnes à La Réunion, les services psychiatriques de l’île doivent adapter l’accueil et le suivi de leurs patients. Si pour l’instant, on ne recense aucun cas de covid-19 en psychiatrie, les patients de cette spécialité de médecine souffrant de maladies mentales sont particulièrement affectés par la situation de confinement. Et face à la crise, les personnels soignants se sentent laissés pour compte.

Depuis le lundi 30 mars, soit plus de dix jours après l'entrée en vigueur des mesures de confinement, la direction de l'EPSMR (Etablissement public de santé mentale de La Réunion) prend la décision de confiner les nouveaux arrivants dans des services séparés. "Ca fait des semaines qu'on le demande", explique Laurence Chatel, assistante sociale à l'EPSMR. Une décision effectivement prise sur le tard pour Willy Govindama, aide soignant et représentant de la CFDT-EPSMR. “Le patient est bien confiné dans un service à part, mais pas le médecin avec qui il a été en contact”, poursuit-il. “On marche sur la tête !”

Selon une récente note de la direction, les nouveaux patients doivent également être systématiquement testés. Mais, faute de matériel, les tests ne sont en réalité pas toujours effectués. “Un patient est arrivé dans un service, on ne savait même pas s’il avait été testé !”, relate Willy Govindama, qui pointe le caractère urgent de la situation.

La prise en charge des patients a donc dû être réorganisée afin de limiter les risques de contamination. Désormais, les hospitalisations sont limitées aux situations qui le nécessitent, sans alternative possible, comme le soutien à domicile (aide ménagères, portage de repas, accueil familial etc). L'accueil du public, à l'exception des urgences, est interrompu.

- Interruption des visites -

Les ateliers thérapeutiques sont multipliés pour les patients hospitalisés, notamment grâce à l’aide des volontaires du pôle santé mentale, qui compte des ergothérapeutes, des psychomotriciens, ou encore des infirmiers spécialisés.

Toutes les équipes médicales sont mobilisées afin de limiter le stress important dans cette période de pandémie. “Certains patients ne comprennent pas la situation” explique l’aide soignant. D’autant plus que les visites ne sont plus autorisées pour des raisons de sécurité sanitaire, et selon les recommandations nationales.

Une mesure qui chamboule le quotidien des patients les plus fragiles. Ludovic Christen, psychiatre et chef du pôle de santé mentale du CHU Sud, explique favoriser les communications téléphoniques (la plupart des patients disposent d’un téléphone personnel), et souhaite mettre en place un système de visioconférence avec l’extérieur, “quand cela est possible”.

- "La grande oubliée face au covid-19"-

Une situation difficile à gérer pour certains patients particulièrement sensibles. “Expliquer le confinement à des patients qui souffrent de troubles du jugement, c’est mission impossible”, souffle une psychiatre. Face à cette situation inédite, le personnel de soin tente de s’adapter au mieux, “dans le respect des droits des patients”, précise Ludovic Christen.

Dès le 27 mars, la CFDT-EPSMR lance un cri d’alerte, qualifiant la psychiatrie de “grande oubliée face au COVID-19”. “Nos équipes sont actuellement totalement dépourvues de masques de protection et autre matériel de sécurisation”, alerte le syndicat, demandant à l’ARS et à la direction leur soutien, ainsi que l’aide nécessaire à la protection du personnel, “en souffrance, résignés, épuisés par la peur”, selon les mots du syndicat.

“Les gestes barrières sont tout ce qu’il nous reste”, déplore Willy Govindama. Il assure que personnel de l’EPSMR vit dans l’angoisse liée au manque de protection. “On nous dit que le matériel arrive, mais on n’y croit plus !”, s’emporte l’aide-soignant. La peur d’attraper, ou pire, de transmettre le virus aux patients, est omniprésente.

Pour palier ce manque, le personnel médical se débrouille comme il peut. "On bricole au quotidien", témoigne Laurence Chatel, qui explique confectionner elle-même ses masques en tissu, comme nombre de ses collègues. "Le soir, on les lave pour les réutiliser", confie l'assistante sociale.

“On parle beaucoup des hôpitaux, mais jamais de la psychiatrie”, regrette Willy Govindama, qui demande à ce que les spécificités de cette branche soient prises en compte dans la gestion de la crise. “Par rapport aux autres spécialités, on est en retard sur les mesures prises”, explique-t-il. Mais l’heure n’est pas aux règlements de compte : “Pour l’instant, on doit être solidaires, avancer, et croiser les doigts pour éviter le drame”.

ldp / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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