Troc et récupération

Le marché de l’occasion a de beaux jours devant lui à La Réunion

photo d’archive imaz press réunion

Vêtements déjà portés, meubles de seconde main ou carrément constructions à partir de matériaux de récupération... Tout est bon pour faire à la fois des économies sur ses achats et s’inscrire en même temps dans une volonté de développement durable. Que ce soit sur le textile, le bois, les outils de tous les jours, chacun s’active à sa manière pour permettre de donner une seconde vie aux objets du quotidien, plutôt que de jeter. Nous avons rencontré plusieurs de ces acteurs et tous nous le disent : le "business" de la récup’ à La Réunion se porte comme un charme, et progresse dans le bon sens. (Photo d’illustration)

Ti Tang Recup donne une seconde vie aux vêtements

Impossible de ne pas avoir entendu parler de cette filière de recyclage "TLC" c'est-à-dire : textiles, linge de maison et chaussures. A Ti Tang Recup, implanté sur trois sites à La Réunion on revend de tout et au kilo. Vêtements en tout genre, serviettes, draps, robes de soirée ou habits pour bébés... tout y passe. "On organise des ventes au kilo deux jours par mois, tout est détaillé dans le calendrier sur notre site", explique Sylvie Bruno, la directrice de Ti Tang Recup.

Ce qu'elle observe cette année, c'est que la fréquentation est de plus en plus forte. "On le voit au volume qu'on propose !" Ainsi l'année dernière, la filière a vendu 1.200 tonnes, cette année les ventes atteindront les 1.300 tonnes. Soit 100 tonnes de plus en un an.

Selon Sylvie Bruno, le choix est également de plus en plus diversifié, ce qui permet à chacun d'y trouver son compte. "A chaque fois, on expose 3 tonnes de vêtements, linge ou chaussures par site. On trouve aussi bien des vêtements à acheter au kilo que des pièces à l'unité, souvent de marque." Le kilo de textiles coûte 4 euros, et les pièces à l'unité montent maximum à 10 euros. Une affaire.

"Les gens viennent de tous horizons, parce qu'ils cherchent à acheter leurs vêtements moins chers bien sûr, mais aussi dans un souci de consommer responsable", nous explique la directrice. "On sent que l'économie circulaire est de plus en plus marquée dans les esprits." Et puis il y a les aficionados des fripes : "on ne vient pas à Ti Tang Recup avec une idée préconçue. Il faut fouiller un peu, parcourir les vêtements dispersés en vrac. Parfois on tombe sur des pièces par hasard, que l'on n'aurait pas trouvées ailleurs."

La brocante, lieu par excellence de l'occasion

Jacques Liké, à la tête de la société Kamelo connaît bien le monde de la brocante. Il faut dire que cela fait déjà 22 ans qu'il y travaille. "Quand je suis arrivé à La Réunion, en 1998, c'était les débuts de la brocante. Il y en avait quelques unes mais à part les marchés de Saint-Pierre et Saint-Paul il faut bien avouer qu'il n'y avait pas grand chose."

Selon lui, l'écologie a permis de changer beaucoup de choses. "Les Réunionnais ont envie de recycler de plus en plus." D'autant plus que cela permet à la fois de faire des économies pour les acheteurs et de mettre du beurre dans les épinards pour les vendeurs. "C'est simple, la brocante c'est une vraie sous-pape sociale", estime Jacques Liké.

Les petits professionnels sont aussi acceptés sur les brocantes, ils vendent des outils de jardinage, ou des ustensiles de cuisine en lots. "Mais ils sont très loin de faire la majorité, ils représentent 15 à 20% des vendeurs."

Les brocantes permettent aussi aux objets d'avoir "une seconde vie, au moins ça ne finit pas dans les décharges. Ce qui ne sert pas à l'un servira à l'autre", ajoute le responsable de Kamelo. Et ça concerne tout type de produit : vêtements, meubles, outils, jeux...

Aujourd'hui on compte entre 7 et 8 marchés ou brocantes par dimanche et sur Saint-Pierre le nombre de stands peut monter jusqu'à 300. Les Réunionnais ont l'embarras du choix et ce sur toute l'île.

Jacques Liké, lui, a commencé par se déclarer comme association, avant de se déclarer comme société. "On voit bien l'évolution, il y avait peu de gens au début. La mode de l'occasion était peu connue. Et puis les mentalités ont bien évolué." Depuis 2008 il constate une explosion du nombre de marchés et de fréquentation.

Le matériau brut, réutilisé plutôt que jeté

Il y a aussi ceux qui vont directement piocher le matériau destiné à la décharge. Comme Patrick Ami-Macé, avec sa micro-entreprise qui va récupérer les matériaux des objets qui sont jetés, comme le cuivre. "On en trouve partout dans le matériel électrique : la machine à laver, l'aspirateur, la perceuse, la tondeuse..." nous explique l'entrepreneur.

Ainsi il parcourt les décharges pour démonter et récupérer le cuivre, parfois de l'aluminium ou du laiton, de ces objets du quotidien. Ensuite il le vend à des sociétés qui le recyclent. "Ça marche très bien, si bien que des grosses entreprises commencent à s'y mettre et nous étouffer un peu, nous les petites sociétés..."

L'idée lui est venue en passant régulièrement devant les nombreux dépôts sauvages que compte l'île. "C'est un gros problème à La Réunion, on jette sur les bords des chemins, dans les sous-bois, dans les champs... alors qu'on pourrait se servir de ces encombrants." C'est en voulant "remédier à ça" qu'il a commencé à ramasser ces objets électriques et à extraire ce qui pouvait être extrait : le cuivre.

"L'année dernière, je repartais avec un coffre plein de moteurs chaque jour." Le volume récupéré est fluctuant mais il y a toujours de la matière. Patrick Ami-Macé est seul dans son affaire, pourtant il cumule jusqu'à 200 kilos de cuivre tous les deux à trois mois.

La palette, nouvelle star de la récupération

Il n'est pas rare de croiser au détour d'une case un assemblage de palettes qui se transforme en un coup de baguette magique en salon de jardin. La palette, utilisée pour transporter des produits dans les entrepôts, devient maintenant un vrai matériau de travail pour construire ses propres meubles. Si bien que des entreprises ont vu le jour pour exploiter l'idée jusqu'au bout et faire de la palette une matière première artisanale.

C'est le cas de "Kaz'Palette Design Creation". Franck Nakache est seul à la tête de son entreprise. Lui a décidé d'utiliser ce matériau pour en faire un vrai produit de luxe. "Au départ je faisais ça comme ça, j'étais un entrepreneur très manuel. Un meuble par ci, un meuble par là... et je me suis dit pourquoi pas créer une société." Sa touche personnelle : l'ajout de métal à ses créations, qui donnent "un cachet supplémentaire", nous dit le gérant.

Ses palettes il les récupère auprès d'entreprises, à qui il les achète en lots. Puis il construit des meubles sur mesure. "Je peux aussi bien concevoir des tables hautes ou basses que des étagères, ou des objets de décoration..." L'avantage de ce bois, c'est sa solidité, puisque le rôle même de la palette est de supporter des charges lourdes.

"Il y a aussi une dimension écologique dans mon travail, puisqu'il s'agit de récupération", explique Franck Nakache. Cependant il ne le cache pas, ses créations sont plutôt dédiées à "un public qui a les moyens". Il faut compter entre 300 et 1.500 euros pour s'acheter un produit de chez Kaz'Palette. "Tout est fait en local, ça demande beaucoup de travail, ce sont des pièces originales, c'est de l'artisanat en somme."

Désormais le gérant investit dans d'autres types de bois de récupération, destinés à la poubelle, comme les grandes caisses dans lesquelles on transporte des vitres, ou d'autres types d'emballages sur mesure. Chêne, tamarin, résine... les matériaux se multiplient et les idées de nouvelles créations aussi.

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