Réunion mardi 12 mai 2020
Malgré le déconfinement

Restaurants, cinémas, théâtres, salles de sport... les portes restent closes

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Alors que la plupart des commerces ont pu totalement rouvrir dès ce lundi 11 mai 2020, pour certains secteurs, la reprise s’annonce plus compliquée : restaurateurs, hôteliers, acteurs de la vie culturelle ou sportive doivent encore patienter avant de pouvoir accueillir leurs clients comme avant. La plupart attendent impatiemment le 2 juin prochain pour en savoir plus sur leur avenir économique. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

- Les hôtels -

Si les hôtels peuvent désormais rouvrir, les conditions ne sont pas idéales : les restaurants des établissements doivent rester fermés. Pour pallier cela, il leur est proposé de mettre en place un service de chambre. "Dans de grandes structures, cela demanderait une organisation qui n'est pas forcément possible" regrette Catherine Rennie-Bordier, propriétaire des hôtels Juliette Dodu (Saint-Denis) et Nautile (La Saline). Ses deux établissements sont fermés depuis deux mois maintenant. "On envisage de rouvrir le Juliette Dodu la semaine prochaine, qui est plus petit, et où la clientèle a tendance à rester dans l'enceinte, plutôt que le Nautile, où la clientèle aime profiter de la plage" explique la propriétaire. Il est en effet interdit pour l'instant de rester allongé ou de bronzer sur le sable, seule la baignade est autorisée. Catherine Rennie-Bordier a par ailleurs mis la quasi-totalité de ses employés au chômage partiel, soit une quarantaine de personnes. "La situation économique est effroyable, on attend encore les retours sur les différentes aides annoncées, mais ça n'amortira pas les pertes" souligne-t-elle, sans savoir encore à combien elles s'élèveront. Le tourisme du pré-confinement ne devrait pas reprendre avant un moment, mais la propriétaire table sur la clientèle locale, qui ne pourra pas voyager ailleurs. "Mais pour se faire, il faudra être ré-autorisé à ouvrir le restaurant, la piscine… Sinon ça n'a aucun intérêt" termine-t-elle. Elle attend désormais la fin de la quatorzaine obligatoire pour faire revivre le tourisme.

- Les théâtres -

La culture a été frappée de plein fouet, comme tous, par la crise sanitaire. Mais dans un secteur où l'économie n'est pas toujours au beau fixe, l'annulation d'une saison quasi-entière peut porter un coup dur sur la trésorerie. Pascal Montrouge, directeur général des TEAT, les théâtres départementaux, insiste sur l'importance du maintien des subventions. "Ce qu'on attend aujourd'hui, c'est que la Région, le Département, mais aussi les communautés d'agglomération maintiennent, en l'état, les subventions prévues pour notre secteur" explique-t-il. Du jour au lendemain, les TEAT ont dû annuler toutes leurs représentations jusqu'à fin juillet, soit 90 au total. "Heureusement, aujourd'hui, on table sur une reprogrammation de 95% des représentations qui étaient prévues, soit au deuxième semestre 2020, soit au premier semestre 2021" se réjouit Pascal Montrouge. La reprise de l'activité reste cependant imprécise. "Nous sommes prêts à reprendre, mais nous attendons les directives du gouvernement, nous n'avons pas de cadre à l'heure actuelle" explique le directeur des TEAT. Aujourd'hui, ce sont 28 employés qui sont au chômage partiel. Et la campagne de remboursement des tickets déjà achetés vient de démarrer.

- Les centres artistiques -

Les petits musées devraient rouvrir leurs portes, mais les plus grandes structures vont devoir patienter. A la Cité des Arts, à Saint-Denis, si on espère pouvoir rouvrir la salle Banyan, où une exposition a démarré le week-end avant le confinement, le reste demeure incertain. "Depuis deux mois, tout est à l'arrêt" déplore Virgine Michel, directrice de production à la Cité des Arts. Comme pour les théâtres, c'est une saison presque entière qui est partie en fumée. "Nous n'avons aucune programmation avant septembre, et nous attentions de nombreux artistes en résidence, certains ont dû malheureusement annuler" regrette-t-elle. En tout, 26 artistes seront dans l'incapacité de réaliser leur résidence, en plus de certains invités mozambicains et mauriciens. "Avec les restrictions internationales, aucune chance que l'on puisse les accueillir" précise la directrice de production. "La Cité des Arts a la chance d'être un établissement public, mais nous sommes la clé de voûte de nombreux créateurs de l'île, alors il est primordial que les subventions dédiées à l'art soient maintenues" alerte Virginie Michel. Elle salue par ailleurs la décision du gouvernement de rallonger les droits des intermittents jusqu'à l'été 2021. "C'était vital pour la survie des artistes" souligne-t-elle.

- Les restaurants -

Si les restaurants sont techniquement autorisés à ouvrir depuis le début du confinement, ce n'est possible que pour les repas à emporter. Et le déconfinement n'a pas changé cela : les clients doivent attendre au moins jusqu'au 2 juin pour pouvoir de nouveau s'installer à la table de leur restaurant préféré. Même là, les conditions ne seront pas les mêmes qu'avant. "Quand on pourra enfin ouvrir, il faudra prendre en compte les mesures de distanciation sociale, la moitié des tables seront condamnées" regrette Geraldo, propriétaire de la pizzeria Méditerrannea. Ce dernier a rouvert son restaurant la dernière semaine d'avril, après réflexion. Avant le confinement, la vente à emporter représentait 15% de son chiffre d'affaires. "Une telle perte de revenus, c'est affolant, on a rouvert principalement pour essayer de couvrir une partie de nos charges" explique-t-il. La moitié de ses employés est au chômage partiel, et le restaurant a perdu 75.000 euros de chiffre d'affaires. Une situation plus que préoccupante. Même avec la réouverture, il ne pourra pas accueillir convenablement ses clients. "On réaménage notre activité pour se concentrer sur la vente à emporter" explique-t-il.

- Les salles de sport -

Si la pratique sportive en extérieur n'est plus limitée, les salles de sport, elles, restent bien fermées. A La Possession, Jérôme Vaglio, directeur du centre Ekwalis a d'ailleurs suspendu dès le 23 mai tous les abonnements afin de ne pas pénaliser ses 2.000 adhérents. Une perte massive de revenus. "Nous avons été contraints de placer nos 10 salariés en chômage partiel et de cesser momentanément la collaboration avec une bonne partie de nos vingt coachs qui sont tous travailleurs indépendants", explique le directeur du centre.

Ce dernier relativise cependant : "le premier coup de massue passé, nous nous sommes très vite ressaisis. Toute l'équipe n'avait qu'une seule idée en tête : resserrer les rangs, créer des liens forts et garder intacte la motivation". Pour ce faire, lui et son équipe ont monté des vidéos à mettre en ligne pour continuer les cours. "Ces vidéos ont été tout de suite très suivies. Cela nous a encouragés à rester dans le positif, dans le "agissons plus que dans le subissons"" se réjouit-il. Une initiative qui devrait continuer même après la réouverture de l'établissement. Jérôme Vaglio a par ailleurs profité de ces deux mois pour effectuer un "sérieux rafraîchissement du club". "C'est une bonne plus-value que nous n'aurions pas été en mesure de faire avec du public. C'est le côté positif de cette situation" relativise-t-il encore une fois. Tout le club a par ailleurs été entièrement assaini grâce à des appareils projetant de la vapeur à haute pression. Plusieurs aménagements ont été faits pour respecter les nouvelles mesures sanitaires : réaménagement des espaces afin que chaque adhérent ait une zone de 5 m2 autour de lui, mise en place d'un circuit de déplacement à l'intérieur du club pour empêcher les regroupements, et d'un planning des cours en horaires décalés. "Les entraînements dureront trois quarts d'heure ou une heure et chaque adhérent aura ensuite 10 minutes pour nettoyer le matériel qu'il a utilisé", continue le propriétaire. Enfin, pour pouvoir entrer dans le club il faudra obligatoirement avoir pris rendez-vous que ce soit pour les cours collectifs ou pour la musculation. "Nous sommes tout à fait prêts à rouvrir nos portes. Il ne nous manque plus que la date", conclut-il. Le gouvernement n'a pour l'instant pas donné de date précise. S'il est possible que cela se fasse début juin, rien n'est officiel. Tous les secteurs patientent donc aujourd'hui, avant d'en savoir plus sur leur sort.

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